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Marvel aurait censuré l'auteur de Maus pour ne pas froisser Donald Trump

Antoine Oury - 19.08.2019

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Art Spiegelman, l'auteur de la célèbre bande dessinée Maus, n'a rien contre les comics et les super-héros : au contraire, il avait écrit avec plaisir l'introduction d'un ouvrage consacré à l'histoire de Marvel, publié par The Folio Society. Mais une référence à Donald Trump, comparé au méchant Crâne rouge, a valu à son texte, d'après Spiegelman, un exercice de censure en bonne et due forme de la part de la Maison des Idées.

Red Skull & Variants
Le méchant Crâne rouge (Tom Hamilton, CC BY-SA 2.0)


Marvel: The Golden Age 1939–1949, publié par The Folio Society, devait revenir, comme son titre l'indique, sur l'âge d'or de la Maison des Idées, qui a vu la création de nombreux personnages iconiques du catalogue Marvel, dans le contexte particulier de la Seconde Guerre mondiale. L'ouvrage évoquait ainsi la figure de Captain America, représentant les États-Unis et la liberté, et son combat contre Red Skull, ou Crâne rouge, agent nazi apparu dès 1940 dans Captain America Comics #1.

Pour l'introduction de ce livre, The Folio Society avait sollicité le regard d'Art Spiegelman, un des grands noms du 9e art, lui-même connu pour avoir évoqué la barbarie nazie dans son chef d'oeuvre Maus, qui raconte l'histoire de son père et son expérience des camps de la mort.

Dans son texte, Spiegelman évoquait l'importance des comics et de leurs thématiques aujourd'hui, dressant un parallèle entre Crâne rouge et Donald Trump, d'une manière imagée mais assez transparente : « Dans le monde bien trop réel qui est le nôtre, l'ennemi le plus retors de Captain America, Crâne rouge, est bien vivant sur les écrans tandis qu'un Crâne orange hante l'Amérique », écrivait Spiegelman. Au point que les deux avaient d'ailleurs fait équipe, et que Todd McFarlane, les avait fait décapiter par un Baby Spawn.

D'après l'auteur de Maus, son texte a rapidement été retoqué par The Folio Society, qui a expliqué que Marvel souhaitait « rester apolitique » : autrement dit, il fallait supprimer la référence pour que le texte soit publié. Spiegelman a préféré annuler sa participation à l'ouvrage, explique-t-il, pour publier son essai dans les colonnes du Guardian.
 

Rester fidèle à ses convictions


Spiegelman n'aurait pas pu faire autrement, de son propre aveu : retirer la référence et publier ainsi le texte aurait été un acte d'une insouciance déplacée, étant donnée la situation. L'auteur de Maus est par ailleurs un farouche opposant à Donald Trump et à sa politique, comme il l'a montré à plusieurs reprises depuis l'élection du président.

Il avait ainsi participé, dès le mois de janvier 2017, à une contre-investiture organisée par plusieurs centaines d'artistes et d'écrivains, et ne se privait pas de critiquer, de vive voix ou en dessins, la politique de Donald Trump. Cette résistance est de famille, puisque Françoise Mouly, son épouse, et Nadja Spiegelman, sa fille, ont conçu un fanzine féministe pour inciter à la résistance contre Trump.

Tout est politique, c'est ce que rappelle Spiegelman dans son texte publié par le Guardian : l'auteur de Maus souligne ainsi qu'Ike Perlmutter, ancien PDG de Marvel Entertainment qui siège toujours au conseil d'administration du groupe, est l'un des plus fervents soutiens financiers de Donald Trump. Il avait aidé ce dernier à financer sa campagne en 2016, et a récemment remis le couvert pour 2020...
 
Dans ses conditions, la censure de Marvel semble évidente, d'autant plus que l'éditeur n'en est pas à son coup d'essai : fin 2017, l'éditeur avait censuré une blague de Spider-Man, dans laquelle le Tisseur qualifiait la Chose de « deuxième monstre orange le plus célèbre au monde ». Des précautions qui semblent toutefois erratiques : au début de la même année, Marvel laissait passer une caricature de Trump en super-vilain...

« J'ai de nouveau pu apprendre, encore une fois, que tout est politique... comme Captain America qui allonge une droite dans la face d'Hitler », conclut Art Spiegelman.


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