Bob Morane plongé dans la vallée infernale des procédures juridiques

Clément Solym - 02.09.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - Bob Morane - éditeur Anaké - Henri Vernes


Bob Morane, qui doit connaître une adaptation au cinéma, avec Jean Dujardin, fait l’objet d’une procédure juridique en Belgique. Henri Vernes, créateur du personnage, a décidé de saisir la justice pour reprendre ses droits. Une procédure qui fait suite à des reproches déjà exprimés par l’auteur, à l’encontre de la société Bob Morane Inc.

 

Bob Morane Henri Vernes

 

 

La structure avait été fondée par l’éditeur belge Claude Lefranq et Charles Dewisme, plus connu sous son nom de plume, Henri Vernes. Ce dernier avait accepté de vendre ses droits en juin 2010, incluant le personnage et son univers. Claude Lefranq dirigeait alors la maison d’édition Anaké, dont la principale mission était la publication des œuvres de Bob.

 

Sauf que l’idylle n’a pas duré plus de deux ans : en 2012, les éditions Jourdan faisaient paraître D’Henri Vernes à Bob Morane — La vie aventureuse d’un écrivain. Et à la publication du livre, les reproches commencent. 

 

Bien entendu, ce sont des questions financières qui sont mises en avant, dans un premier temps : les livres ne seraient pas assez présents en librairie. La critique, venant d’un auteur, est assez classique, et l’éditeur pour sa part répliquait que l’on trouve bien les tomes chez Amazon. Pas facile à entendre.

 

Désormais, Henri Vernes se lancerait sur le champ du droit moral : alors que les nouvelles aventures sont signées par un auteur qu’il avait choisi, Vernes se ravise. Et dit pis que pendre de son successeur sur des sites. L’attaque semblait donc la solution de continuité, pour que cesse l’exploitation de son héros. 

 

Claude Lefranq, cité par L’Echo, assure que le créateur multiplie les attaques depuis deux ans, et que sa maison a déjà répondu à chaque tentative. « Henri Vernes se plaignait déjà du fait que les aventures de Bob Morane ne se vendaient plus. Il disait que c’était de la faute de l’éditeur alors que c’est juste passé de mode », assure l’éditeur. 

 

Cependant, on retrouve dans un entretien, les propos de Vernes, qui montrent une certaine lucidité : « De mon point de vue, on ne connaît pas de personnages ayant vécu cent vingt ans. Tintin, par exemple, c’est démodé et le personnage ne vit que par sa réputation. Le film a d’ailleurs peu marché. Pff… Dans soixante ans, Bob Morane n’existera plus. » (via Belial)

 

L’éditeur avait d’ailleurs réagi, dans ce même billet, daté de février 2014 : « Nous avons toujours souhaité garder une approche constructive et respectueuse du passé, du présent et du futur. Face aux accusations infondées et aux critiques gratuites, face aux nombreuses embûches semées sur notre route, notamment par M. Vernes, nous nous accrochons à nos passions. »

 

Les bons comptes font les bonnes aventures

 

Devant le tribunal de commerce francophone de Bruxelles, l’auteur et l’éditeur s’affronteront donc, autour des sommes que réclame le premier. Au terme de leur accord, la maison devait en effet verser 100.000 € pour les droits – avec un premier versement de 25.000 € et d’autres, mensualisés de 1500 €. 

 

Un regard de paiement avait provoqué un premier agacement. Et l’auteur avait déjà tenté de faire résilier le contrat de cession. La maison lui serait encore redevable de 43.000 €. (via L'Echo)

 

En se positionnant sur la question du droit moral, Henri Vernes choisit de plaider sur la dimension juridique inaliénable. S’il lui était possible de céder son droit patrimonial, le droit moral est permanent : il lui permet donc de contester l’utilisation faite de son œuvre, quand bien même il aurait choisi l’auteur qui la poursuit. 

 

La maison Ananke avait été fondée par Vernes et Lefranq en 2000. Depuis quelques années, et pour célébrer ses 60 ans, le personnage a connu un redémarrage, notamment poussé par le numérique. D’un côté, la numérisation du fonds, et de l’autre, une publication qui aura eu lieu chez Le Lombard (en octobre), par Luc Brunschwig et Aurélien Ducoudray 

 

L’affaire a été mise en délibéré, mais, clairement, Bob Morane ne palpitera pas de ces frasques judiciaires.