Angoulême : dénoncer le contrat du FIBD, 'salutaire' voire 'incontournable'

Nicolas Gary - 22.04.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - FIBD Angoulême - festival livre - Franck Bondoux


Mettre en place une concertation entre les organisateurs du Festival de la BD d'Angoulême et les éditeurs ne trompait personne. Soucieux que le FIBD puisse répondre aux attentes de chacun, tout en assurant un rayonnement international, quatre pistes se dégageaient. Sauf que, parmi « les évolutions considérables » évoquées, l'une d'entre elles passe toujours très mal. 

 

 

Exposition Jack Kirby Angoulême

Besoin du secours de super héros ?

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Mi-mars, la nouvelle tombait, et les bras de beaucoup en sont tombés avec elle. Le président de l'Association, Patrick Ausou, envisageait de mettre en place un contrat quinquennal avec l'actuel organisateur, 9e Art+. En outre, ce projet allait accorder à la société privée les différentes marques du Festival. Le projet était finalement retiré, nécessitant plus de concertations d'échanges. Une nouvelle assemblée générale devait alors intervenir fin mai. 

 

Sauf que personne n'est dupe : si les organisateurs ouvraient grand les bras aux États généraux de la BD, réunissant plusieurs acteurs en soutien, les discussions ne s'ouvrent pour le FIBD... qu'avec les éditeurs. Dans ces conditions, lire que « cette réflexion partagée avec la communauté des éditeurs de bande dessinée est importante [...] spécialement au regard du soutien aux créateurs du 9e Art », laisse songeur. 

 

C'est d'ailleurs en parlant de « reconnaissance du travail accompli » que le patron de 9eArt+ évoquait cette concertation prochaine, dans Sud Ouest

 

Or, ce 23 avril, la Charente libre raconte que le Conseil d'Administration de l'Association du FIBD vient de s'achever. Et après avoir tenté en février dernier d'obtenir une reconduction pour cinq années, tout le monde s'attendait à ce que l'organisateur tente de repasser le plat. Plusieurs esprits nécessairement mal intentionnés voient alors dans la volonté de concertation l'idée que l'on puisse faire valoir les échanges avec les éditeurs pour... négocier avec les financeurs publics.

 

L'idée d'une menace serait à peine voilée, entend-on du côté du marché des Halles. Évidemment, la concertation qui s'ouvre avec les éditeurs, avec les auteurs qu'ils portent, représente un levier intéressant, pour convaincre. Il paraîtrait même qu'à l'époque de Jean-Marie Thévenet, de pareilles méthodes avaient court. 

 

Il se murmure par ailleurs que plusieurs acteurs représentant les pouvoirs publics s'émeuvent quelque peu des tentatives de passage en force répétées – comme le dépôt furtif de marques, orchestré en novembre 2014.

  

Xavier Bonnefont, maire UMP d'Angoulême, avait en effet mis à jour les dépôts de marques par la société 9e Art+, avec l'aide de ses services. L'incident était regrettable, puisqu'il coupait l'herbe sous le pied de l'Association, qui a seulement déposé en 2001 la marque « Festival international de la bande dessinée ». L'événement étant fortement associé à la ville d'Angoulême, le dépôt par 9e Art+ pourrait rendre délicat le changement d'organisateur. « Le dépôt à l'Inpi est fait pour protéger le festival des tiers. Depuis sept ans, 9e Art+ agit pour protéger le festival », s'était alors défendu Franck Bondoux, dirigeant de 9eArt+.

 

Dénoncer le contrat, salutaire ?

 

Et donc voici que la Charente libre publie quelques nouvelles informations concernant les échanges entre la ville et la société 9eArt+. Patrick Ausou, président de l'Association, aurait reçu un second courrier, plutôt velu, expliquent nos confrères, dans lequel le maire de la ville déplore la tenue d'un Conseil d'Administration ce 23 avril, alors qu'aucun document n'a été pour l'heure fourni. 

 

On parle d'un simple « point d'étape », attendu qu'un nouveau CA et une AG sont prévus pour juin. 

 

Sauf que les pouvoirs publics en plus de la mairie d'Angoulême seraient de la partie : il semble que la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, ait décidé de prendre sa plus belle plume – et le scénario ne manquerait pas de rebondissements. Surtout que le préfet doit également rencontrer le maire d'Angoulême, et que l'agglomération s'agite à son tour. En somme tous les financeurs publics de la manifestation – sachant que, dans le même temps, Michel Boutant a perdu le département, redevenant simple conseiller départemental, alors qu'il en était le président. Un soutien de moins pour les organisateurs, semblerait-il.

 

Pour le maire de la ville : « La décision de dénoncer l'actuel contrat me semble salutaire pour ne pas dire incontournable. » Une idée qui ne dépassionnera pas le débat, comme le désire si ardemment Patrick Ausou.