Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le véritable Professeur Xavier s'appelle Hermann J. Muller

Antoine Oury - 07.06.2014

Manga/BD/comics - Comics - X-Men - Professeur Xavier - Stan Lee


Avec Spiderman ou Les 4 Fantastiques, Stan Lee avait déjà donné dans les mutations, notamment suite à une exposition à une haute dose de radiations. Mais, en 1963, il propose à son éditeur chez Marvel, Martin Goodman, une nouvelle série de comics, Les Mutants. Cette fois, les mutations physiologiques seront communes à un grand nombre de personnages, et auront des implications philosophiques certaines...

 


La première aventure des X-Men

 

 

L'époque est à la peur du nucléaire, utilisé comme une arme dissuasive par les deux puissances en conflit que sont les USA et l'URSS. Par ailleurs, le souvenir d'Hiroshima et Nagasaki sont toujours très vifs. Mais, quand les Japonais réalisent Godzilla en 1954, dénonciation à peine voilée de l'arrogance de l'humain face à la nature, le pendant américain, via les comics, est nettement plus optimiste.

 

En effet, les mutations sont ici source de super pouvoirs, qui placent les mutants au-dessus de la foule des quidams. En 1956, un article du Times tentait même de convaincre la planète que les deux bombes atomiques « n'avaient pas eu d'effets mesurables sur les naissances, quand les parents ont été exposés aux radiations ». Certes, pas de lézard géant ou de pouvoirs télépathiques, mais des cancers et des leucémies...

 

Évidemment, Stan Lee ne passe pas à côté des peurs et interrogations soulevées par cette période radioactive, largement relayées par les médias. Un généticien, le docteur Hermann J. Muller, devient un de leurs intervenants favoris par le discours particulièrement provocateur qu'il développe. Sans oublier le fait qu'il ait reçu le Prix Nobel en 1946, pour avoir découvert que... les radiations à hautes doses provoquent des mutations.

 

 

Hermann J. Muller

 

 

Lors de son discours d'acceptation du Nobel, Muller avait provoqué des haussements de sourcils en expliquant qu' « il y a des sauts inattendus, qui provoquent la transition d'une espèce élémentaire à une autre, [...] des mutations qui peuvent survenir après une exposition à des rayons X ». L'aspect futuriste plaît aux journalistes, et Muller devient une figure relativement connue.

 

Quelques années plus tard, son discours s'est radicalisé : dans le magazine Popular Science, en mars 1960, le journaliste qui a rencontré Muller écrit que ce dernier souhaite « améliorer la vieille espèce humaine dans une grande famille de parangons, dignes, loyaux, tolérants, sympathiques, et surtout, très, très intelligents ». Le généticien évoquait plus loin les « modifications physiques », comme un troisième oeil diffusant les pensées en images...

 

Évidemment, le Prix Nobel reconnaissait que des « milliards d'années » seraient nécessaires pour de telles transformations, et soulignait que l'éducation, aussi bien mentale que physique, était un indispensable pour utiliser tout le potentiel humain. Tel un mix de Magneto et du Professeur Xavier, Hermann J. Muller suscitait soit l'amusement, soit la crainte de ses confrères face à ses théories, certains le comparant à un eugéniste nazi.

 

D'autres expérimentations de l'époque ont pu inspirer Stan Lee, comme la Hunter Elementary School de New York, qui n'acceptait sur ses bancs que les élèves au QI supérieur à 130, afin de leur proposer des programmes scolaires adaptés. 

 

(via Comic's Beat)