On a marché sur la Lune : Tintin vole la vedette à Armstrong

Clément Solym - 21.07.2009

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Décidément, le Vatican se lâche... Après avoir encensé le dernier Harry Potter (qui ne serait même plus antichrétien...), celui-ci a fait les louanges de Tintin. Dans son quotidien officiel, L'Osservatore Romano, le Vatican a en effet estimé que Neil Armstrong « est arrivé trop tard » et qu'« un journaliste l'a précédé ». « L'astronaute américain n'a pas été le premier humain à fouler le sol de la Lune et c'est bien le célèbre Tintin, parti de la base spatiale secrète de Sbrodj, en Syldavie », précisait le saint canard.

Mais dans l'Église catholique et apostolique, il n'y a pas que le grand Quartier général papal qui place Tintin parmi les saints. L'archevêque de Lyon, Mgr Philippe Barbarin, est un de ceux à situer la conquête de la Lune le 3 juin 1953, date des premiers pas de Tintin et du Capitaine Haddock sur le satellite naturel.

Dans des propos recueillis par Le Monde, l'archevêque avoue son admiration pour le reporter du Petit Vingtième : « Je me souviens qu'en 1969, de nombreux journaux faisaient référence à Objectif Lune et à On a marché sur la Lune en notant que ces deux albums étaient très proches de l'événement. Il est vrai que Hergé était très documenté : la réalisation des deux albums lui avait pris quatre à cinq ans. Le résultat n'est pas dû à sa seule imagination. On ne s'y trompait pas, même si je me souviens — cela me fait encore sourire aujourd'hui — de cette petite phrase qui revenait souvent dans les journaux : “Il y a quand même de petites erreurs !” (...) Le 3 juin 1983, je me souviens avoir fêté au champagne l'anniversaire de ces trente ans, à Vincennes, contre l'avis du conseil de paroisse qui, à l'époque, ne rigolait pas ! Je suis un grand amateur de Tintin. À l'archevêché de Lyon, j'ai consacré une pièce inutilisée à un “petit musée Tintin” ». Attention Monseigneur, on frise l'idolâtrie... N'oubliez pas le deuxième commandement : « Tu n'auras pas d'autre Dieu que moi ». La tintinophilie est-elle un péché ?

Autre pécheur adepte du blondinet d'Hergé, moins calotté celui-là : Dominique Bussereau. À noter que le secrétaire d'État chargé des transports est fondateur du club des parlementaires tintinophiles. Lui aussi, dans des propos rapportés par Le Monde, tient à minorer la performance d'Armstrong par rapport à celle de l'ami de Milou : « Je dirais presque que c'était mieux dans Tintin (...) En fait, Hergé avait devancé les Américains. Le premier à avoir posé le pied sur la Lune, ce n'est pas Neil Armstrong, c'est Tintin ». M. Bussereau précise que « comme d'habitude, Hergé a travaillé à partir de documents techniques, et son travail est d'une précision rigoureuse (...) Ce que fait Hergé, c'est de la vulgarisation scientifique pour adolescents mais, comme à chaque fois, elle s'appuie sur une précision extraordinaire ».

Il est vrai que le travail de Hergé, alias Georges Remi, pour réaliser les deux albums, Objectif Lune (1953) et On a marché sur la Lune (1954), est d'une incroyable qualité. Il s'est notamment appuyé sur les travaux de l'ancien ingénieur nazi Wernher von Braun, créateur des fusées allemandes V2, qui réalisera par la suite la fusée Apollo amenant Armstrong vers le sol lunaire. Pour le centre de recherche et la pas de tir, Hergé s'est inspiré de plans du centre d'Oak Ridges qui avait abrité le programme Manhattan dans les années 1940.

Le réalisme de ses dessins est tel qu'il a de quoi faire peur aux ingénieurs de la Nasa...