Les mangas "pédopornographiques" dans le viseur de l’ONU 

Julie Torterolo - 27.10.2015

Manga/BD/comics - Univers Manga - Mangas - ONU - Protection de l'enfance


À l’occasion d’une conférence de presse à Tokyo, ce lundi 26 octobre, Maud de Boer-Buquicchio, la rapporteuse spéciale de l’ONU sur le trafic d’enfants, la prostitution infantile et la pornographie impliquant des mineurs, n’a pas caché son inquiétude. À côté d'autres « pays développés », les délinquants sexuels sur mineurs et l’exploitation sexuelle des enfants, restent trop largement impunis au Japon. Elle pointe alors du doigt les mangas impliquant des mineurs et illustrations à caractère sexuel qui ne tombent toujours pas sous le coup de la loi contre la pédopornographie, adoptée l’année dernière. 

 

Manga in the Round

Stuart Rankin, CC BY-NC 2.0

 

 

« Quand il s’agit de contenus spécifiques, d’extrêmes pornographies infantiles, les mangas devraient être interdits », annonce Maud de Boer-Buquicchio. Pour elle, certains mangas, mettant en scènes des enfants, sont obscènes. Toutes illustrations à caractère sexuel impliquant des mineurs devraient être punies en vertu de la loi contre la pédopornographie, explique-t-elle. 

 

Bien sûr, Maud de Boer-Buquicchio se dit consciente de la « difficulté de trouver le bon équilibre » entre libertés d’expression et la nécessité de protéger les enfants. Mais il n’empêche, les graphismes « abjects » doivent être éloigné des enfants ou interdits. En 2014, le Japon s’est aligné sur les pays du G7 et a adopté une législation interdisant la possession de matériel pornographique mettant en scène des mineurs, explique South China Morning Post. Cependant, les mangas ne rentrent toujours pas dans le champ d'application de cette législation. 

 

Le Japon ferait partie des pays développés où l’impunité dont jouissent les délinquants sexuels au Japon est « relativement élevée ». « Les enquêtes et poursuites sont rarement engagées sans une plainte déposée par la victime, l’enfant... Les quelques cas qui sont poursuivis finissent bien souvent par des peines avec sursis ou entraînent de faibles amendes. »

 

Mme de Boer-Buquicchio relève ainsi « une tolérance sociale et institutionnelle » par rapport aux délinquances sexuelles sur mineur. La pauvreté, le manque d’égalité entre les sexes, la tolérance sociale et l’impunité sont, selon elle, les principales causes de cette situation. Il est donc important d’attaquer sur tout le front, dont les mangas, et défendre ces citoyens les plus faibles. 

 

"Le Japon peut faire des progrès substantiels"

 

Comme le souligne l’AFP, la grande majorité des dessinateurs de mangas et créateurs de dessins animés se sont toujours opposés à une interdiction des bandes dessinées et animations mettant en scène une forme de sexualité infantile, arguant de la difficulté à définir ce qui relève effectivement ou non de la pédopornographie. Un physique seul ne saurait caractérise un personnage de manga, selon eux. Par exemple, que dirait-on d’un robot avec des traits d’enfants et mis en scène dans des postures sexuelles... 

 

« Le Japon peut faire des progrès substantiels à défaut de pouvoir complètement éradiquer l’exploitation sexuelle des enfants », a insisté la rapporteuse. Selon elle, il existe une loi truffée « de nombreuses lacunes » — loi qui était envisagée depuis 2010. Il est ainsi courant de voir des activités commerciales mettre en scène des photos de fillette de moins de 12 ans en bikini ou encore « louer » une lycéenne pour tenir compagnie quelques heures à des hommes adultes, voir âgés. Selon elle, la prostitution infantile a bel et bien diminué, mais le matériel pédopornographique a quant à lui augmenté... sur le web. 

 

À noter qu’en 2012, un ingénieur de 25 ans du Puy-en-Velay a été condamné à un an de prison avec sursis pour avoir conservé et diffusé sur le net des manga mettant en scène le viol de fillettes de 6 à 8 ans, et ce, en France.