Le plus mauvais groupe du monde : Cambourakis nous régale

Clément Solym - 04.07.2009

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Soixante saynètes et autant de personnages d’un autre monde, résumé ainsi Le plus mauvais groupe du monde passe pour une simple histoire de fous. José Carlos Fernandes nous convie au banquet d’une ville sans nom et oubliée du temps, où la poésie court les rues et les existences se frôlent sans se voir.

La visite du musée de l’accessoire et de l’insignifiant ne peut décemment laisser de marbre. Rendez-vous compte, à côté d’une collection de moustaches postiches vous découvrirez un inventaire de tous les livres et articles sur la calvitie publiés entre 1871 et 1974. Et comment ne pas s’intéresser à son directeur, qui est aussi président par alternance de l’Académie des sciences néphébatiques. Cette dernière diffusant un bulletin trimestriel abordant des sujets aussi improbables qu’intéressants : « Découvrez votre flore intestinale » ou « La sodomie chez les coléoptères du Tanganyika ». Tout un programme !

Derrière l’absurdité des situations et des personnages se cachent une poésie et une philosophie intrigantes. L’extraordinaire se cacherait tapi dans l’ordinaire, et la beauté enfouie dans des vies placées sous le signe de psychopathologies profondes. Tous ces gens discutent et se présentent, pestent contre leurs concitoyens ou font les louanges du monde moderne avec pour point commun d’adorer des choses si futiles qu’on ne pouvait en soupçonner l’existence.
 
On oublie rapidement la plume parfois lourde de José Carlos Fernandes pour ouvrir les yeux sur un album complet, déroutant et magique. Il a vraiment su tiré le meilleur de situations torturées pour nous apporter sur un plateau une somme de questionnement démentielle sur l’existence. On doit ici tiré notre chapeau aux éditions Cambourakis qui signent une publication qui reste, pour l’instant et de mon avis, la meilleure de cette année 2009.

Cet auteur portugais, non content d’être doué pour le neuvième art, nous présente une bande originale méchamment jazzy pour agrémenter la lecture de son livre. Prenez donc le temps de vous laisser bercer sur les volutes sonores de Thelonious Monk, d’art Blakey & The Jazz Messengers ou de Duke Ellington. Ah, que c’est bon !

Souvent enjoué à l’idée de vous parler de bandes dessinées – c’est normal, puisque je les choisis soigneusement – j’ai été plus que séduit par ce plus mauvais groupe du monde. Les adorateurs du mainstrean tomberont des nues, les autres me comprendront. José Carlos Fernandes parvient à nous faire entrevoir l’indispensable à travers l’inutile : « Existe-il des mots qui permettraient de décrire fidèlement la lumière d’une fin d’après-midi du mois d’août ? »