Le manga imprimé est-il destiné à disparaître ?

Bouder Robin - 23.08.2017

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Ah, l'éternelle guerre du papier et du numérique... Selon le livre, selon l'éditeur, selon le pays, le support dominant n'est jamais le même. Et pour le manga alors ? À première vue, c'est un ouvrage que l'on aime bien tenir en mains, dont on adore tourner les pages et qui trouve de plus en plus sa place en librairie. Et pourtant... Selon une étude, si nous nous trouvons à l'âge d'or du manga, le numérique serait bel et bien l'avenir de la bande dessinée japonaise.

 

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Convention de l'animation de l'EPITA 2009 - KoS (CC BY-SA 3.0)

 

 

Le manga, on le sait, est au cœur de la culture nippone, aujourd'hui plus que jamais : les séries foisonnent et les librairies en parsèment leurs vitrines. Pourtant, si le manga a encore de beaux jours devant lui, les vitrines en question, elles, risquent de changer quelque peu dans un futur proche. Car, contre toute attente, le manga numérique est semble-t-il en passe de supplanter sa version papier.

 

Cette affirmation provient d'une étude menée par la Research Institute for Publications, à Tokyo, qui s'intéresse à l'industrie de l'édition. Aujourd'hui, ce sont les smartphones qui priment sur les livres papier et les magazines...

 

Les chiffres sont formels : de 2015 à 2016, les ventes de mangas numériques ont augmenté de 27,1 % pour atteindre 146 milliards de yen ; dans le même temps, le papier a décliné de 7,4 %, revenant à 194,7 milliards. En résumé : l'écart se resserre considérablement, et si les taux sont les mêmes cette année, le numérique aura dépassé le papier pour de bon dans les années à venir (voir dans l'espace « Comics » sur le graphique ci-dessous).
 


 

Paye ton manga sur ton smartphone

 

Mais alors, qu'est-ce qui attire réellement dans la version numérique d'un manga ? Ce sont en particulier des applications, développées ou non par des maisons d'édition depuis quelques années pour rendre la lecture plus accessible et interactive. Aujourd'hui, une douzaine d'entre elles permettent la découverte de plusieurs chapitres, voire volumes entiers, gratuitement, avant de faire payer l'utilisateur en monnaie virtuelle.

 

Mais les maisons d'édition ne sont pas les seules à s'intéresser au concept : Line Corp., entreprise  ayant créé une application de messagerie qui réunit pas moins de 70 millions d'utilisateurs, a lancé en 2013 Line Manga, qui permet via un abonnement d'accéder à pléthore de publications gratuites provenant de plusieurs éditeurs. Line Manga est aujourd'hui l'appli qui rassemble le plus de lecteurs, au nombre de 2,7 millions.

 

Mais selon Tomoyoshi Murata, chef de l'équipe éditoriale de l'application, ça ne suffit pas : il faut encore convaincre ceux qui ne sont pas encore adeptes du numérique à s'y essayer. Et pour cela, une seule solution : créer le prochain best-seller, le nouveau One Piece, mais en exclusivité en numérique.

 

Pas bêtes, les firmes étrangères s'y mettent également : l'entreprise sud-coréenne Kakao a profité de ce soudain engouement pour le numérique pour installer son application Piccoma sur le marché. Il s'agit pour elle non seulement de proposer, comme son concurrent Line, des mangas d'éditeurs japonais, mais aussi des titres coréens. « Si nous étions en 2019 ou en 2020, nous ne ferions pas ce genre de choses, mais c'est aujourd'hui que tout se joue sur le marché du livre japonais », explique Jay Kim, directeur de Kakao.

 

Une période idéale pour le manga
 

Pour autant, malgré cette montée en puissance des applications et la baisse de popularité du papier, celui qui gagne sur tous les fronts est bel et bien le manga lui-même. Entre 2015 et 2016, le nombre de ventes, toutes catégories confondues, a augmenté de 0,4 % : les lecteurs sont toujours plus nombreux, et la période est idéale pour les maisons d'édition qui voudraient lancer de nouveaux titres, fait remarquer Shuhei Hosono, rédacteur en chef adjoint du magazine Shonen Jump.
 

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Pour les magazines comme Shonen Jump ou Shonen Magazine, le bilan est encore pire que celui du manga papier : 101,6 milliards de yen l'an dernier, ce qui représente un tiers des ventes d'il y a 20 ans... Une mauvaise nouvelle pour les jeunes mangakas, dont beaucoup se servaient de ce biais pour faire découvrir leur œuvre au public en y publiant quelques chapitres.

 

Hosono ne se fait pas d'illusions : pour le papier et pour le magazine en particulier, l'affaire est loin d'être gagnée. Mais en développant la bonne application, en s'adaptant de la bonne façon à l'arrivée du numérique, ce sont des dizaines de millions de lecteurs que l'on peut toucher. Shonen Jump a déjà lancé une appli proposant un catalogue de mangas pour essayer de rattraper ses ventes, et en vient à compter sur le numérique pour ne pas disparaître totalement de la circulation.
 

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En tous les cas, les best-sellers de demain devraient apparaître directement sur ce type d'applications plutôt qu'en papier, qu'on le veuille ou non. Amateurs réfractaires au « digital », préparez-vous à mettre de l'eau dans votre vin : le nouveau Naruto pourrait bien se trouver de l'autre côté de la barrière...

Via The Japan Times