Paris Maléfices : la Tour Saint-Jacques revisitée

Julien Helmlinger - 02.10.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - Bande Dessinée - Paris Maléfices - Jean-Pierre Pécau


Au coeur de la capitale se dresse une tour étrangement isolée, clocher miraculé, dernier vestige de ce que les Parisiens nommaient autrefois l'Eglise de Saint-Jacques-de-la-Boucherie. De haut en bas s'étalent une bonne cinquantaine de mètres de style gothique flamboyant, qui donne au premier square de la ville des petits airs fantastiques. Depuis le sommet, une statue de l'apôtre semble veiller sur le Sacré-Coeur, pendant que trois menaçantes bêtes taillées dans la pierre couvrent ses arrières.

 

Mystérieuse, peut-être même suspecte, la Tour Saint-Jacques s'impose comme le premier sujet d'enquête du Bureau des affaires publiques, le BAP pour les intimes. Un cabinet des X-Files à la française, pendant hermétique des Brigades du Tigre de Clémenceau. Et le bureau a du pain sur la planche, car la nuit tombée, dans le Paris Maléfices imaginé par Jean-Pierre Pécau et son complice Dim D., la Ville Lumière livre ses plus occultes mystères en BD...

 

 

 

 

Ce mois de septembre, à l'occasion du lancement de la série avec un premier opus intitulé La malédiction de la Tour Saint-Jacques, les éditions Delcourt conviaient ActuaLitté et autres journalistes à une session de tourisme vertigineux. Rendez-vous était fixé dans le 4e arrondissement, au pied d'un monument du XVIe siècle à peine rénové et qui ouvrait ses portes après avoir longtemps été fermé au public. Au programme, quelque 300 marches à gravir dans un escalier étriqué, une collection de gargouilles disséminée au gré d'un parcours en colimaçon, avec la promesse d'accéder à l'une des plus belles vues panoramiques de la ville de Paris. Une visite guidée mystérieuse, avec les légendes parisiennes pour toile de fond. 

 

On ne sait finalement que peu de choses sur les origines de l'antique église qui se dressait autrefois en lieu et place du square Saint-Jacques, si ce n'est que sa fondation remonterait au XIIe siècle et qu'elle aurait été démontée pour pierres après 1793. La construction du clocher toujours fièrement dressé est attribuée à Jean de Felin, Julien Ménart et Jean de Revier, et  remonterait à la période 1509-1523. On raconte qu'un certain Blaise Pascal, qui y aurait réitéré ses expériences sur la pesanteur du Puy-de-Dôme, ne serait pas étranger à la survie du monument. Au rez-de-chaussée, une statue du penseur se tient d'ailleurs au centre des piliers. Même reposant sur pareil esprit géométrique, la bâtisse n'accueille pas plus de 17 touristes à la fois pour des questions de sécurité.

 

Le lieu est parfois surnommé le Beffroi de Nicolas Flamel. Depuis les hauteurs on peut apprécier la rue des Ecrivains débouchant sur le square, celle dans laquelle le libraire du XIVe siècle débutait ses oeuvres de copiste et écrivain public bien avant que la légende ne lui attribue la création de la pierre philosophale et sa réputation d'alchimiste. Et, après tout au moins une forme de transformation de plomb en or s'avéra effectivement de mise au sein de la Tour. Rachetée par un industriel en 1824, le clocher s'est mué intérieurement en fonderie de balles de plombs, commercialisées à destination des chasseurs. Différents calibres de grilles étaient installés au fil des étages, et il ne restait plus qu'à vider des baquets de plombs depuis la terrasse et laisser refroidir la matière au fil de sa chute. Une activité qui aura quelque peu esquinté l'intérieur du bâtiment et ses gargouilles.

 

 

 

 

Premier volet de toute une série de mystères parisiens

 

Dans la bande dessinée, placée sous le label Série B de Delcourt, le quotidien banal des Parisiens bascule soudainement lorsque la Tour semble avoir été l'unique témoin du décès mystérieux d'un proche du ministère de la Culture. Suicide, meurtre ? Théo, un flic, mène son enquête. C'est alors également qu'intervient discrètement le BAP, en recrutant à son insu le jeune Victor, un spécialiste en ésotérisme un peu roublard. L'énigme ne tarde pas à s'épaissir tandis que les morts suspectes se multiplient dans le quartier et que l'on note que les quatre statues du sommet du monument auraient été déplacées après avoir été nettoyées au cours de la rénovation.

 

Entre Paris historique et légendes urbaines, la série explorera un édifice mystérieux par opus dont les personnages devront démêler les sacs de noeuds. L'homme rouge des Tuileries, les diables de Vauvert, le trésor de Notre-Dame, les lavandières du quai de Gesvres, la station de métro sans issue Haxo, sans oublier la petite soeur de la Seine : la Bièvre condamnée à couler sous terre... Chacun des enquêteurs, qu'il croit ou non au surnaturel devra affronter bien des légendes fantastiques.

 

Une invitation à jouer les touristes entre ce que l'on peut voir des monuments et la part de légende souvent méconnue qui y est rattachée. Un projet que l'on doit à Jean-Pierre Pécau, amateur de jeux de rôle ainsi que d'Histoire, et qui a su convaincre Dim D. bien que ce dernier admet pourtant s'être résolu plus jeune à ne jamais dessiner Paris. Bien malgré cet aveu du dessinateur, ses coups de crayon restent sacrément fidèles à la capitale.

 

 

 

Parce qu'il fallait bien une coquille pour Saint-Jacques

 

Sans blague, ça ne pouvait pas louper et on voudra même pas aux auteurs, mais tandis que la Tour n'était pas ouverte aux visiteurs pendant la confection de la BD, les artistes nous dépeignent une terrasse quelque peu surdimensionnée au sommet du monument. 

 

La BD est signée Jean-Pierre Pécau pour le scénario et Dim D. aux dessins, intitulée Paris Maléfices, tome 1 : La Malédiction de la Tour Saint-Jacques, le titre est disponible aux éditions Delcourt, depuis septembre 2013. Quelque 56 pages, au tarif de 14,30 €.

 

Ci-dessous de gauche à droite, Dim D. et Jean-Pierre Pécau, au Café du livre.