Le Neonomicon d'Alan Moore censuré en bibliothèque

Clément Solym - 08.01.2013

Manga/BD/comics - Comics - Neonomicon - Allan Moore - Censure


Beverly James, directrice de la bibliothèque du comté de Greenville, a décidé de supprimer le roman graphique Neonomicon des étagères de son institution. Une décision prise suite à la plainte de la mère d'une fille âgée de 14 ans, qui a emprunté l'ouvrage perturbant dans la section adulte du service public. La série de comics, concoctée par Allan Moore et Jacen Burrows, constitue un hommage à l'univers sombre et torturé de Lovecraft, illustrations en prime, et qui flirte avec la magie, l'horreur et le sexe.

 

 

 

 

Au cours du mois de juin, le Comic Book Legal Defense Fund, la National Coalition Against Censorship et l'American Booksellers Foundation for Free Expression se sont joints pour écrire une lettre de soutien à l'auteur. Mais la directrice s'est dite résolue à ne pas changer d'avis, et si elle a retiré l'ouvrage des étagères, c'est parce qu'elle l'a trouvé « dégoûtant ». 

 

La cause de ses vertiges concerne le contenu de la bande dessinée, sans aucune concession pour un lectorat de petite nature. Si la directrice reconnaît que d'autres ouvrages de sa bibliothèque traitent de sujets comme le viol, les assassinats, le racisme et le sexe, ce seraient les illustrations qui rendraient l'horreur du récit vénéneuse.

 

Alan Moore, créateur de V pour Vendetta et des Watchmen, parmi d'autres titres, confiait d'ailleurs à propos de son ouvrage : « C'est une des oeuvres les plus sombres, les plus misanthropes, que j'aie jamais réalisées. J'étais de très mauvaise humeur. »

 

Un comité avait été chargé d'évaluer l'ouvrage avant que James ne le supprime des étagères bibliothécaires. Et celui-ci, avant de valider la présence du titre dans le catalogue, avait pris en considération la réputation de l'auteur, les listes de recommandations et d'avis, et notamment le fait que le comic avait remporté le Prix Bram Stoker.

 

La bibliothécaire a certes pris à coeur d'entendre les plaintes de ses usagers, et s'est donné la peine de contrôler elle-même le contenu. Mais on peut se demander toutefois si la mission première du service public n'est pas de proposer le choix le plus large de références à ses fidèles, plutôt que de se faire censeur à la place de la censure.