BD égalité : un Collectif de créatrices contre la misogynie dans l'édition

Nicolas Gary - 09.09.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - collectif auteures - bande dessinée - sexisme édition


« Bien que nous venions d’horizons divers, nous avons toutes vu notre travail rabaissé à notre sexe dans le milieu de la bande dessinée. » Nul besoin d’en dire plus, le ton est donné : un collectif de créatrice de BD a décidé de riposter. Engagées « contre le sexisme » qui mine le secteur, elles se sont lancées tout à la fois dans un site d’information, et la publication d’une charte. À retrouver sur BD Égalité.

 

Myrtle Cook of Canada (left) winning a preliminary heat in the women's 100 metres race at the VIIIth Summer Olympic Games / Myrtle Cook (à gauche), du Canada, remportant une éliminatoire pour l'épreuve du 100 mètres femmes, aux VIIIe Jeux Olympiques d'été

Library and Archive Canada, CC BY 2.0

 

 

L’initiative part de Lisa Mandel, qui en décembre 2013 sollicite une trentaine de consœurs pour réaliser un titre, Les hommes et la BD, présenté au cours du Festival d’Angoulême 2014. « L’abondance de réponses et d’anecdotes à caractère sexiste démontre l’ampleur du malaise actuel. Toutefois, grâce à la discussion en ricochet initiée par Lisa Mandel, il émerge un lien entre toutes ces artistes qui résonne aujourd’hui comme les prémices du Collectif. »

 

Ce qu’il faut aller consulter en priorité, ce sont les témoignages d’auteures. « Le vrai sexisme, je crois qu’il est rampant. Quand la remarque est clairement rabaissante ou humiliante, il y a bêtise ou jalousie et donc pas grand-chose à faire », écrit Florence Dupre la Tour. 

 

Aude Picault : « Un auteur c’est, de toute façon, une individualité qui arrive à communiquer aux autres sa façon particulière de ressentir le monde. Trier des artistes par leur sexe c’est museler leur œuvre. » 

 

Marion Montaigne : « J’en ai marre des expos et prix pour “la BD de femme”. Ça fait expo ou prix “handisport”. “Tiens, petites femmes, on vous a fait un petit bassin où vous baigner ! Hoo regardez les gens !! Les filles aussi savent nager ! Comme c’est mignon !” »

 

Et ils s’accumulent à perte de vue. 

 

 

 

Le départ du collectif s’effectuera au printemps 2015, alors que se prépare au Centre Belge de la Bande Dessinée une exposition titrée La BD des filles. Julie Maroh, contactée pour y prendre part, n’en revient pas : non seulement le Centre n’écoute pas ses arguments sur la misogynie de ce projet, mais encore, assumerait totalement que « la bande dessinée destinée aux filles » [soit] « une niche pour les éditeurs », voire « un plan marketing ». 

 

Les enjeux symboliques et sociologiques étant trop importants pour être ignorés, Julie Maroh alerte par email 70 auteures de bande dessinée dont la moitié faisaient partie de la discussion initiée en 2013 par Lisa Mandel.

La consternation est immédiate et unanime. Un rassemblement de femmes auteures se crée rapidement, dépassant la barre des cent personnes en quelques jours.

 

Le collectif prendra vie peu après, réunissant tous les éléments pour sensibiliser et le collectif entend faire perdurer son activité. Une nécessité, expliquent-elles, pour lutter contre les stéréotypes permanents. Et de pointer l’industrie du livre, où elles évoluent toutes, en proposant enfin des méthodes pour en venir à bout. « Nous appelons tous les acteurs de la chaîne du livre à prendre conscience de leur responsabilité dans la diffusion de supports narratifs à caractère sexiste et nous interviendrons à chaque fois qu’une situation attirera notre attention. »

 

Mais personne ne sera dupe : que les femmes soient maltraitées ou déconsidérées dans la BD, n’est qu’une autre manière de pointer la Lune – et seul l’imbécile s’arrêtera au doigt. 


Pour approfondir

Editeur : Le peuple libre
Genre : christianisme :...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782907655590

Femme, en quête de dignité ; contre les mentalités misogynes

de Elyane Rejony (Auteur)

Femmes battues, violées, soumises, Femmes objets dans le cinéma ou la publicité, Femmes en mal de reconnaissance, La situation de la femme " libérée " reste critique.

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