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Racisme : Moulinsart acceptera-t-il un encart historique pour Tintin au Congo ?

Florent D. - 29.06.2020

Manga/BD/comics - Univers BD - Tintin Congo racisme - bandeau encart explication - contexte historique Tintin


L’histoire de cette aventure dans un Congo belge moins vraie que nature n’a pas fini de faire couler de l’encre. Mais avec le mouvement Black Lives Matter qui prend de l’ampleur depuis l’assassinat de George Floyd, les positions bougent. Au point que l’éditeur d’Hergé, Casterman, finisse par revoir ses positions, acceptant du bout des lèvres qu’un avertissement accompagne la bande dessinée. 


 

Voilà des années que cette aventure de Tintin au Congo provoque des manifestations, procès et autres mouvements d’humeur. On se souvient que la Fnac de Halles, à Paris, avait malgré elle servi de happening. En décembre 2014, le Groupe d’Intervention contre le racisme s’en était pris à la BD, en y accolant un autocollant explicite : « Produit toxique. Relents racistes. Peut nuire à la santé mentale. »
 

Véhicule à clichés racistes ?


Une nouvelle expression de colère, comme il s’en manifeste depuis des années : dès 2012, Bienvenu Mbutu Mondondo, du GIR, s’opposait à Casterman sur le caractère raciste du titre. Louis-Georges Tin, président du Cran, était même intervenu : existait-il dans le catalogue de Casterman « un ouvrage autant diffusé, aussi longtemps, à un public d’enfants si jeunes, qui véhicule autant de clichés » ? 

Or, une nouvelle charge est venue ce week-end du député bruxellois Kalvin Soiresse Njall, sur la RTBF. Ce dernier ne comprenait pas que dans le contexte actuel, personne ne revienne à l’assaut de Tintin au Congo. D’autant qu’il reste incompréhensible que « dans les pays nordiques et les pays anglo-saxons Moulinsart accepte cela ». Cela ? Un texte de mise en garde sur le contenu de la BD, sa perspective historique et d’autres éléments permettant de ne pas prendre pour argent comptant ce qu’Hergé avait publié.
 


Kalvin Soiresse Njall, fondateur du collectif Mémoire coloniale, indiquait pourtant qu’il suffirait d’un petit dessin mettant en garde, et accompagné d’un texte. 
 

Moulinsart en embuscade


Or, que ce soit en 2012, quand Louis Delas était à la tête du groupe Casterman, ou encore en 2018, quand Simon Casterman, directeur de la maison s’exprimait sur le sujet, il semble bien que la maison d’édition ne soit pas opposée à cette idée. 

« Lui-même [Louis Delas] est favorable à l’insertion de cette préface, mais il estime qu’il n’a aucun moyen de pression juridique sur Moulinsart », rapportait déjà Louis-George Tin, en février 2012. Et six ans plus tard, le directeur de la maison indiquait être plutôt en faveur d’une note de contexte, bien que « l’adjonction d’une note ou d’une préface de cette nature affecte le droit moral de l’auteur ».

Et c’est à ce titre que Moulinsart, qui gère les droits d’Hergé, continue de s’opposer pour certains territoires, à ce que figure une pareille mention. « En l’occurrence, un tel ajout ne relève donc pas uniquement des prérogatives de Casterman, mais bien également de celles de madame Rodwell en sa qualité d’ayant droit d’Hergé, qui y est opposée », indiquait Simon Casterman.

Assurément, le débat est relancé, et le bureau de Moulinsart ne va pas manquer d’appels en absence auxquels apporter des précisions. 

Et tant qu’à faire, l’éditeur et l’ayant droit pourront également se pencher sur le cas de Tintin en Amérique, également accusé de racisme, pour la vision des Indiens qu'il propose. Contacté, Moulinsart n'a pas encore répondu à nos demandes.


mise à jour 15h55 : 

Moulinsart a finalement pris le temps de répondre : « Nous n’avons aucun commentaire à faire à ce sujet. » Les lecteurs et les internautes un peu plus cependant...

illustration crédit Casterman/Moulinsart


Commentaires
Ca se passait il y a dix ans :



Jeannette Kavira Mapera, ministre congolaise de la Culture a défendu "Tintin au Congo" qu'elle qualifie de chef d'oeuvre, lors de l'inauguration du premier festival de la bande dessinée qui se tient à Kinshasa. "Pour le gouvernement congolais, Tintin au Congo est un chef d'oeuvre. Cet album ne blesse en rien la culture congolaise.(...)"



https://www.lalibre.be/culture/politique/la-ministre-congolaise-de-la-culture-defend-tintin-au-congo-51b8c673e4b0de6db9be11dd
INCROYABLE !

Laurence,je n'en reviens pas !

Que l'on soit d'accord ou non...cette info est absolument oubliée et vous nous la signalez...

Le débat reste ouvert mais mille fois bravo !

Avec les hautes salutations d'un Belge éberlué...

CHRISTIAN NAUWELAERS
Bravo, Laurence, pour votre billet de ce 1er juillet.



Pour le compléter, voici une information toute récente (d'hier) :



Le président du Congo Kinshasa, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a appelé la Belgique et la République démocratique du Congo (RDC) à réécrire l'histoire de la colonisation : « J'estime nécessaire que notre histoire commune avec la Belgique et son peuple, soit racontée à nos enfants en République démocratique du Congo ainsi qu'en Belgique sur la base d'un travail scientifique réalisé par les historiens des deux pays », a-t-il déclaré dans son allocution télévisée prononcé lundi soir à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance du 30 juin 1960.



« Mais le plus important pour l'avenir, c'est de bâtir des relations harmonieuses avec la Belgique parce qu'au-delà des stigmates de l'histoire, les deux peuples ont su construire une relation forte que j'ai pu vivre personnellement lors de mon exil en Belgique, mon autre Congo », a ajouté le chef de l'Etat, dans une référence aux années passées en Belgique.



M. Tshilombo nous donne-là une leçon d'intelligence et de bon sens :

- la colonisation est un fait historique dont l'étude relève de la compétence des spécialistes de cette période ;

- le meilleur parti que l'on puisse tirer de ce passé commun est le poursuivre la « relation forte » qu'il a créé entre l'ancien colonisé et l'ancien colonisateur.



Les vociférations autoflagellantes des tiers-mondistes, indigénistes et autres excités, souvent incultes et haineux, empêchent l'étude et la réflexion sereine sur le passé, sans a priori, sans tabou ni oubli. Et ce militantisme dévoyé nuit gravement au développement de relations constructives entre l'Afrique et l'Europe, lesquelles sont déjà menacées par le désintérêt massif des peuples des ex-puissances coloniales pour l'Afrique : par exemple, quels Français savent aujourd'hui qui étaient Léopold Sédar Senghor, Camara Laye ou Ousmane Sembene ? Nous oublions notre Histoire et la laissons manipuler par des gens dont la plupart ne s'intéressent pas vraiment à l'Afrique, soucieux qu'ils sont d'obtenir la plus grande couverture médiatique pour leur exhibitionnisme repentant ignare et pleurard. Quel gâchis...
Dommage que votre article s'achève par un énorme contresens. Dans "Tintin en Amérique", Hergé prend au contraire la défense des Indiens et dénonce, en une planche fameuse, la façon dont ils sont maltraités et chassés de leur territoire après la découverte de pétrole !

À trop vouloir prouver...
Bonjour

Si vous suivez le lien qui a été mis, vous verrez que la lecture faite par d'autres que le créateur est en net décalage avec les intentions que vous lui attribuez.

Merci de nous lire.
@ Florent D.



Un des traits pénibles des membres du Camp du Progrès et du Bien est leur arrogance tant sur la forme (cf. votre phrase « pète-sec » : « Merci de nous lire. » à un lecteur – Jacques Langlois – qui, lui, en peu de mots, explique honnêtement la position d’Hergé sur le sort des Amérindiens aux États-Unis, contrairement à vous) que sur le fond (cf. l’article « Tintin, nouveau cas de racisme : des Indiens « sauvages » en Amérique » de Nicolas Gary du 17 mars 2015).



Cet article de M. Gary, auquel les uns et les autres se réfèrent, rend compte de protestations et de démarches de certains Amérindiens visant « Tintin en Amérique ». Soucieux de verser son quota de moraline au débat, ce qui est moins fatigant que de tenter une réflexion historique passant par une mise en contexte, M. Gary assaisonne son compte-rendu de considérations morales, comme la « petite phrase » péremptoire « Réellement besoin d’explications ? » digne d’un procureur plutôt que d’un journaliste, et d’une citation « indispensable » de propos du CRAN (« Conseil représentatif des associations noires de France »), groupuscule indigéniste dont la représentativité est inversement proportionnelle à sa capacité de happer les subventions publiques et d’attirer les micros des médias diffuseurs conformistes de la bien-pensance conformiste du jour. Bref, quand on lit cet article, on a le sentiment qu’Hergé est un représentant d’un courant de pensée « colonialo-raciste ».



Or M. Gary et donc vous, Florent D., faîtes une lecture et une présentation à charge et intellectuellement malhonnête de « Tintin en Amérique ».



En effet, cet album est une œuvre de jeunesse (1931-32 : Hergé avait 24-25 ans), plus précisément la 3ème « aventure » de Tintin en 3 ans. Deux ou trois ans plus tard, notamment conseillé et orienté par des ecclésiastiques intelligents, Hergé rencontre des Chinois, notamment le « mythique » Tchang Tchong Jen et fait un considérable effort pour se documenter, s’instruire et tenter de comprendre une civilisation complexe si différente de la sienne : « Le Lotus Bleu » en résulta, album très en avance sur son époque, d’autant plus qu’il est d’abord destiné aux enfants et aux adolescents, allant jusqu’à y dénoncer ouvertement les crimes contemporains du Japon en Chine, lesquels ne choquaient guère de monde en Europe ! Parmi les BD destinées « à la jeunesse » qui furent publiées en France ou en Belgique avant 1960, je défie quiconque d’en trouver plus de 3 ou 4 qui soient aussi courageuses et anticonformistes !



« Tintin, qui jusque-là se nourrissait allègrement de mythes et de poncifs, entreprend désormais de les combattre ; il sera celui qui démonte les apparences et non plus celui qui s'en satisfait. [...] Il prenait conscience de sa propre responsabilité de conteur. Désormais, il s'agira pour lui de présenter au lecteur une image aussi fidèle que possible des pays dans lesquels il envoie Tintin, et donc de se documenter de façon aussi précise que possible. » (Benoît Peeters, L'Œuvre Intégrale d'Hergé, volume 3)



Contrairement à la plupart des antiracistes obsédés par leur « noble cause » qui justifie toutes les approximations et les inepties, Peeters est un homme vraiment cultivé (hypokhâgne et une khâgne au lycée Louis-le-Grand, une licence de philosophie à la Sorbonne (Université Paris I), il prépara le diplôme de l’École pratique des hautes études sous la direction de Roland Barthes). Issu de sa thèse de sémiologie, son ouvrage, « Les bijoux ravis » qui analyse « Les Bijoux de la Castafiore » est à la fois très « savant », fin et … lisible, ce qui n’est pas fréquent dans la « galaxie sociologico-philosophique » qui produit tant d’ouvrages verbeux, mal écrits et incompréhensibles. Là, on a une référence et il serait insultant de comparer ce grand intellectuel avec les militants ignares croaillant leurs inepties ad nauseam.



Revenons à « Tintin en Amérique » : sur le fond, comme « Tintin au Congo », il présente les États-Unis de manière conformiste et souvent enfantine, voire caricaturale, ce que l’on retrouve fréquemment dans la littérature pour la jeunesse – et parfois pour adultes – de cette époque, en particulier celle qui évoque le « Far-West ». Il n’y vraiment pas de quoi fouetter un chat.



Mais – et c’est pour cela que je parle de malhonnêteté intellectuelle – il y a dans « Tintin en Amérique » un bref épisode (1 page composée de 11 cases) qui m’avait déjà frappé lorsque je lus pour la première fois cet album, à l’âge du huit ou neuf ans. J’ai sous les yeux une reproduction de la page en question (malheureusement sans son numéro et je n’ai pas l’album sous la main) dont le contexte est le suivant : en faisant exploser un rocher, Tintin déclenche un « mini-séisme » et du pétrole jaillit du sol. Ci-après, je reproduis intégralement les dialogues et cartons des 8 premières cases :



Case 1 :

- Tintin : « Çà, par exemple !... Du pétrole !... Et personne pour capter cette fortune liquide ! »

- Milou : « Et moi qui croyait que le pétrole, on trouvait ça dans des bidons… »

Case 2 :

(À l’arrière-plan, on voit plusieurs autos qui arrivent, convergeant vers Tintin)

- 1er homme d’affaires : « Hello, boy ! Voilà le contrat. Signez ! Je vous offre 5 000 dollars pour votre puits de pétrole ! ... »



Case 3 :

- Tintin : « Co… comment avez-vous su qu’il existe un puits de pétrole ici ? ... Il y a dix minutes à peine qu’il a jailli… »

- 1er homme d’affaires : « Le flair, old boy ! … Un businessman américain ne se trompe jamais ! »



Case 4 :

- 2ème homme d’affaires, bousculant le 1er : « N’écoutez pas ce vieil animal ! … Signez ici ! … 10 000 dollars pour ce puits de pétrole ! … »



Case 5 :

(6 hommes d’affaires entourent Tintin en se bousculant et le serrant de près)

- 3ème homme d’affaires : « Ne signez pas, old chap ! Je vous en offre 25 000, moi ! … »

- 4ème homme d’affaires : « 50.000 ! … »

- 5ème homme d’affaires : « 100.000 ! … »



Case 6 :

- Tintin : « Je regrette infiniment, Messieurs, mais ce puits de pétrole ne m’appartient pas. Il est la propriété des Indiens Pieds-Noirs qui occupent la région. »

- 2ème homme d’affaires, furieux, montrant les dents, tout comme le 1er, regardant Tintin d’un air mauvais : « Vous n’auriez pas pu le dire plus tôt ? … »



Case 7 :

- 1er homme d’affaires au chef indien en costume traditionnel avec parure de plumes sur la tête : « Voici vingt-cinq dollars, vieil hibou ! … Vous avez une demi-heure pour faire vos paquets et quitter le pays ! … »

- Le chef indien suffoqué : « Le Visage-Pâle est-il fou ? … »



Case 8 :

Bandeau : « Une heure après … »

On voit des soldats armés de fusils, baïonnette au canon, pointés à l’horizontale pousser les Indiens (une femme, larme à l’œil, portant un balluchon et tenant la main d’un petit garçon qui crie ou pleure) hors du pays, hors de la case, hors de l’album, bref, hors de l’histoire … et de l’Histoire.



Là, 3 ans avant « Le Lotus Bleu », on trouve une dénonciation féroce du vol des terres des Indiens et on pourrait parler d’une « allusion subliminale » au génocide subi par les Amérindiens. C’est à ce propos que l’on pourrait utiliser la « petite phrase » de M. Gary : « Réellement besoin d’explications ? » ! Là encore, combien d’ouvrages « pour la jeunesse », comme on disait à l’époque, abordaient aussi franchement ce terrible sujet ? D’ailleurs, ce passage fut « atténué » dans les éditions de l’album en anglais destinés à la vente aux États-Unis.



Bien sûr, pour les extrémistes donneurs de leçons qui sont souvent sujets à l’incontinence verbale, une caricature subtile ne vaut rien : il faut un texte pesant et barbant, hurlard et pleurard dans lequel on répète la même chose toute les dix lignes, aussi intéressant qu’un discours de feu Kim Il-Sung. Chacun ses goûts.



Grand spécialiste de Tintin, Benoît Peeters juge à bon droit que l'accusation est « grotesque » et fait « fi de toute recontextualisation historique ».



Fanatiques et incultes « antiracistes », aussi obsédés par les divisions de l’Humanité en « races » qu’un rédacteur des Lois de Nuremberg, copieurs serviles des modes étasuniennes les plus tordues, médias conformistes et superficiels, fichez la paix à Hergé une fois pour toutes ! Pour le reste, pénibles militants qui déshonorez les meilleures causes, apôtres de la flagellation pénitentielle (un peu pour vous, beaucoup pour tous ceux qui « pensent mal »), ces propos de Rabelais s’appliquent à vous :





« Ici n'entrez pas, hypocrites, bigots,

Vieux matagots, marmiteux, boursouflés,

Torcols, badauds, plus que n'étaient les Goths,

Ou les Ostrogoths, précurseurs des magots,

Porteurs de haires, cagots, cafards empantouflés.

Gueux emmitouflés, frappards écorniflés,

Bafoués, enflés, qui allumez les fureurs ;

Filez ailleurs vendre vos erreurs.



Ces erreurs de méchants

Empliraient mes champs

De méchanceté

Et par fausseté

Troubleraient mes chants,

Ces erreurs de méchants.



……………………….
Nouvelle contribution – documentée et argumentée – au « débat » sur « Tintin au Congo »



Consultant l’article de Wikipédia sur « Tintin au Congo », j’ai relevé le passage suivant qui ne manque pas d’intérêt :



« Si la situation en Europe est tendue pour l'auteur, elle l'est beaucoup moins au Zaïre. Tintin y est une partie du patrimoine national, car il est allé au Congo sans même avoir rencontré des cultures majeures comme la Grèce ou le Japon. D'après Christophe Cassiau-Haurie, écrivain spécialiste de la bande dessinée africaine, Tintin au Congo « est une des premières œuvres artistiques à faire rentrer le pays dans l’imaginaire mondial, donc c’est un motif de fierté pour eux ». Tintin fait partie de l'imaginaire collectif congolais, au point que le dictateur du Zaïre Joseph-Désiré Mobutu félicite Richard Nixon en 1969 pour le succès d'Apollo 11 en rappelant que Tintin et le capitaine Haddock avaient été pionniers dans ce domaine avec l'album « On a marché sur la Lune ».



Selon Christophe Cassiau-Haurie, cette popularité contribue à expliquer pourquoi le pays constitue aujourd'hui « le plus grand vivier du 9e art en Afrique ». Les jeunes lecteurs congolais lisent l'œuvre d'Hergé et son style, la fameuse ligne claire, est souvent réutilisé par les dessinateurs locaux.



Peu avant la reparution de « Tintin au Congo » en couleurs, l'hebdomadaire Zaïre, qui avait réclamé la réédition de l'album, republie celui-ci dans ses pages et écrit un article élogieux : « Il y a une chose que les Blancs qui avaient arrêté la circulation de Tintin au Congo n'ont pas comprise. Cette chose, la voici : si certaines images caricaturales du peuple congolais données par Tintin au Congo font sourire les Blancs, elles font rire franchement les Congolais, parce que les Congolais y trouvent matière à se moquer de l'homme blanc « qui les voyait comme cela » ! » (Zaïre, N°73, 2 décembre 1969)



Notons enfin que « Tintin au Congo » a été réédité dans les années 1960, sauf erreur, par une maison d'édition rwandaise dans une version en swahili, distribué à 10 000 exemplaires. De vrais masochistes, ces Ruandais !



Bref, « Tintin au Congo » et sa vision simpliste et désuète de l’Afrique ne posent visiblement pas de problème à de nombreux Africains francophones qui savent très bien faire la part des choses avec une malice et une finesse qui manquent singulièrement aux tristes « néo-Mouttawas » [police religieuse séoudienne dirigée par un « Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du péché »] de l’antiracisme.



La chasse aux sorcières hystérique dont cet album est périodiquement victime est surtout le fait de personnes complexées, de « progressistes » autoproclamés et des « antiracistes » de tout poil qui prétendent monopoliser la parole à coup d’agressions verbales et autres intimidations, vieux procédés des mouvements extrémistes, des nazis aux trotskystes en passant par les intégristes religieux, les communistes et autres ayatollahs sectaires.

On ne change pas une formule qui gagne : « Traitez vos adversaires de fascistes : le temps qu'ils se défendent, vous aurez tout loisir de leur porter de nouveaux coups ! » (Dimitri Zakharovitch MANOUÏLSKI, 1883-1959 ; militant communiste russe qui exerça une influence importante dans l'Internationale communiste dans les années 1920 et 1930.) : remplacez « fascistes » par « racistes » et vous comprenez comment ces gens réussissent à intimider maints adversaires et les médias, toujours conformistes et peureux face à ceux qui savent brandir et asséner les slogans à la mode. On peut aussi reconnaître les procédés intolérants de ce véritable terrorisme intellectuel dans ce propos d’un maître de la pratique en la matière : « Je compris l'infâme terrorisme intellectuel exercée par ce mouvement [les sociaux-démocrates autrichiens... vus par Hitler avant 1914], particulièrement sur la bourgeoisie qui, ni moralement, ni physiquement, n’est de taille à soutenir de tels assauts. La tactique de la Social-Démocratie consiste à faire pleuvoir, à un signal donné, une véritable averse de mensonges et de calomnies sur les adversaires qui lui semblent les plus redoutables, jusqu'à ce que leurs nerfs soient brisés, et qu’ils se soumettent à l’odieux dans le fol espoir de recouvrer la tranquillité.... Cette tactique qui est fondée sur une juste évaluation des faiblesses humaines, doit conduire presque mathématiquement au succès... » (Adolf HITLER, Mein Kampf, Tome 1, chapitre 2, milieu – Traduction de 1934).



Ces fanatiques qui prétendent épurer l’Histoire et censurer les Arts ne représentent rien ou pas grand-chose : le CRAN, acronyme – en toute modestie – de « Conseil représentatif des associations noires de France » combien d’adhérents ? 1'200… en 2007 [Wikipédia]. Quelles associations représente-t-il ? Mystère : aucune information visible sur le site de ce groupuscule gavé de subventions publiques). Par ailleurs, tous ces « valeureux » croisés de l’antiracisme perdent régulièrement des procès, comme ceux visant la parution de « Tintin au Congo ». Mais tout cela ne les empêche pas de donner des leçons aux vrais historiens, de se placer au-dessus des lois et de prétendre mieux savoir que les Africains ce qui est bon pour eux : cela rappelle, en plus aigre, le vieux propos colonial sur les Africains, « grands enfants » incapables de penser ou d’agir par eux-mêmes. Combien de temps va-t-on assurer une telle couverture médiatique de complaisance à ces nouveaux Savonarole, représentants autoproclamés de la Vérité et du Bien ? Comme souvent, l’odieux côtoie le grotesque : imagine-t-on par exemple des Français faisant la chasse aux clichés, si fréquents dans les pays étrangers, notamment anglo-saxons, qui les représentent sous les traits d’un pedzouille avec un béret et un litron de rouge ?



Au lieu de se soumettre aux injonctions de cette Sainte Inquisition de notre époque, donnons déjà la parole à Hergé : « Toutes les opinions sont libres, y compris celle de prétendre que je suis raciste... Mais enfin, soit ! Il y a eu Tintin au Congo, je le reconnais. C'était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l'époque : « Les nègres sont de grands enfants... Heureusement pour eux que nous sommes là ! etc. » Et je les ai dessinés, ces Africains, d'après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l'époque, en Belgique. » (Cité par Numa Sadoul dans Tintin et moi, entretiens avec Hergé, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2000). C’est le bon sens même, à l’opposé de l’anachronisme des croisés de l’antiracisme, indoctes fanatiques. Dans « Le Sanglot de l’homme blanc. Tiers-Monde, culpabilité, haine de soi » (1983), le philosophe Pascal Bruckner a très bien analysé cette idéologie aussi stupide que mortifère.



Il faut rejeter sans concession cet exhibitionnisme à prétention moralisante et laisser d’abord les vrais spécialistes faire de l’Histoire, en sachant que cela demande beaucoup de travail austère, de l’humilité, de l’ouverture d’esprit et de la tolérance. Gardons cela à l’esprit lorsque l’on s’exprime sur des faits historiques, comme la création, la publication et la diffusion de « Tintin au Congo ».
bravo Moulinsart : c'est la seule bonne réponse à ce genre de demande de détricotage...

Il y a en marre qu'une bande d'allumés névrotiques veuillent tout réécrire. Halte aux autodafés modernes !
Grotesque et odieux : " Tintin au Congo " est une oeuvre publiée il y a 90 ans dans un certain contexte historique... comme tout écrit. À ce compte, il faut caviarder des millions de livres ou , au moins, leur injecter des " avertissements " pour satisfaire aux modes du moment ! Comme la censure en général, de tels procédés sont à proscrire sauf cas exceptionnels comme " Mein Kampf " qui doit être republié mais avec un appareil critique conséquent, en particulier sous forme de notes au bas de (presque) chaque page. Là, on est dans le cas exceptionnel d'une " Bible de la haine " dont l'application a entraîné la mort de dizaines de millions d'hommes. Pour le reste, laissons les gens lire ce qu'ils veulent et, si l'école leur a transmis suffisamment de culture, par exemple en se remettant à enseigner l'Histoire de façon sérieuse, les lecteurs et leur entourage (parents, notamment) sauront se faire une opinion.



Je compléterai ceci par la citation de propos de quelques personnes bien plus compétentes que moi.



« Ce ne sont ni l'Occident, ni l'Afrique et encore moins la Nation ou la République qui sont responsables de l'esclavage, mais des hommes avides d'enrichissement et de pouvoir. D'ailleurs l'historien ne réfléchit pas en termes de coupables et de victimes, mais tente d'expliquer les phénomènes historiques. L'historien n'est pas le juge du passé. Il faut bannir toute idée de tribunal de l'histoire » (Frédéric RÉGENT, descendant d’esclaves, selon ses propres termes, maître de conférences à la Sorbonne (Paris), spécialiste reconnu du premier empire colonial français, du XVIIe au milieu du XIXe siècle.)



« … chez les décolonisés dont la situation se dégrade, il y a une tendance à dire que c'est la faute de l'ancienne puissance occupante. » (Eric HOBSBAWN, historien britannique, 1917-2012)



« Il n'y a pas de dette [de la France envers ses ex-colonies], mais une histoire commune. La colonisation a permis l'entrée dans les relations économiques mondiales des États qui ont été colonisés. La colonisation est un moment de la mondialisation du XIXe siècle, et le mode d'intégration de ces territoires à cette économie mondialisée.

On dira que ce développement a été lacunaire, inégal, injuste. C'est vrai, mais il en a été de même en Occident : toute la France n'a pas basculé en même temps dans la modernité. La colonisation fut donc un moment de la mondialisation. Est-ce bien, est-ce mal, ce n'est pas le problème de l'historien. » (Daniel LEFEUVRE, 1951-2013 ; il fut professeur d'histoire économique et sociale à l'université Paris VIII, spécialiste de l'Algérie coloniale, il a notamment publié un essai remarquablement documenté et argumenté au titre choc : Pour en finir avec la repentance coloniale.)



Au passage, sur l'infâme " Loi Taubira " :

« D'autre part, si on fait de l'histoire, il faut faire de l'histoire jusqu'au bout. C'est-à-dire qu'on ne parle pas de « la » traite dans l'Atlantique ou dans l'océan Indien, mais de l'ensemble des traites négrières qui ont précédé celle-ci. Je pense notamment aux traites internes à l'Afrique et à la traite arabo-musulmane qui ont donc précédé la traite transatlantique, c'est-à-dire la traite européenne, et qui se sont prolongées au-delà de l'abolition de la traite atlantique.

Et c'est tout le problème de cette date et de la loi de Mme Taubira. Parce que dans l'article 1er de la loi qui a été adoptée définitivement en 2001, que dit-on ? On parle de la traite négrière transatlantique ainsi que de la traite dans l'océan Indien, et de l'esclavage perpétré à partir du XVe siècle aux Amériques et aux Caraïbes et dans l'océan Indien. Pratiquée par qui ? Uniquement par l'Europe.

Il y a donc une mise en cause extrêmement restrictive de ce qu'a été la traite. Et je crois, avec l'historien Pétré-Grenouilleau qu'il vaut mieux parler des traites. Je regrette donc que la loi ne mette en accusation que la traite européenne qui a été abolie en 1848 et que la France a combattue dans ses colonies au fur et à mesure de l'avancée de son empire colonial.

La deuxième chose regrettable dans cette loi [loi Taubira « tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité » (no 2001-434), votée le 10 mai 2001], et j'espère que l'on ne va pas commémorer cet aspect-là, c'est évidemment l'anachronisme de la notion juridique de "crime contre l'humanité" puisque cette notion, juridique je le répète, est née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Par conséquent, on reconstitue un passé pour servir les questions politiques du présent. »

(Daniel LEFEUVRE)



« Arrêtons les anachronismes et laissons les historiens analyser « la période coloniale » comme ils analysent « l’époque gallo-romaine », coloniale elle aussi, avec sa conquête brutale, ses répressions et son « œuvre civilisatrice ». » (Yves MONTENAY, « La colonisation », ça suffit ! Passons à « l’époque coloniale » - 09 mars 2017)
WOW ! Que voilà des commentaires enflammés !

En ce 30 juin, nous célébrons en Belgique le soixantième anniversaire du jour de l'Indépendance du Congo et donc la fin de la colonisation belge.

Notre roi Philippe a écrit au président congolais Tshisekedi pour lui exprimer «ses plus profonds regrets» pour les «actes de violence et de cruauté» commis durant la période coloniale.

Cette période qui a causé «des souffrances et des humiliations».

Mais il s'agit de «regrets» et non d'«excuses»: une Commission baptisée de façon optimiste «Vérité et réconciliation» se penchera à partir de septembre sur cette longue période qui fut considérée comme glorieuse durant des décennies.

Y compris lors d'un voyage triomphal du roi Baudouin au Congo en 1955 alors que cinq ans plus tard, cette ère se terminait très mal, avec beaucoup de violence...

Que sortira-t-il de tout cela ?

Peut-être des excuses,ou non...

Voire des réparations financières mais notre pays est exsangue suite à la crise du coronavirus, dont les graves effets perdurent et comment...

Il faudrait également évoquer l'après-colonisation.

Personne ne parle en ce moment du long règne du potentat Mobutu.

Qui débaptisa le Congo pour en faire la République du Zaïre -le Zaïre,comme le fleuve -en 1971 (jusqu'en 1997).

Je me souviens encore très bien des ineptes garnements,votre serviteur en tête, qui à l'école s'exclamaient lors de la création de ce nouveau nom:

«Et le mec dans son lit avec sa copine, il lui dit quoi ?

«Attention ça va zaïre !»

(Pitoyable,je sais,mais humour belge pas de mon cru !)

Enfin je constate le silence assourdissant en France autour de cet anniversaire immensément important !

Mais ActuaLitté a remis en exergue cette polémique concernant «Tintin Au Congo» à un moment parfaitement choisi: le 29 juin,soit la veille de ce jour historique...!

CHRISTIAN NAUWELAERS
Suite à mon premier message (30 juin)...

Eh bien non,je viens d'entendre aux infos d'Europe 1 vespérales les regrets du roi Philippe pour la colonisation belge du Congo !

Donc cette question ne passe tout de même pas à l'as en France.

CHRISTIAN NAUWELAERS
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