Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Ontophage, dévoreur de l'existence, jusqu'au moindre souvenir

Clément Solym - 02.07.2011

Manga/BD/comics - Univers BD - ontophage - maison - souvenirs


 Une maison, des murs, peuplés de souvenirs et de mémoire, d'une vie passée, et qui se déshumanise dès qu'elle se retrouve désertée. Mais si la maison décidait alors de puiser dans la mémoire de ses habitants pour continuer à vivre ? Alors voici que l'on tente de s'enfuir, mais en vain.

Emporté dans une tempête de neige, un homme avance laborieusement. Devant lui se dresse soudain un édifice délabré, mais un abri, pour échapper une la mort certaine. Le lieu n'a rien d'hospitalier, il le découvre comme si c'était la première fois… mais non. Cet homme vit le supplice de Sysiphe : il est enfermé, enchaîné sans entraves à cette maison. Qu'il tente de la fuir, et voilà qu'il perd la mémoire et que la maison de nouveau l'engloutit.


Et les spectres qui l'habitent désormais se nourrissent de sa mémoire pour survivre. Charmant tableau, non ?

Au premier pas mis dehors, le manoir engloutit la mémoire, et vous laisse vous échapper pour quelques pas. Mais l'on y revient toujours, croyant être sauvé d'une mort atroce, avant de retrouver peu à peu les esprits… La maison vous reprend, vous rend la mémoire… Elle vous possède.

Et puis, ce dîner fantasmagorique où certains des convives sont de marbre, littéralement, ou la rencontre de son double, dans une scène vécue déjà, mais de l'autre côté…

Ontophage poursuit la destinée de notre journaliste Tristan Sphalt, ou plutôt son cauchemar dans le fin fond de la forêt de Fausses-Reposes. Le trait est toujours aussi bon - quant aux quelques artworks finaux, c'est un plaisir. Les fronts puissants des personnages, soucieux, épuisés ou inquiets, l'atmosphère carnassière, dévorant littéralement les êtres…


Le tout porté sur un ensemble de couleurs glaciales et sombres, où des tâches blanches défigurent çà et là quelques cases, répondant à la neige au-dehors. Définitivement, ce huis clos, dont on ne sort qu'en perdant l'esprit - ou la mémoire - était une belle parenthèse, avec un découpage agréable, et pas de temps mort. Et qu'importe que le temps devienne cyclique : pour s'échapper, seule la mort peut aider.

Piskic signe ici une bonne suite, tout aussi mystérieuse. Maintenant, il paraît que rencontrer son double porte malheur...

Ontophage, de gris figé, chez Emmanuel Proust editions, par Piskic, 15 €.