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Mort de Didier Comès, fils spirituel d'Hugo Pratt

Cécile Mazin - 07.03.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - Didier Comès - décès - Silence


Dieter Herman, plus connu sous son nom d'auteur comme Didier Comès, est décédé dans la nuit du mercredi 6 mars. Il avait connu une mise à l'honneur toute particulière avec la présentation de 250 planches, au Musée des beaux-arts de Liège. Le Festival d'Angoulême lui avait également consacré une exposition de 50 planches pour son édition 2013. 

 

À 71 ans, Comès fut considéré comme l'héritier spirituel d'Hugo Pratt. Son travail en noir et blanc rappelait les oeuvres de Pratt, un ami fidèle du dessinateur. François Schuiten, dessinateur et scénographe belge se souvient :

 

C'est avant tout un ami avec lequel je n'ai jamais cessé de parler de ce métier, de la façon de raconter des histoires, de l'exigence du dessin, du noir et blanc mais aussi de nos inquiétudes et de nos rêves.

L'isolement qu'il a choisi dans ses Ardennes natales lui donne un regard si particulier, une telle authenticité sur le monde,  une vraie profondeur qui fait du bien. 

Je reste toujours ébloui devant la beauté de ses planches, la façon dont il traduit le mystère des forêts qui l'entourent. Il travaille le végétal comme un orfèvre ou un artiste japonais. Il donne à chaque arbre une âme, une vie intérieure qui transcendent ses histoires. Il a su travailler le mouvement des cadres et des plans comme un musicien,  avec le sens rythmique du batteur qu'il a été.

Dernièrement, alors que je l'interrogeais sur la façon dont il arrivait à des noirs aussi profonds et aussi parfaits dans ses planches, il me disait avec un sourire en coin qu'il accumulait ses vieilles bouteilles d'encre comme ses bons crus. Avec le temps, leur densité lui permettait d'obtenir cette profondeur. Ce souci de perfection révélait ses qualités de grand artisan, de maître incontestable du noir et blanc.

J'ai rarement rencontré quelqu'un d'aussi cohérent par rapport à son œuvre. Il a vraiment tout donné dans ses livres. Il représente pour moi un point de repère autant humain qu'artistique.

 

Les éditions Casterman, qui dans un communiqué, confirment l'information, ont publié l'ensemble de ses oeuvres, une dizaine d'oeuvres.

 

Parmi les oeuvres majeures, Silence, probablement son plus grand succès, qui fut traduit en plusieurs langues et lui apporta la reconnaissance de la critique et du public. Evoquons aussi Eva ou le superbe La maison où rêvent les arbres. L'ensemble des bandes dessinées qu'il a publiées était originellement en noirs et blanc, des déclinaisons de noirs très profonds qui conféraient une dimension onirique et fantastique. 

 

 

 

 

 

Biographie

Didier Comès naît pendant la deuxième Guerre mondiale à Sourbrodt, petit village germanophone du sud-est de la Belgique. Il y fréquentera les dessinateurs de la région : Hausman, Deliège, Macherot et quelques autres.

Dessinateur industriel dans une première vie, Comès s'intéresse à la fois à la Bande Dessinée et à la musique. Percussionniste de jazz semi-professionnel, il se lance dans la Bande Dessinée en 1969, pour le compte du « Soir Jeunesse ». Suivront l'édition belge de « Pilote » et le journal de « Spirou », pour de courts récits en compagnie de Paul Deliège. 

C'est en 1973 que Comès entreprend son premier long récit en couleurs, Le Dieu vivant, une aventure d'Ergün L'Errant.Paru en 76-77 dans Tintin, L'ombre du corbeau  dévoile déjà l'univers futur de l'auteur. Délaissant l'humour et la caricature, il propose un récit onirique et fantastique en choisissant pour héros un soldat allemand dans les tranchées de 14-18. 

Dès 1979, il publie dans le magazine « A Suivre » ce qui sera son plus grand succès, Silence. Ce livre lui vaudra la reconnaissance critique et publique. Comès y délaisse la couleur, approchant désormais le dessin à travers les masses du noir et du blanc, dans la plus pure filiation d'un Milton Caniff et en osmose avec son ami Hugo Pratt.

Suivent La Belette  (81-82), Eva,  huis-clos fantastique paru en 85, L'Arbre-Coeur  (88), Iris  (91), La Maison où rêvent les arbres  (94), Les Larmes du tigre  (2000) et Dix de Der  (2006), où Comès revient sur un thème qui lui tient à coeur : la guerre – la Seconde. A travers une oeuvre dominée par le noir et blanc et par des thématiques où coexistent le fantastique, le paganisme et la philosophie, Comès s'est imposé comme l'un des plus grands auteurs de bande dessinée belge de l'après-guerre.

 

 

Crédit photo Catherine Henry