Le dessin et l’humour comme armes

La rédaction - 29.05.2017

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Cartooning for Peace/Dessins pour la paix se définit comme « un réseau international de dessinateurs de presse engagés qui combattent, avec humour, pour le respect des cultures et des libertés ». Par le dessin et l’humour, il œuvre pour la liberté d’expression, la tolérance et la démocratie. L’association mène aussi un travail salutaire de médiation et de pédagogie.

Propos recueillis par Catherine Lefort


Dessin de Kichka (Israël) / Cartooning for Peace
 


Catherine Lefort : Quel a été le contexte fondateur de l’association créée en 2008 ?


Mark Gore : L’embrasée de violences dans le monde, suite à la publication des caricatures de Mahomet dans le journal danois Jyllands Posten en 2005, avait conduit des dessinateurs à s’interroger sur la manière dont le dessin de presse pouvait contribuer à la promotion d’une meilleure compréhension et d’un respect mutuel entre des peuples de différentes croyances et cultures.

Dès lors, un congrès fondateur de l’association s’est tenu le 16 octobre 2006 à l’ONU à l’initiative de Kofi Annan, à l’époque secrétaire général des Nations unies, et de Plantu, dessinateur au journal Le Monde et à L’Express : ces deux personnalités ont réuni douze des plus grands dessinateurs de presse mondiaux pour réfléchir sur le thème « Désapprendre l’intolérance ». Les problématiques qui ont présidé à la création de Cartooning for Peace il y a dix ans sont évidemment et malheureusement plus que jamais d’actualité.

Les attentats de 2015 et 2016 et la prise de conscience du fossé qui se creuse entre certaines composantes de nos sociétés font que la création d’un espace de rencontre et de dialogue autour du dessin de presse, comme outil pour débattre entre autres de sujets qui fâchent, reste plus que nécessaire... Ainsi, Cartooning for Peace se développe...


Comment définissez-vous votre responsabilité éditoriale ?


Mark Gore : Il est difficile d’en donner une définition succincte : nous défendons la liberté d’expression et la culture de paix. Aucun sujet n’est tabou, dès lors que le ou les dessins utilisés dans nos différentes activités pédagogiques dans nos publications ou nos expositions ne visent pas à aggraver des fractures existantes. Qu’une caricature fasse grincer les dents, c’est fait pour !

Mais le travail d’explication, de débat, de contextualisation, de médiation, doit permettre à chacun de sortir par le haut des sujets sensibles ou difficiles. C’est un axe central du travail de l’association. Internet et les réseaux sociaux peuvent naturellement « décontextualiser » un dessin en un clin d’œil et faire des dégâts chez ceux qui le reçoivent... Nous sommes là pour désamorcer les tensions et faire surgir le dialogue.


Quels sont les grands axes de votre action éducative ?


Mark Gore : Nous en avons essentiellement trois. Le premier, le plus développé, concerne les établissements scolaires, les collèges et les lycées. Dans ce cadre nous avons, à titre d’exemple, des partenariats privilégiés, comme avec le Département de la Seine-Saint-Denis, où nous intervenons dans les collèges depuis deux années.
 

Gallimard et Cartooning for Peace publient l'actualité en dessins


Le deuxième, appelé à se développer en 2017, concerne les prisons, sur la base du volontariat des détenus. Enfin, nous avons des projets qui se dérouleront dans un cadre qu’on pourrait appeler « non formel » dont voici deux exemples : nous allons faire un projet pilote à Bordeaux à l’automne 2017, en faveur des enfants en 3e cycle (CM1, CM2, 6e) sur les temps d’activités périscolaires (TAPS), coordonné par les maisons et associations de quartier de la ville.

Et, pour finir, nous allons, pour un tout autre public, à savoir les jeunes sous mandat (PJJ) et, en partenariat cette fois-ci avec la Drac Île-de-France, former des animateurs à l’utilisation du dessin de presse dans le cadre de l’encadrement de ces jeunes.

 

En partenariat avec l'agence Ecla