Marvel et DC renoncent à poursuivre un auteur pour l'emploi de 'superhero'

Nicolas Gary - 28.05.2016

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Entre Graham Jules et les éditeurs Marvel et DC Comics, le conflit dure depuis deux années. Et bien entendu, c’est une histoire de copyright et de super héros qui opposent les deux parties. Le premier est en effet auteur de Business Zero to Superhero, qui devait paraître en 2014. Les deux autres considèrent que le titre de cet ouvrage porte atteinte à leur propre commerce – celui des super héros. Et l’écrivain londonien a vu la foudre lui tomber sur le crâne, lorsque les éditeurs ont découvert le livre qu’il souhaitait commercialiser.

 

 

 

À 48 ans, Graham Juiles dirige une société qui installe des boutiques pop-up, et il étudie le droit. La parution de son ouvrage self-help prévue en 2014 fut freinée par la lettre d’avertissement que DC et Marvel lui ont fait parvenir. Selon eux, le terme super héros pourrait nuire gravement à leur activité, tel qu’il est employé. Depuis une quarantaine d’années, les deux sociétés s’efforcent en effet de faire pression sur tout ce qui pourrait les menacer. Et l’emploi du terme Superhero ne se ferait qu’après leur validation. 

 

Depuis la première apparition de Superman dans le premier Action Comics, voilà près de 80 ans, les super héros sont devenus des figures de la pop culture à part entière. Mieux : par-delà la figure culturelle majeure, ils représentent des millions de dollars pour une industrie du comics qui alimentent désormais ses maisons mères. D’un côté, Marvel est la propriété de Disney, de l’autre, DC Comics, appartient à la Warner Bros. Toucher aux personnages revient à faire trembler le box-office – et s’attirer l’attention de services juridiques plus teigneux que le Joker lui-même...

 

Le principe d'intimidation généralisée

 

Généreuses et magnanimes, les maisons d’édition firent tout de même une proposition de quelques milliers de livres sterling, pour que Graham Jules change le titre de son ouvrage. Mais ce dernier a refusé. Moralité, un bras de fer juridique s’engage – pas évident quand on compte le Man of Steel et Iron Man dans le camp adverse.

 

Il semble bien que la marque superhero ait été déposée en 1979, et au cours de toutes ces années, les deux éditeurs ont défendu bec et ongle leur bout de gras. L’histoire est d’ailleurs célèbre et en 2004, un certain Geekpunk a dû modifier le titre de son ouvrage, suite à un courrier de DC et Marvel. Et en 1980, un célèbre jeu a dû abandonner le terme superhero, parce que les avocats des éditeurs affûtaient déjà leurs plaidoiries.

 

Or, Graham Jules, en conflit depuis deux années et demie, vient de remporter une nette victoire devant les deux poids lourds du comics outre-Atlantique. Pourquoi ? On l’ignore : reste que les deux éditeurs ont choisi d’abandonner la procédure.

 

Dans les faits, le maintien d’une marque comme propriété intellectuelle dépend du... public. Si à un moment ou un autre, ce dernier s’empare du terme, alors il peut totalement échapper à son propriétaire – ce fut ce le cas plusieurs sociétés. Et en l’état, il aurait fallu que Marvel et DC Comics démontrent devant la cour que le terme superhero était associé, par le public, à leurs strictes structures. Difficile. 

 

D’autant plus compliqué que le mot même de superhero tendrait plutôt à caractériser une personne aux pouvoirs hors du commun – comme celui de pouvoir enfiler un slip rouge par-dessus un collant bleu et de se balader dans les airs... sans rougir ! « Je ne peux pas combattre Iron Man, Captain America et Spider-Man, tout seul. Après avoir examiné plus en avant cette affaire, je constate que Marvel et DC ont déjà agi de la sorte, en menaçant de petits éditeurs qui utilisaient le mot superhero dans leur travail. Ce n’est pas juste, superhero est un mot utilisé dans de nombreux livres, bandes dessinées et des écrivains créatifs », se plaignait Jules en 2014.

 

Et le combat cessa, faute de... super-héros ?

 

L’audience qui devait se tenir à l’Intellectual Property Office de London a finalement été ajournée, puisque les plaignants se sont désistés. Probablement pas si mal, pour l’accusé, qui n’avait pas recouru à un avocat pour se défendre, mais s’était borné à compiler des informations en se servant d’un seul manuel sur le droit de la propriété intellectuelle. Le type d’affaires David VS Goliath dont ont fait des films...

 

Or, si Jules s’en sort finalement bien, « une décision finale du tribunal aurait rendu le jugement bien plus clair [par l’instauration d’une jurisprudence, NdR], et nous aurions obtenu une meilleure compréhension des droits de propriété intellectuelle pour les entreprises, là où il y a, notoirement, beaucoup de confusion », souligne Tristan Sherliker, avocat spécialisé du cabinet EIP de Londres.

 

Toute la problématique vient, analyse un spécialiste de la propriété intellectuelle, de ce que le public s’interrogerait de voir les deux titans du comics unis dans une pareille procédure. Empêcher les particuliers ou des structures de se servir de superhero revient à vouloir vider l’océan avec une passoire. Le fait est que les deux entreprises ont toujours collaboré autour de ce mot, et malgré l’ampleur du défi, Graham Jules mérite bien le titre de super héros. 

 

Pourtant, le dépôt de PI a été renouvelé en 2004 et DC comme Marvel sont connues pour s’attaquer à de petites structures, qui enfreindraient leur droit. Pour l’heure, les deux compères ont « admis leur défaite » prétextant des « raisons commerciales », sans plus. 

 

« J’espère que c’est un signe montrant qu’ils ont décidé de repenser leur stratégie. En tant que petite entreprise et étudiant en droit, je n’avais pas les moyens de rivaliser contre Marvel et DC, mais ma formation juridique m’a appris que j’avais une chance de réussir, là où beaucoup sont tombés avant moi. Cela démontre simplement qu’un petit gars peut s’en sortir avec de la persévérance et de la détermination », conclut Jules. 

 

« Je n’arrive pas à croire que j’ai battu les X-Men, Spider-Man et Iron Man à moi tout seul », plaisante-t-il. 

 

via SWNS