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Le chat du rabbin de Joann Sfar fait son grand retour

Florent D. - 07.11.2017

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Depuis 2015 et la parution du 6e tome, les lecteurs de Joann Sfar étaient laissés à l’abandon : le chat avait vu arriver le bébé de sa maîtresse, Zlabya. Ce dernier a grandi, et, désormais, le chat peut avoir des conversations avec lui – certes, assez minimalistes, et plus proches du babillage. Mais oui : le chat du rabbin revient...




 

Le chat, patiemment, tente d’expliquer au bébé comment, un jour, le piège va se refermer sur lui : « Ils vont t’apprendre à remercier Dieu avant de bouffer. » S’ensuivra l’inévitable bourrage de crâne : « Tu ne diras plus : “Je connais leur religion.” Tu diras : “Cette religion, c’est moi.” C’est pareil pour toutes les religions, ça vous sépare, ça crée toutes vos guerres. » 

 

Comme d’habitude, Sfar parle d’intolérance religieuse et, plus précisément ici, d’extrémisme. Si le Chat avait vocation à lutter contre le racisme, et prôner le vivre ensemble, l’auteur et sa créature sont dubitatifs. « Aujourd’hui, dit l’auteur dans une interview au Monde, je suis KO debout. Dans un constat d’échec absolu, comme toute la gauche, avec ma tentative de faire du vivre-ensemble. On est sur les décombres de ce système. Dans du Michel Houellebecq triomphant. » 


 

Le chat du rabbin et l’âne du cheikh Sfar discutent des problèmes respectifs que posent le boulot d’imam et celui de rabbin. En gros, c’est la même galère. Avec, ces temps-ci, un bonus pour l’imam : la mosquée est inondée. D’ailleurs, des chatons la fuient et se réfugient chez le chat du rabbin qui déclare ne pas pouvoir accueillir toute la misère du monde, même si, par ailleurs, il se considère comme un « brave type » acquis au concept de solidarité... mais dans l’absolu surtout, un peu moins quand il s’agit de se coltiner le réel – le chat est notre mauvaise conscience. 
 

La mosquée étant hors d’usage, le rabbin et l’imam décident de faire prier tout le monde dans la synagogue, mais l’imam à la retraite et l’ex-rabbin sortent de leurs vieilles tanières pour rassembler les décérébrés qui refusent de prier ensemble. Et voilà que le déluge (ou un problème de plomberie) continue son œuvre : la synagogue prend l’eau à son tour, et tous les adeptes de l’exclusion désignent un coupable : le chat, qu’ils souhaitent noyer. Heureusement, Malka débarque avec son lion (voir précédemment Le Malka des lions) et calme les fureurs.




Et tout le monde (les juifs, les Arabes, Malka, le lion et le chat) se retrouve à l’église, où le curé est en train de faire un très joli sermon sur le vivre ensemble... 

 

On ne fait pas plus pessimiste. Pourtant, c’est cette innocence d’avant les religions – celle du bébé au début de l’album – que Malka cherchera à retrouver à la fin de l’histoire. Certes, il est un peu alcoolisé, mais l’idée générale est bonne. Et le chat, après avoir rencontré, au fin fond du désert, le rabbin du rabbin du rabbin et son corbeau très mal embouché, va adhérer et se lancer dans l’improbable quête du truc magique capable de sauver le monde – plutôt que ressasser l’idée contraire qu’on peut résumer par : « La pagaille est une fatalité. »

Et, comme toujours, c’est avec humour et grande intelligence que Sfar nous embarque dans cette lutte éternellement recommencée, avec un chat du rabbin qui, athée, ne se sent jamais à sa place. C’est ce sentiment d’étrangeté qui lui permet, et à nous aussi, de rester éveillé... 

 



Joann Sfar – Le chat du Rabbin. 7. La tour de Bab-El-Oued – Editions Dargaud – 9782205075885 – 14,99 €