Repenser Angoulême : “Essentiel, mais rien ne devra se faire sans les auteurs”

Nicolas Gary - 24.02.2016

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Les auteurs de BD clamaient, durant l’édition 2015 du Festival de la BD d’Angoulême, qu’ils étaient pris à la gorge. Une gigantesque marche était organisée, pour dénoncer une industrie qui les avait laissés pour compte. Et Angoulême permettait un coup d’éclat. Après la diffusion d’un communiqué sans appel des éditeurs de BD, menaçant de quitter la manifestation, les auteurs ne se sentent pas nécessairement plus écoutés...

 

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ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« Tout le monde est assez d’accord pour dire qu’il y a un problème fondamental avec ce festival. Mais en tant que syndicat, le SNAC BD se préoccupe en priorité de la situation des auteurs », nous explique l’organisation syndicale. « Tout le monde assure s’inquiéter pour nous, et c’est très aimable. Mais rarement on nous demande notre avis. Alors va-t-on vers un festival sans auteurs ? »

 

C’est que le communiqué signé par les différentes maisons BD laisse un peu d’amertume : il était prévu qu’une rencontre entre auteurs et éditeurs se fasse, avec, notamment, le cas Angoulême à traiter. « C’est une surprise peu agréable, et une certaine déception, de n’avoir pas été consultés, alors que nous devions parler de cela ensemble. » L’herbe, fraîchement coupée, sous les pieds...


Auteur, un partenaire financier non négligeable, mais négligé ?
 

D’autant que les éditeurs sollicitent l’intervention du ministère de la Culture, et la nomination d’un médiateur, pour faire avancer les discussions rapidement. « C’est très intéressant, de demander aux pouvoirs publics d’intervenir. Sauf que rien ne devra se faire sans nous, ou alors la version nouvelle ne comptera aucun auteur. C’est toujours pénible de découvrir des prises de position, sans que les représentants d’auteurs soient consultés. »


Cet événement occupe une place centrale dans la vie de la bande dessinée. Il est impossible de le laisser se dégrader et entacher ainsi l’image du 9e Art tant en France qu’à l’étranger. C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas participer à la prochaine édition du FIBD si une refonte radicale n’est pas mise en œuvre dans les meilleurs délais. Le Festival doit être repensé en profondeur, dans sa structure, sa gouvernance, sa stratégie, son projet, et ses ambitions. Éditeurs de bande dessinée du Syndicat national de l’édition et Éditeurs du Syndicat des éditeurs alternatifs (SEA)

 

D’autant plus que le FIBD vit avant tout par les séances de dédicaces proposées au public. « C’est à croire que tout le monde oublie que nous sommes également des partenaires financiers, dans cet écosystème. Bien entendu, nous adhérons à l’ensemble des critiques formulées : la fenêtre internationale que représente la manifestation est essentielle. Pourtant, il faut en finir une bonne fois avec ce qui fragilise la manifestation. Chaque année brasse son lot d’histoires, sur les organisateurs, le financement, la mairie, la Région, qui polluent l’image. »

 

Cela, bien sûr, et la déconnexion qui s’est opérée, d’année en année. « Le FIBD est mobilisé autour de logiques commerciales, qui progressivement lui ont fait couper les ponts. Et puis, ils sont dans la logistique, l’organisation. Une fois encore, sans prendre en compte ce que les auteurs peuvent représenter. »

 

De fait, la relation avec la manifestation, les auteurs regrettent ce qu’elle est devenue : « Soit désincarné, soit mal incarné, on perçoit combien la distance s’est installée. On s’y retrouve physiquement, avec le constat que l’on a perdu l’âme, centrée sur les créateurs. À l’exception des grands auteurs invités, certainement. » Et de souligner que si les éditeurs prennent les choses en main, « alors l’attention sera mobilisée autour des Grand prix, et encore moins sur les créateurs ». 

 

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ActuaLitté, CC BY SA 2.0



Peut-être que le FIBD devra renouer avec des choses plus populaires, suggèrent certains. « L’underground c’est merveilleux, mais gare à l’élitisme. Où se trouve la BD populaire qui fonctionne aujourd’hui ? Ce qui fait défaut, c’est la non-représentation dans le programme officiel des œuvres très populaires, dans le contexte du FIBD. Ce que le grand public achète massivement. C’est avec les grosses machines que l’on peut entraîner les lecteurs sur d’autres choses. » L’exposition Lucky Luke cette année n’était qu’une bien modeste démonstration – « plutôt un hommage : qui lit Lucky Luke aujourd’hui », nous lance un auteur. 

 

« Les auteurs ont des idées pour faire évoluer le Festival : y’en a marre que l’on pense à notre place. Voire que l’on pense sans nous. » Heureusement, sur certains points comme la rémunération des auteurs en festival, réforme amorcée avec le Centre national du livre, les évolutions sont visibles. « On aimerait beaucoup avancer également avec les éditeurs sur d'autres choses. »

Un communiqué du SNAC sera diffusé plus tard dans la journée, pour étayer différents points.

Durant la Marche des Auteurs, en 2015, l'un des représentants du SNAC insistait :  « Faut-il vous rappeler que les auteurs sont aussi à l'origine d'une ressource économique en France ? Faut-il vous rappeler que les artistes ne pèsent rien sur l'assurance chômage ? Cette marche n'est que la première démarche. Il est de votre responsabilité de faire les bons choix pour la culture et pour le rayonnement de la France. »

Mise à jour : 
Nous ajoutons le communiqué officiel du SNAC BD : 

 

Le SnacBD a découvert hier, comme l’ensemble des auteurs, le communiqué commun d’éditeurs « Sauvons le festival d’Angoulême » interpellant la ministre de la Culture pour qu’elle nomme un médiateur afin de mener à bien, et de toute urgence, la refondation du Festival d’Angoulême.

Même si le Snac BD, fort de ses 400 adhérents, ne peut que souhaiter que ce festival, fenêtre principale de notre secteur et donc de nos professions, puisse effectivement bénéficier d’une refondation. Il regrette que ni le SNE ni le SEA n’aient eu la présence d’esprit de nous consulter avant la publication de ce communiqué.

Cette refondation devra se faire impérativement avec la participation des auteurs et de leurs représentants, sans quoi nous la considérerons comme illégitime.

En outre, puisque nos éditeurs s’inquiètent du « mécontentement des auteurs souvent mal traités par l’organisation du festival », nous voulons que leurs inquiétudes se focalisent davantage sur la situation des auteurs fragilisés et en voie généralisée de paupérisation.

Enfin et pour rappel : sans auteurs, pas d’éditeurs, pas de festivals.