Portrait : en 2016, qu'est-ce qu'être un.e auteur.e de bande dessinée ?

Clément Solym - 27.01.2016

Manga/BD/comics - Univers BD - auteur BD - Etats généraux - étude portrait


En 2015, se lançaient les Etats-Généraux de la BD, en marge du Festival d’Angoulême. Ce regroupement de différents acteurs posait comme premier principe la volonté d’obtenir un panorama précis du secteur. Le constat était global : le chiffre d’affaires du secteur s’était maintenu « mais au détriment des tirages moyens : le public ne s’est pas élargi entre temps ». Il fallait comprendre, et analyser. Le temps des études est donc venu.

 

Glénat - Salon du Livre de Paris 2015

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

« Il ne faut pas se tromper de combat : les éditeurs sont des partenaires, pas des ennemis, avec des relations parfois compliquées », rappelaient les organisateurs. Leur première volonté était d’arriver à collecter des données, avec des études portant sur la Belgique, la Suisse, mais avant tout sur la France. « Tous les auteurs ont besoin de pouvoir vivre de leur art : et la liberté d’expression est aussi économique », expliquait Benoît Peeters, le président de EGBD.

 

En septembre dernier, les EGBD lançaient leur première étude, à travers un questionnaire mis en ligne, s’adressant à tous, illustrateurs, dessinateurs, scénaristes, coloristes... « Comment définir le seuil de professionnalisme, ce n’est pas une évidence : cela dépend-il du temps consacré à la bande dessinée, ou de la part qu’elle représente dans les revenus ? », interrogeait Benoît Peeters.

 

« Le premier motif de réjouissance, c'est le nombre de partenaires mobilisés : tout est parti des auteurs, et maintenant, tout le monde y est associé. États généraux de la BD, cela ne signifie pas États généraux des auteurs de BD. Désormais, les auteurs sont le groupe moteur d'une réflexion d'ensemble », précisait-il. Même les éditeurs se montrent plutôt rassurés de la manière dont les EG s'organisent. « Nous aboutirons à une véritable réflexion, un aperçu réel de l'état du marché, et la situation économique de la BD : c'est utile pour chacun des professionnels, auteurs, libraires, éditeurs. »

 

Les résultats définitifs seront communiqués vendredi matin, à l’espace Franquin, durant le Festival d’Angoulême, mais quelques éléments ont été communiqués en amont. Avec près de 1500 répondants, l’enquête « a connu un engouement impressionnant, très significatif de la mobilisation et des inquiétudes actuelles des créatrices et créateurs de BD ».

 

Il s’agirait donc de la base de données la plus importante jamais mise en place. Pour l’heure, 10 éléments notables ont été communiqués, et le premier d’entre eux ne va pas manquer de rappeler aux organisateurs du FIBD leur plantage sexiste sur le Grand prix : 

 

Une féminisation accrue : 27 % de femmes ont répondu, soit une proportion bien plus élevée que le 

chiffre de 12,4 % habituellement évoqué. 

Une profession jeune : 56 % des auteurs interrogés ont moins de 40 ans. La moyenne d’âge des femmes est de 34 ans, la moyenne d’âge des hommes est de 41 ans. La profession est donc appelée à se féminiser de plus en plus. 

Un métier précaire : Les auteurs interrogés se définissent à 15 % comme amateurs, 53 % comme professionnels précaires, 32 % comme professionnels installés. 

Un niveau de formation important : 79 % ont fait des études supérieures, la très grande majorité dans le domaine artistique. 

Un travail astreignant : 36 % travaillent plus de 40 heures par semaine, et pour 80 % le travail empiète sur au moins deux week-ends par mois. 

Des ressources diversifiées : 71 % ont un emploi parallèle à celui d’auteur de bande dessinée, généralement dans un autre domaine artistique ou dans l’enseignement. 

Une protection sociale faible : 88 % des professionnels interrogés n’ont jamais bénéficié d’un congé maladie. 81 % n’ont jamais bénéficié d’un congé maternité, paternité ou adoption. 

Des revenus médiocres : En 2014, 53 % des répondants ont un revenu inférieur au SMIC annuel brut, dont 36 % qui sont en-dessous du seuil de pauvreté. Si l’on ne prend en compte que les femmes, 67 % ont un revenu inférieur au SMIC annuel brut et 50 % sont sous le seuil de pauvreté. 

Un avenir incertain : 66 % des auteurs interrogés pensent que leur situation va se dégrader pendant les prochaines années. 

De bonnes relations avec les éditeurs : 68 % estiment avoir de bonnes ou de très bonnes relations avec leurs éditeurs, 27 % moyennes et 5 % mauvaises ou très mauvaises. 

 

Après l’enquête quantitative, une approche qualitative sera réalisée dans les prochains mois, avec 25 auteurs, choisis pour être les plus représentatifs possibles. « Conduits par des sociologues, ces entretiens permettront d’approcher de façon plus fine les évolutions récentes du métier. »

 

ActuaLitté sera présent de la la conférence du 29 janvier pour la présentation des conclusions complètes.