Larcenet se retire d'internet : dans la lignée de Stephenie Meyer

Florent D. - 30.05.2014

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En janvier 2008, Manu Larcenet quittait la première version de Epais & Tordu, son premier blog. « C'est décidé, je me casse d'ici. Le fond noir, encore et encore, ça commençait à me lourder », écrivait le dessinateur. Et d'ajouter : « Et c'est ainsi, lecteur, mon amour, que, si tu veux continuer à lire mes conneries, il te faudra dorénavant aller sur LA NOUVELLE VERSION D'EPAIS & TORDU ! Ou, si tu es un gros pervers qui adore faire des copier/coller, tu peux éventuellement t'adonner à ton vice en composant http://www.manularcenet.com » Le ver était déjà dans le fruit.

 

Six ans plus tard, c'est « Closing Time », explique Larcenet, en annonçant à ses « lecteurs bienveillants », qu'il arrête de publier sur ce nouveau blog. En cause : l'irrespect de la propriété intellectuelle, qui était pourtant indiquée - tout en bas du site

 

 

  

Pour résumer, Manu Larcenet ne supporte plus de retrouver ses oeuvres là ou là, sur internet. Dans son approche du net, les dessins et autres productions qu'il pouvait présenter, n'avaient pas de sens ailleurs que sur son blog, dans un contexte qu'il avait choisi. Et il voulait interdire de les exporter ailleurs. La seule exigence était « mes images restent ici ! »  

 

La rédaction a tout de même tenté de joindre l'auteur. Sa réponse était laconique : « Tout est dans le dernier texte, je ne vois rien à ajouter, à expliciter et, surtout , cette histoire n'a aucune importance.  Je n'ai plus envie, ça ne va pas plus loin. » Histoire qui n'a aucune importance, c'est vite dit - et après tout, si elle n'en avait réellement aucune, il n'y aurait pas eu ce billet bien argumenté :  

Comme je me fais vieux et que je n'ai plus envie de jouer à la chasse au connard, de leur expliquer le pourquoi du comment, une grande lassitude m'étreint.

Donc que ce matin, j'en ai marre. Marre de me casser le cul à faire un truc quotidien, qui demande un minimum de travail et de réflexion, pour, finalement, être autant méprisé dans ma conception même du partage du lieu que j'ai créé.

 

Certaines mauvaises langues n'ont pas oublié de noter que depuis un certain temps, le dessinateur avait peut-être perdu un peu de son humilité. « C'est un créateur, dont le travail a un vrai génie, un grand talent, incontestablement. Avec des périodes sombres, et d'autres lumineuses. Sur son oeuvre, il n'y a pas grand-chose à dire, sinon en constatant la qualité. Après, humainement, passer chez Ruquier ne lui a peut-être pas réussi... »

 

 

Bon, tout cela n'est pas vraiment concluant. En revanche, un lecteur attentif nous a attiré l'attention sur un vieil article, et nous lui en savons gré. « Vous pourriez remarquer qu'en 2008, Larcenet a changé de blog (d'accord, c'est un peu pour l'anecdote). Mais en 2008, c'est surtout l'arrête de Stephenie Meyer, qui devait achever le tome 5 de Twilight. C'est intéressant, parce que tous deux mettent en avant la même chose : l'impossibilité de contrôler leur travail sur la Toile. »

 

Bien vu, ami lecteur. 

 

Le 31 août 2008, Stephenie Meyer annonçait en effet qu'elle raccrochait, après que son livre, encore en cours d'écriture, s'était retrouvé sur internet. 

« J'ai une idée très claire de la façon dont la fuite a eu lieu. Car très peu d'exemplaires de Midnight Sun restaient en ma possession, et chacun était unique. Le manuscrit qui a été mis illégalement sur Internet fut livré à des personnes de confiance pour une bonne raison. Je n'ai pas de commentaires à faire, au-delà de ce que je crois, qu'il n'y avait pas d'intention de nuire à la distribution. »

Des extraits de son prochain manuscrit encore inachevé ont été diffusés en ligne, et Stephenie ne souhaitait pour rien au monde que ses lecteurs découvrent les premières planches. « Il est important que tout le monde comprenne qu'il s'agit d'une énorme violation de mes droits d'auteur. » Sans compter qu'avec Internet, on obtient facilement et gratuitement ce que l'on veut. « Peu importe comment cela est fait, c'est toujours malhonnête. »

 

Et la romancière de conclure : « Breaking Dawn est le dernier livre de la série. Il se peut que je laisse tomber maintenant. Il y aurait de bonnes raisons de le faire. »

 

La grande différence entre Meyer et Larcenet, c'est que le dessinateur n'a pas choisi d'arrêter la bande dessinée, ce qui, pour le coup, serait vraiment regrettable. En revanche, à six années d'intervalle, les deux auteurs mettaient en avant les mêmes motifs de frustration. 

 

Meyer avait été abusée dans la confiance portée à une personne, qui avait fait fuité son livre. Larcenet, dans le même ordre d'idée, a été abusé par des internautes, à qui il présentait des éléments inédits de ses travaux. Moralité : on ne peut donc pas faire confiance à qui que ce soit ? N'oublions pas que les pirates sont également de grands malades addictes.

 

À la différence de Meyer, Larcenet avait choisi de publier - de rendre public - des documents sur son site internet. Et ce, pour exprimer une certaine fierté vis-à-vis de son travail. Si réellement les images ne devaient pas quitter leur cadre, fallait-il réellement leur donner une vie internautique ? Personnellement, je vais regretter la publication de ces "images", qui avaient un sens spécifique - mais je regrette tout autant qu'un auteur décide d'entrer en guerre contre les us et coutumes du net. 

 

Dans le fond, Larcenet a raison : reproduire ou représenter, sans autorisation, les oeuvres d'un auteur, c'est de la contrefaçon. Et jamais le dessinateur n'a décidé de mettre en Creative Commons ses créations, même dans les conditions les plus serrées. Alors, oui, l'internaute et le lecteur s'inclineront devant la loi, qui protège l'auteur. Mais comment ne pas le regretter ?

 

Si l'on n'est pas d'accord pas avec les règles, on ne participe pas au jeu, non ?