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Rachat de ComiXology : l'adhésion francophone n'est pas assurée

Nicolas Gary - 22.04.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - comiXology - Amazon - Julien Fargas


Le rachat du service de vente de comics numériques comiXology, annoncé voilà maintenant deux semaines, continue de susciter diverses réactions. Si pour le syndicat des auteurs de bande dessinée, cet événement s'inscrit dans un contexte où l'auteur est placé devant une « politique du fait accompli », pour Julien Falgas, cette vente « conforte « les dynamiques éditoriales anglo-saxonnes ».

 

 

 

 

Quand deux acteurs leaders sur un marché se retrouvent à fusionner, tout porte à croire que le marché sera secoué. Or, pour celui de la BD numérique « est trusté quasi exclusivement par comiXology. Et il suffit de penser aux différentes applications que la société a développées pour les éditeurs de comics. Marvel, par exemple, est réalisé par eux. C'est un acteur particulièrement dominant, et qui est très fort, parce que talentueux sur ce marché, incontestablement. À ceci près qu'ils sont sur un format propriétaire », nous expliquait un observateur. (voir notre actualitté)

 

Julien Falgas, actuellement en thèse « consacrée aux usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée », créateur de plusieurs sites sur la BD en ligne, et titulaire d'un DESS en gestion de contenus web, revient avec nous sur ce rapprochement de deux monstres. « Mon travail de recherche se consacre à des créations originales telles que Les Autres Gens ou MediaEntity, dont les auteurs revendiquent l'héritage de la bande dessinée tout en proposant quelque chose de novateur à bien des points de vue », nous précise-t-il immédiatement. Pour autant, son regard ne manque pas d'acuité. 

 

ComiXology semble être une offre taillée pour le marché anglo-saxon. Son succès repose sur une grande adéquation avec la production et la lecture de comics. Cet acteur a-t-il réellement les moyens, l'ambition et la capacité de s'adapter à la production francophone caractérisée par une plus grande variété de formats et des albums aux dimensions qui échappent souvent à celles des tablettes tactiles ? 

 

De manière générale, la réussite d'une offre basée sur de la bande dessinée numérique homothétique dépasse largement la question des usages et de l'ergonomie. Ce que j'ai appris de l'étude des cas de LAG et de MediaEntity, c'est que la réussite en numérique tient beaucoup à la capacité des différents acteurs à partager des cadres de référence communs autour des récits, tant dans le contenu de ces récits que dans leur forme et la manière dont ils sont édités, commercialisés, diffusés... 

 

Julien Falgas

Si cela vaut pour des créations atypiques et novatrices, cela vaut sans doute d'autant plus pour des adaptations numériques d'oeuvres initialement destinées au marché imprimé. ComiXology semble réussir en épousant parfaitement le marché du comics tout en ayant assimilé le fonctionnement de la consommation de contenus sur tablettes. Mais le marché du comics n'est pas celui de la BD franco-belge, et notre consommation de contenus numériques n'est peut-être pas identique à celle des Anglo-saxons.

 

Le rachat de ComiXology par Amazon ne fait que conforter les dynamiques éditoriales anglo-saxonnes. Il y a sans doute un intérêt à travailler avec cet acteur majeur dans une optique d'exportation des créations francophones. En revanche, tabler sur une adhésion du marché francophone à cette offre semble prématuré, et peut-être même dangereux. 

 

Je ne suis pas certain que l'approche de ComiXology soit très en phase avec notre mode de consommation de la bande dessinée, au contraire des possibilités récentes d'abonnement offertes par Izneo qui permettent de découvrir des livres à moindres frais avant de les ajouter à sa collection ou de les offrir autour de soi (bien que cela reste limité à un catalogue dont les sorties récentes sont exclues) ou du travail que compte développer Sequencity autour de la médiation par des professionnels.

 

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