Obsédés par les sites pirates, les éditeurs de manga en oublient les lecteurs

Nicolas Gary - 16.02.2018

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Au cours de l’année 2017, les ventes de mangas et magazines ont perdu 12 % en chiffre d’affaires au Japon. Les chiffres sont fournis par l’association des éditeurs concernés, dans un rapport du 25 décembre dernier. En volume, cela représente 10 % de diminution. Et dans le même temps, la lutte contre le piratage semble faire n’importe quoi...


Mangas - Frankfurt Buchmesse 2015
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Avec 1370 milliards de yens de ventes (10,34 milliards €), le secteur livres et magazines souffre : à titre de comparaison, il accuse un recul de 52 % en regard de 1996. Voilà vingt ans que le déclin se poursuit, indique d’ailleurs le rapport. Et accuser les sites de contrefaçon ne suffit pas, d’autant que le comportement des éditeurs vire au n’importe quoi. Takashi Yoshida, mangaka de renom, le déplore, et deux fois plutôt qu’une.
 

Pour lui, les éditeurs se sont empêtrés dans un cercle vicieux dont ils ne sortiront pas, faute d’une réponse proactive dans la lutte anti-contrefaçon. « Avant d’essayer d’écraser les versions pirates, plusieurs choses pourraient être entreprises », affirme-t-il. En effet, « en tant qu’entreprises, [les éditeurs] devraient chercher à se rendre compétitifs pour remporter la manche ».

 

De fait, estime-t-il, les dispositifs légaux et la fermeture de sites sont contre-productifs. Tout simplement parce que les internautes ont une forte propension à aller au plus simple pour lire. Et couper un site pirate ne change rien : non seulement d’autres repousseront, mais, surtout, ce combat est perdu d’avance.

 

L’autre difficulté tient à ce que la législation japonaise laisse une zone grise : la reproduction et la communication d’œuvres sans autorisation sont illégales. Cependant, la lecture desdites œuvres ne l’est pas véritablement : en ce sens, l’internaute se trouve d’une certaine manière protégé.

 

Revenant sur la forte perte de chiffre d’affaires, il invite les éditeurs à s’interroger : les sites pirates sont-ils réellement les principaux responsables ? Et si ce n’est pas le cas, quels facteurs doivent être pris en compte ? D’ailleurs, depuis 2005, les ventes diminuent régulièrement, alors même que les actions pour contrecarrer les plateformes se sont multipliées. 

 

La réalité, indique l’auteur, c’est que les éditeurs ont perdu de vue l’intérêt des lecteurs, et ne se préoccuperaient pas suffisamment de leurs attentes. Il évoque aussi des méthodes de vente obsolètes depuis 20 ans, et une absence évidente de liens entre les créateurs et le lectorat. 

 

Pour exemple, lui a décidé de prendre en charge l’ensemble des droits de sa série Yareta kamo Iinkai – qui a fait l’objet d’une adaptation en film live action. Si l’éditeur Futabasha publie les versions papier de Takashi Yoshida, ce dernier se charge de la distribution numérique de A à Z. Il s’occupe également des droits d’adaptation vidéo et autres droits dérivés. L’adaptation est à ce titre actuellement diffusée sur AbemaTV.

 

L’enjeu est crucial, d’autant que les lecteurs qui s’approvisionnent à des sources illégales sont de toute évidence des amateurs. Les efforts redoublés pour couper cette source d’approvisionnement n’aboutissent qu’à ostraciser les lecteurs. Et la culpabilité, dans le monde virtuel, n’existe pas – biologiquement, le cerveau n’est pas encore en mesure de concevoir le téléchargement pirate comme un crime.

 

Cette approche est donc vouée à l’échec, et dans le même temps, ne génère aucune attractivité qui capterait l’attention d’un nouveau lectorat – permettant alors de pallier les pertes de ventes. À ce jour, l’une des perspectives serait la formule d’abonnement avec lecture illimitée. Certes, ce modèle économique existe, mais les catalogues proposés sont encore trop réduits pour séduire véritablement. 

 

Et pour améliorer la relation avec les clients, peut-être faudrait-il commencer par ne plus fournir les mangas sous blister – une première économie, déjà – qui empêche les lecteurs de les parcourir. Cette simple approche aurait certainement des répercussions significatives. Cela, et une réduction manifeste du nombre de parutions, de sorte que l’on relève le niveau général des publications.

 

« Ce que je dis n’a rien de nouveau, et nombreux sont ceux qui l’ont dit par le passé. Mais rien n’a changé », déplore Yoshida. D’autant qu’il y a peu de chances que les éditeurs emboîtent le pas : les recommandations sont probablement trop éloignées des réflexions de l’industrie, obnubilée par l’éradication de la contrefaçon. En l’état, constate-t-il pourtant « si vous faites disparaître Haruka Dream Toe et Free Ebooks, les ventes n’augmenteront pas d’un yen ».

 

via Otakomu, HP Japan




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