Largo Winch en cadeau, ou l'intérêt d'Apple pour la BD numérique

Clément Solym - 02.01.2013

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C'est encore un peu Noël pour les appareils iOS, puisque les 12 jours-cadeaux d'Apple se poursuivent, cette fois, avec une BD offerte, et pas n'importe laquelle. Il s'agit du premier tome de Largo Winch, L'Héritier. Une belle avancée pour le monde BD, puisque c'est la première fois qu'un éditeur prend part à cette opération. Avec une nuance : les 12 jours-cadeaux ont été lancés l'an passé. Mais l'attention de la Pomme pour ce secteur n'en est pas moins importante. 

 

Le titre n'est pas jeune, paru chez Dupuis en 1990, amorçant la longue série des aventures de Largo

 

Sans famille ni attaches, contestataire, coureur, vagabond, iconoclaste et bagarreur, il se retrouve, à vingt-six ans, à la tête d'un empire de dix milliards de dollars... 

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L'opération a été montée « dans le plus grand secret durant le mois de décembre », nous précise Pierre Bellet, directeur marketing des éditions Dupuis. « C'est la notoriété du titre et le côté grand public de cette série qui ont été les principales raisons de ce choix. » L'opérateur Izneo avait présenté cette opération qui a ensuite été validée par Dupuis, souligne Nicolas Lebedel, directeur commercial d'Izneo.

 

 

 

 

« C'est une première, oui, pour un éditeur BD, mais cela montre aussi l'intérêt qu'Apple manifeste pour ce genre, et les développements qu'ils mettent en place pour favoriser son essor. Voilà un mois et demi, la catégorie BD est apparue dans l'iBookstore, alors qu'elle n'existait pas au lancement. Ils sont allés très très vite, pour proposer une offre de BD numérique. »

 

Prix unique et flux de données

 

Pourtant, un point pose encore problème : selon la loi sur le prix unique du livre numérique, à laquelle est évidemment soumise la bande dessinée, quand une opération commerciale est lancée - en l'occurrence, la gratuité d'un titre -  par un revendeur, tous les autres doivent disposer de ces mêmes conditions tarifaires.

 

« En théorie, oui, mais tous les revendeurs ne le font pas, parfois pour de simples raisons pratiques », explique Pierre Bellet. Chez Izneo, par exemple, l'offre n'était pas encore répercutée, « une erreur qui va être rapidement corrigée », assure Nicolas Lebedel. « Nous avons deux méthodes de travail avec les revendeurs : ceux à qui nous fournissons les fichiers EPUB, et qui doivent mettre à jour manuellement les tarifs, et les libraires en ligne, qui sont raccordés au flux Izneo, mis à jour à J+1. »

 

Ceci explique donc que chez Kobo, par exemple, on trouve ainsi le titre gratuitement, alors que d'autres, comme Fnac ou BD Buzz, le prix est encore fixé à 5,99 €. Quant à Amazon, pas la peine d'y penser, le titre n'est pas disponible en version numérique. Pour les libraires en ligne, l'offre de gratuité pour ce titre sera donc efficiente dès demain.

 

« Ces opérations sur les titres numériques sont le prolongement de ce que nous faisons déjà avec des titres imprimés. Souvent, pour la sortie d'un tome 4 ou 5, tout spécialement dans le cadre de séries populaires, nous fixons le tome 1 à un prix découverte. Ces changements de prix sont réguliers, et les répercussions se font en fonction chez les libraires. »

 

Les vilains plans d'Apple

 

 Pour autant, les éditeurs BD n'ont pas été que choyés par Apple : fin novembre, Paul Augé, directeur général du groupe Bayard, nous expliquait qu'une révision de la politique tarifaire d'Apple avait réévalué le prix des applications entre 10 et  20 %. « Nous avons découvert, en direct, les prix de vente de nos ouvrages, proposés dans notre application J'aime Lire Store, mais également pour nos autres applications réévaluées de 10 à 20 % dans le global », soulignait-il.

 

Une situation que l'on a vécue également chez Dupuis, puisque les titres sont vendus depuis l'application Izneo, plaçant les éditeurs hors la loi. Le prix iBookstore était ainsi fixé par Apple, et non plus par l'éditeur, qui se retrouvait contraint de s'aligner sur les tarifs de la Pomme. « On oublie, chez Apple, que la vente d'albums se fait aussi par les applications, parce que les livres sont vendus dans l'iBookstore, pour eux », constate Pierre Bellet. 

 

Cette limitation dans la grille de prix a obligé l'éditeur, comme d'autres, à se conformer aux conditions d'Apple, un peu comme cela a pu arriver dans la musique. En limitant également les prix de vente possibles pour les titres, Apple est parvenu à se jouer efficacement de la loi sur le prix unique du livre numérique...