Renaud vend ses BD aux enchères, avec une superbe planche du Sceptre d'Ottokar

Cécile Mazin - 03.03.2016

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La maison Artcurial accueillera une vente inédite, ce 30 avril, puisqu’il s’agit de la collection de BD montée par le chanteur Renaud. « Il est passionnant de constituer une collection, toujours à la recherche de la pièce rare. (…) La mienne m’a suivi tout au long de mes déménagements successifs. Elle m’a obligé, à chaque fois, à construire une jolie bibliothèque », explique-t-il. 

 

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Parmi les trésors à découvrir, la double planche finale de l’album paru en 1939, Le Sceptre d’Ottokar, estimée entre 600.000 € et 800.000 €. Éric Leroy, spécialiste BD d’Artcurial, précise que cette collection réunit tout à la fois planches originales, album et souvenirs du monde du 9e Art. « Réunis avec passion, ces objets trouveront, selon les vœux de l’artiste, une nouvelle vie chez des amateurs sensibles comme lui à un univers qui l’a enthousiasmé durant de nombreuses années. »

 

Pour le chanteur, c’est un besoin de place qui semble s’exprimer : « S’il est passionnant de constituer une collection, à la recherche de la pièce rare, il est désespérant de constater qu’une fois achetés et lus, mes BD s’accumulent, prennent la poussière, se meurent doucement. »

 

La collection avait débuté avec des titres contemporains, mais, par la suite, le chanteur s’est mis à chiner dans les librairies belges, à la recherche de choses plus inédites.

 

Il décide alors de rassembler une trentaine d’albums, les incontournables de sa jeunesse (Alix, Jerry Spring, Blake et Mortimer, Lucky Luke, et bien sûr quelques Tintin et Spirou), mais il devient rapidement « accro » à toute la BD franco-belge, selon ses propres mots : « J’étais un néophyte, j’achetais tout et n’importe quoi, dans n’importe quel état et à n’importe quel prix. »

 

Pas de planches favorites, d’ailleurs, même si certaines ont ses faveurs, plus que d’autres. « Je les aime toutes, mais j’ai une tendresse particulière pour les planches d’Hergé, de Jijé, de Le Rallic et Calvo. Et, pour citer les plus modernes, j’aime infiniment les planches de Manara, d’Enki Bilal, de Walter Minus ou Yves Chaland. S’il y en a une que j’aimerais posséder, ce serait une planche du Lotus Bleu ou de Tintin au Tibet. »

 

Quant à la fameuse double page, Renaud se l’est procurée auprès de la veuve d’Etienne Le Rallic, dessinateur et scénariste. Hergé avait pris l’habitude de dessiner chez eux durant les années d’après-guerre. « À l’époque, elle me la céda pour 100 000 F. C’était là la plus importante dépense de toute ma collection. Mais je ne regrette rien ! »

 

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Tout au long des cases, la ligne claire fixe sur la feuille les mouvements qui donnent corps aux personnages et au décor : les Dupond/t – avec une nouvelle maladresse, l’hydravion – élément emblématique du récit, la case de fin – ornée de son blason... Il ne faut pas oublier la discrète apparition de Tintin et Milou qui clignent de l’œil, en direction du lecteur. Renaud détaille : « Il n’y a que peu de dessins de Tintin sur cette planche, beaucoup de Dupond/t, mais ce clin d’œil, comme tout lecteur, je pense, je l’ai pris pour moi. »

 

S’il fallait sélectionner deux autres pièces dans les œuvres de la collection de Renaud qui seront dispersées le 30 avril prochain, il faut mentionner tout d’abord une autre œuvre d’Hergé : la planche du Tome 4 de Quick et Flupke, Gamins de Bruxelles (estimation : 80 000 – 120 000 €/86 500 – 130 000 $). On y voit Flupke, le blondinet du duo, en train de s’essayer à la boxe. Pour le Renaud, ces deux gamins évoquent « la poésie de la rue, l’enfance et les chaussettes à clous. Quick et Flupke sont un peu du Robert Doisneau dans la BD, un peu d’Albert Lamorisse en bulles, un peu des “petites canailles” du feuilleton de notre enfance. »