Pika provoque un petit bouleversement dans le manga français

Nicolas Gary - 14.08.2015

Manga/BD/comics - Univers Manga - Pika Editions - directeur éditorial - licences manga


Créée en 2000, la maison Pika Édition était dirigée par Alain Kahn, épaulé par Pierre Valls au poste de directeur éditorial. Puis, en 2007, la maison est rachetée par le groupe Hachette Livre, et en décembre 2011, Valls quitte le navire. Il prend alors la tête de Delcourt manga, une collection initiée en 2002 par Akata, et Pika est actuellement à la recherche d’un nouveau directeur éditorial. Ou d’une directrice. Dans des conditions qui intriguent le petit monde éditorial.

 

Pika Edition - Salon du Livre de Paris 2015

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Éditeur de mangas depuis 2000, Pika Édition se présente comme le deuxième acteur du marché français des bandes dessinées japonaises avec des best-sellers comme Fairy Tail, L'Attaque des Titans et GTO. Avec plus de 1500 titres au catalogue et 200 nouveautés par an, Pika Édition propose également des titres de création française comme la populaire série Dreamland et développe son catalogue avec la collection BlackMoon Graphics dédiée aux romans graphiques...

 

Editeur chercher Directeur/trice éditorial/e

 

La personne qui sera recrutée agira directement sous la responsabilité de la directrice générale, Virginie Daudun-Clavaud, engagée en juillet dernier, après près de huit années passées comme secrétaire générale de Pika. 

 

Et parmi les missions :

  • Assurer la veille du marché du manga japonais pour saisir les opportunités et les tendances de fond.
  • Etablir de bonnes relations et renforcer les liens avec les éditeurs de mangas japonais.
  • Contribuer à la construction du programme éditorial conformément aux axes stratégiques de la société, visant à faire progresser la part de marché de Pika Edition.
  • Superviser la production du programme éditorial dans les contraintes de délais et de budgets.etc.

 

Selon nos informations, c’est le départ de Kim Bredenne, retournée au Japon, qui a contraint l’éditeur à lancer cette recherche d’un remplaçant, mais avec une approche qui laisse dubitatif. « Généralement, les places sont assez fermées, et le milieu se connaît suffisamment bien pour que l’on n’expose pas un pareil poste sur un site d’annonce, même celui de l’Asfored [centre de formation bien connu de l’édition, NdR] », nous précise un observateur. 

 

Dans le même temps, un poste d’assistant édition a été proposé fin juillet, toujours pour Pika, en alternance, à pourvoir début septembre.

 

Kim Bedenne (au centre sur la photo ci-dessous), jusqu'à lors responsable de la sélection et l’achat des licences, avait été recrutée pour dénicher de nouveaux titres pour le marché français, aux côtés de Pierre Valls. C'est que, vivant au Japon depuis plusieurs années, elle avait alors hésité à accepter ce que Pika lui proposait. Totalement bilingue, elle était à même de fluidifier tant la recherche de nouveautés que les échanges avec les interlocuteurs japonais.  

 

Elle avait en fin de compte intégré l’équipe en 2012, peu de temps avant le Salon de Paris, et collabora avec lui, jusqu'à son départ. Ainsi qu’elle l’avait expliqué, une fois sa prise de fonction comme directrice éditoriale, « le fait que je sois arrivée au moment où lui est parti n’a pas de lien direct, c’est plus une histoire de timing qu’autre chose ».

 

Dans un entretien, elle soulignait d’ailleurs ne pas l’avoir remplacé « puisqu’il effectuait un travail beaucoup plus étendu que le mien, il s’occupait de beaucoup de chose alors que je me concentre vraiment sur le choix des séries et l’achat des licences ». (via Paoru)

 

Kim Bedenne avait alors orienté la maison vers le seinen, considérant que c’était ce qui semblait le plus efficace dans le pays. Le marché, ultra-concurrentiel depuis quelque temps, nécessite des profils comme le sien, à même d’apporter des licences fortes, avec une vision globale. Son départ bouscule fort logiquement la maison.

 

 

 

Kim Bedenne a pris la suite de Dreamy au volant du #desertbusfr

Une photo publiée par Desert Bus de l'Espoir (@desertbusfr) le

 


Mais alors, quid de quid ?

 

Le poste de directeur éditorial « représente un niveau stratégique que l’on ne peut confier à un éditeur junior », nous précise un observateur. Ce que cette annonce déposée à l'Asfored laisserait comprendre, c’est que le recrutement n’a pas pu aboutir en interne, et que les contacts avec l’extérieur n’ont rien donné. En passant par une publication aussi accessible, la maison donnerait la preuve d’une situation assez urgente.

 

« Passer par un site d’annonces comme celui de l’Asfored permettrait alors de toucher un plus grand nombre de candidats potentiels, et d’opérer un choix dans une plus grande sélection. Le tout visant à une réduction de coûts ? » Impossible de confirmer cette hypothèse, personne n’était disponible chez Pika.

 

Cependant, plusieurs éléments de l’annonce donnent des indices à garder à l'esprit. D’abord, la maîtrise de la langue japonaise « est un plus », chose intéressante si l’on prend en compte que Kim Bedenne avait une excellente maîtrise de la langue. Le profil est ensuite assez généraliste, puisque l’on demande « une expérience de 7 ans minimum en édition de livres illustrés, dans le domaine des mangas ou de la BD, avec un poste à responsabilités ».

 

Ces éléments viseraient plutôt à une consolidation du catalogue, qu’à un recrutement visant au développement. « Autant les Japonais n’aiment pas que l’on parle leur langue, parce que les Occidentaux la maltraitent », nous précise un amateur, « autant un interlocuteur maîtrisant le japonais est un minimum, même si les échanges par mail se poursuivront en anglais. Au Japon, il y  a des codes. »

 

Ni Pika ni le groupe Hachette Livre n'étaient disponibles pour nous apporter de précisions

 

La croissance du seinen, et la concurrence du secteur

 

Le journal du Japon faisait récemment un point sur les ventes de manga en France, soulignant combien le secteur seinen avait fait un bond, sur l’année passée : + 18 %, alors que shôjo et shônen accusaient un recul respectif de 8 et 7 points. Et depuis les cinq années entre 2001 et 2006, véritable âge d’or, la concurrence s’est durcie pour tous les acteurs, avec une baisse globale des ventes de 2,1 % selon les données GfK, sur 2014 ? 

 

Si dans le même temps, on se fie aux bruits de couloirs, annonçant que Pika recrute des dessinateurs pour le développement du secteur seinen, les choses ne sont pas plus claires, mais confirment les tendances. Stéphane Ferrand, directeur éditorial de Glénat manga, l’analysait : 

 

« Dès 2009 il était évident pour moi que ce segment devait évoluer plus fortement en France. Le shônen est fort, mais le lecteur shônen finit aussi par aller vers le seinen et le shônen se place sur un phénomène de génération. Le seinen est cumulatif en termes de marché, puisqu’il finit par recueillir toutes les générations de lecteurs. De plus le seinen englobe plus facilement les garçons et les filles sous une même ombrelle. »