La relation éditeur-auteur au Japon expliquée par les mangakas

Clémence Chouvelon - 20.03.2015

Manga/BD/comics - Univers Manga - relation éditeur auteur - mangakas manga - Salon du livre 2015


À L'occasion du Salon du livre de Paris, Junko Kawakami, mangaka (It's your world) et Shima Kadokura, éditrice free-lance et journaliste spécialisée dans le manga, étaient réunies le temps de l'atelier « Manga, mode d'emploi », où elles ont abordé la question de la relation entre mangaka et éditeur au Japon, très différente de celle qui lie auteurs et éditeurs en France.

 

 

Salon du Livre de Paris 2015

L'éditrice et journaliste Shima Kodakura, la traductrice-interprète Misato Raillard et la mangaka Junko Kawakami -  Salon du Livre de Paris 2015 (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Au Japon, les mangas sont pré-publiés dans des magazines hebdomadaires ou mensuels, les lecteurs peuvent suivre leur avancement chapitre par chapitre. « On fait des séries, et au moment où on a un nombre de pages suffisant pour en faire un volume, on a une publication au format poche » explique Junko Kawakami.

 

L'auteur n'est pas seul à décider du genre du manga, il discute longuement avec son éditeur pour le définir. Selon le type de magazine dans lequel le manga est pré-publié, le fil rouge du manga sera différent, ce qu'explique la mangaka : « les magazines plutôt pour les filles veulent des histoires d'amour par exemple. » L'éditrice free-lance Shima Kadokura, qui travaillait auparavant pour Amazon Japan, explique l'importance des réunions entre auteurs et éditeurs dans le milieu : « L'éditeur connaît très bien le magazine dans lequel va publier l'auteur, il est important de créer un manga qui soit différent de ceux déjà publiés dans le magazine. […] Il est ainsi très important que l'éditeur connaisse bien les spécificités et l'originalité du mangaka. » 

 

Lorsqu'un auteur travaille sur une série, il a toujours un éditeur attitré, avec lequel il travaille. Lors des réunions, ils discutent de choses et d'autres, qui n'ont parfois aucun rapport avec le manga.  « L'éditeur nourrit l'auteur, lui donne son inspiration, ils partagent les mêmes références » ajoute l'éditrice. Avant de débuter la création du manga, l'auteur va créer et proposer à son éditeur un nēmu, un « storyboard de manga » où l'auteur va retranscrire pour la première fois, à l'aide d'ébauches, le scénario en image. Ce ne sont pas les dessins les plus importants ici, mais la disposition des textes, des bulles, des personnages etc. Chaque auteur a sa propre façon de travailler son storyboard. Certains préfèrent de courts scénarios, d'autres avoir une vision d'ensemble.

 

Ce n'est qu'après concertation avec son éditeur que le mangaka pourra se mettre au travail sur le manga dans sa version finale. Junko a été très étonnée de cette différence de relation éditeur-auteur au Japon et en France. « En France, quand j'ai demandé si je devais proposer un storyboard, on m'a répondu 'Vous faites comme vous voulez !' » 

 

« L'éditeur doit être capable de déceler le potentiel d'un mangaka », expliquent la mangaka et l'éditrice. Pour montrer l'importance du rôle de l'éditeur, elles prennent l'exemple de l'auteur de L'Attaque des Titans, Hajime Isayama, qui s'est vu refuser sa série par un éditeur au départ. Le manga est aujourd'hui un succès au Japon, mais également en France, où il compte parmi les 5 meilleures séries manga avec 400.000 exemplaires vendus. Il fera prochainement l'objet d'adaptation en film et en jeu vidéo.