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Naruto, cet héritier de Dragon Ball

Clément Solym - 26.06.2012

Manga/BD/comics - Univers Manga - Naruto - kishimoto - toriyama


Avec soixante tomes et plus de 100 millions d'exemplaires vendus, le petit ninja a parcouru du chemin.  À l'occasion d'une interview dans le Asahi Shimbun, Masashi Kishimoto a révélé que l'une des plus longues sagas derrière Detective Conan et One Piece allait bientôt prendre fin. Comme un léger réconfort, le mangaka a indiqué avoir déjà pensé la fin bien qu'il ne l'avait pas encore écrite.  La chose a son importance lorsque de nombreux auteurs soumis au stress de la parution hebdomadaire ont perdu de vue leur scénario pour se consacrer aux folles cadences du dessin.

 

La vénération pour le maître Toriyama

 

Depuis sa première parution en 1999 dans le Shonen Jump, Naruto a apporté un nouveau souffle épique au manga à travers le monde. Comme ses prédécesseurs, Naruto respecte les codes du shonen. Une narration centrée, au départ, sur un jeune garçon à l'histoire extraordinaire. Une destinée à forger de combats en combats agrémentée d'une dose d'humour loufoque typiquement japonais. La recette est très similaire à Dragon Ball et les premiers gags du blondinet font penser à Aralé dans Dr Slump. Une filiation que Kishimoto ne cache pas. Comme Toriyama, l'auteur de Naruto va doter son shonen d'une pléthore de références culturelles de l'Asie tout entière qu'il saupoudre d'éléments de technologie.

 

 

Son Goku était la remise au goût du jour de la légende du roi des singes dans le Voyage en Occident. Ecrit par Wu Cheng'en ce pivot littéraire de la Chine est librement réaménagé avec quelques capsules de construction de véhicules ou de maisons instantanée. On retrouve toutefois le personnage anthropomorphe du cochon, Oolong et le bonze qui doit effacer ses fautes sous les traits de Krilin. Naruto, lui, va plus loin dans ses emprunts culturels. Kishimoto rappellera l'œuvre du XVIe siècle dans un combat dantesque entre Orochimaru et le vieux chef du village par l'apparition par l'invocation du gorille au bâton magique. Mais en reprend de plus personnelles.

 

Le roi des singes et le galant hors-la-loi

 

En premier lieu mythologique. Le manga de Kishimoto montre dès les premières pages l'inspiration folklorique de son univers. Dans ce dernier, l'auteur reprend les « kitsune », renards à multiples queues du Japon féodal, qu'il associe au démon Kyubi, scellé dans le personnage principal. Autre mythe repris, La légende du galant Jiraiya (Jiraiya Goketsu Monogatari). Dans ce conte, on retrouve le triangle formé par Tsunade et Orochimaru autour de l'ermite. Kishimoto reprendra tel quel le motif du serpent, de la limace et du crapaud. Regardant un temps vers les technologies d'espionnages, le mangaka se lassera rapidement de devoir affubler tous ses personnages de jumelles. Pour laisser la place aux bandeaux claniques.

 

Toujours au registre des inspirations culturelles, notons les signes de mains, mudras, et le jutsu (technique de combat) japonais mais aussi l'énergie sous forme de chakra provenant l'Inde védique. Plus encore que Dragon BallNaruto rmontre le synchrétisme religieux de la culture japonaise. On notera Ninja Scroll comme précurseur à se retour au ninjutsu fantastique

 

                            (le galant Jiraiya matant Orochimaru)



Autre point commun, ce rappel à la gastronomie japonaise récurrent. Dans la série des années 80, la plupart des personnages ont un nom emprunté de l'art culinaire : riz Songohan, thé Oolong, Végéta pour vegetables, légumes en anglais, Chaozu (raviolis chinois) ou encore les grands méchants dont les noms sont tirés de l'électroménager en terme anglais avec Freezer et Cooler, entre autres. Chez Naruto, la référence est moins évidente pour les non Japonais. Mais le prénom du futur Hokage est basé sur le narutomaki, pâté de poisson pourvu d'une spirale que l'on retrouve dans la fameuse soupe de nouilles. On retiendra encore le gros appétit de ces personnages ainsi que celui de leur acolyte Choji et Yajirobe. Même si les personnages sympathiques et gloutons ne sont pas une spécificité de ces deux mangas.

 

Des procédés similaires mais plus adultes.

 

En digne héritier de Dragon Ball et plus encore de ce qu'englobe Dragon Ball Z, Naruto associe aux nombreux combats de ses personnages le thème de l'entraînement fastidieux et de la montée en puissance des héros. Une discipline martiale qui se matérialise très classiquement par une opposition frontale entre deux ennemis intimes. Des rivaux qui se connaissent et partagent un lien ethnique (Végéta et Son Goku) ou la fraternité de l'équipe 7 composée outre Sakura de Naruto et Sasuke. Retrouvons encore un clin d'œil de Kishimoto à l'œuvre première dans les couleurs des habits. Orange pour son personnage solaire et bleu pour sa Némésis du clan Uchiwa. Une dualité comme un des motifs taoïstes du Ying et du Yang partagé par les deux séries.

 

 

(DR)

 

Reste que Naruto évite l'écueil de son aîné dans cette montée en puissance de ses héros. Là où le guerrier à queue de singe n'en finissait plus d'acquérir vitesse et force, Naruto est l'histoire d'un village, de clans et d'amis. Un cadre narratif qui donne une dimension psychologique plus poussée. Et permet de ne pas mettre de côté une grande part des personnages dans cette course à l'armement. Il existe encore de la place pour les mentors surclassés, les amis fauchés dans l'épreuve et les pitres de la bande de Konohamaru.

 

 De Tezuka à Kishimoto.

 

Naturellement, pour un shonen qui se veut accessible aux plus jeunes, les questions de l'effort, de la camaraderie et d'accueil de l'autre restent prédominantes. Mais le massacre du clan de Sasuke, la mort de personnages attachants et le sacrifice offrent au jeune lecteur une œuvre particulièrement adulte par rapport à ses débuts. L'occasion de mûrir sur plus de dix ans avec ces personnages de fiction. Ajoutons que le développement des aventures de l'enfance à fin d'adolescence – âge adulte y est pour beaucoup. Le saut dans le temps, effet scénaristique que les deux séries emploient, et la mise en abyme d'enjeux sur plusieurs générations fidélisent un public plus adulte.

 

 

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Des thèmes universels colorés d'une mythologie poétique, Naruto aura offert la même sensation de fraîcheur que l'oeuvre de Toriyama. Dans la grande tradition de Tezuka qui avait apporté des références asiatiques et occidentales à une bande dessinée pas encore pensées pour les enfants.

         




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