Lady mafia : une femme tueuse, la BD qui secoue l'Italie

Nicolas Gary - 24.02.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - Lady Mafia - Italie - controverse


L'Italie n'avait manifestement pas assez de travail avec l'arrivée au pouvoir de Matteo Renzi, qui a monté son gouvernement plus vite qu'il ne faut de temps pour le dire. Car dans le même temps, une vive polémique a éclaté, autour de la publication d'une bande dessinée, Lady Mafia. Cette minisérie qui se situe dans les Pouilles, est née de l'imaginaire de Peter Favorito, écrivain et propriétaire des éditions Cuore Noir Edizioni, et Domenico Nagliero. 

 

 

 

 

 

L'héroïne est la jeune Veronica De Donato, tueuse impitoyable, qui a grandi dans le nord de l'Italie, après avoir vu sa famille exterminée, évidemment dans d'horribles circonstances. Et la voici qui décide de retourner à Foggia pour se venger. Elle déchaîne alors un torrent de violence, de cruauté et de sauvagerie. Son objectif : grimper tous les échelons de la hiérarchie criminelle, pour en devenir la plus puissante. Du très classique, en somme, quand on voue sa carrière à la mafia…

 

Mais le projet n'a pas du tout plu à Libera. Ce réseau italien réunit près de 1000 associations d'éducation civique, qui luttent contre la mafia et le crime organisé, à l'échelle nationale. Fondée le 25 mars 1995, par Luigi Ciotti, déjà à l'origine d'un mouvement similaire, dans les années 60, Libera voit d'un très mauvais oeil cette publication, et demande instamment à l'éditeur son retrait. 

 

Opération commerciale moralement douteuse, préjudiciable à la mémoire des familles, et des nombreuses veuves que la mafia a pu générer, la BD Lady Mafia va à l'encontre de toues les valeurs défendues par Libera - et notamment la notion de justice, autant que la barbarie culturelle liée à l'idée de vengeance. 

 

Même la Commission parlementaire anti-mafia s'est émue de cette parution. « C'est insultant pour tous ceux qui n'ont pas cherché la vendetta, mais se sont tournés vers la justice de l'État. Il s'agit d'une initiative éditoriale qui devrait être suspendue », estime le député du parti démocrate David Mattiello. Parti dont Matteo Renzi est d'ailleurs le chef… Or, les liens entre Silvio Berlusconi et Renzi dépasseraient parfois la simple problématique politique. 

 

 

 

 

Évidemment, promouvoir « la violence de la mafia, comme une réponse à la violence provoquée par la mafia », comme le déplore le parlementaire, n'est certainement pas une bonne idée. Mais le créateur renvoie ces accusations sur la touche : « C'est un avis donné sans avoir lu la BD, sur la simple base du titre. » Selon lui, sa Lady Mafia incarne le mal, en effet, mais démontre vers quelles dérives on peut être entraîné lorsque l'on n'obtient pas de la justice étatique une véritable réparation. 

 

Déjà, son dernier livre, Diabolik, avait provoqué la controverse. Et pour Lady Mafia, on n'hésite pas à parler de « Diabolik en jupe ». Peter Favorito n'est pas non plus d'accord : « Je dénonce la brutalité, dans cette histoire, autant que le harcèlement, la violence faite aux femmes, ou l'homophobie. »

 

Lady Mafia a pourtant une carte de visite bien à elle : « Il y a ceux qui pleurent. Ceux qui ont démissionné. Ceux qui désespèrent. Et ceux qui deviennent fous. Moi, je tue », déclare-t-elle.  Probablement ce qui incite le parlementaire à enfoncer le clou : « Pour Lea Garofalo et de nombreuses autres femmes dans le pays, qui ont choisi, au coût parfois de leur vie, d'avoir le courage de dénoncer [la mafia], Lady Mafia est une insulte aux victimes. »

 

Disponible dans les kiosques italiens depuis le 20 février, la publication n'aura pas attendu bien longtemps pour provoquer la colère des certains. D'autres y lisent pourtant le récit très bien rendu, avec des lieux réels, et un rendu particulièrement fort de la région des Pouilles. Le tout dans un univers noir et blanc qui offre justement une large place à la réflexion sur la place des femmes, l'homophobie, etc.

 

C'est manifestement la première fois qu'une publication BD se concentre, dans le domaine de la criminalité, sur la mafia, et met en vedette une femme. Évidemment, la violence est omniprésente, mais difficile d'infiltrer un pareil milieu sans avoir à se frotter à quelques crimes. 10 volumes sont prévus, avec une parution tous les deux mois. De quoi tenir deux belles années… à condition d'avoir la possibilité de sortir le tome 2.