La Roumanie ou la nostalgie de Pif, héroïque chien de l'âge d'or

Minh Phan - 23.03.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - Pif le chien - parti communiste français - Roumanie


Dans le cadre de l'exposition « Pif et la Roumanie un héros de l'âge d'or », quatre artistes contemporains, auteurs et dessinateurs Jean-Pierre Dirick, Jacques Kamb, Alex Tamba et Ileana Surducan, étaient réunis au Salon du livre, pour cette 33e édition. Ils évoquent, chacun à leur tour, leurs « affinités électives », pour Pif et rappellent o combien ce magazine était important pour les jeunes Roumains, à l'époque de Ceausescu.

 

 

 

 

Rappelez-vous, le magazine hebdomadaire, fondé en 1969, et, succédant à Pif le chien (1950), proposait à chaque numéro des gadgets surprises pour les jeunes lecteurs. Par exemple, des timbres de collection, des lunettes sidérales ou encore des pois sauteurs du Mexique (Les Pifitos),etc. Pif Gadget a été un véritable phénomène de presse dans les années 70-80, avec une interruption entre 1993 à 2004, pour s'achever définitivement dans les oubliettes du temps en 2008. 

 

Dans l'histoire des relations franco-roumaines, ce dessin estampillé « occidental », édité par le Parti Communiste Français n'a pas atterri par hasard dans la Roumanie... communiste. Pif incarna un héros pour les « pifophiles » du temps de Ceausescu : la revue a joué, pour ces derniers, un rôle important en tant que vecteur linguistique et culturel. Ils ont appris la langue française avec Pif ou juste appris à lire, parce que le journal raconte tout simplement une histoire : « le plaisir du livre participe au plaisir de lire » selon les propos de Jean-Pierre Dirick.

 

Il y a aussi un rapport affectif entre Pif Gadget et la Roumanie. Alex Tamba, jeune dessinateur se souvient, lorsqu'il a eu la revue comme cadeau pour ses dix ans : « Il y avait cette odeur de l'encre, et ce grain de papier... », dit-il. Et selon Jacques Kamb, Pif, « raconte une histoire (…) et les auteurs donnaient leur l'âme pour toucher les enfants... ».

 

Celui qui avait des Pifs avait son propre monde pour lui... Par ailleurs, la particularité de ce magazine hebdomadaire est, qu'il n'offrait pas des histoires à suivre comme Tintin ou Spirou, mais des histoires complètes, ce qui forçait la fidélisation (et donc un lien fort avec le héros) du lecteur. 

 

À l'occasion d'une table ronde, le débat cherchait donc à exhumer du temps, la mort de Pif Gadget. Il y a une certaine nostalgie entre Pif et la Roumanie : c'était la découverte de la langue française, via un mode d'expression qui ne se trouvait pas dans les manuels scolaires roumains. Ceux qui nous quittent ne meurent jamais tant qu'on pense à eux, dit-on !

 

Pif restera, par conséquent, un héros, aux yeux des Européens de l'Est : « Un héros de l'âge d'or ».