Sacco, Baru, Satrapi : ces auteurs de BD, capteurs de réel

Clément Solym - 28.01.2011

Manga/BD/comics - Univers BD - journalisme - bande - dessinee


Libération a sorti  hier son numéro spécial Angoulême, dans le prolongement du festival international de la BD, mais avant tout, pour marquer une fois de plus le goût du journal pour les bulles.

Alain Blaise, directeur artistique de Libé et en charge de ce numéro spécial depuis 13 ans, revient avec nous sur le marché de la BD aujourd'hui. « On assiste à une explosion du genre, où l'on est passé d'une production de 800 titres à 5165 (pour l’année 2010) en une vingtaine d'années. C'est un volume délirant. » 

Alors qu'en parallèle, la BD reste à l'édition ce que le l'animation 3D est au cinéma, un petit truc à côté d'un autre plus sérieux. En
fait, « ces modes "mineurs" représentent une masse colossale d'argent. Les plus gros tirages en édition sont des BD, de la même manière que les films 3D suscités sont presque tous des blockbusters. »


Mais alors, l'essor de créateurs comme Sacco, par exemple ? « Ce photojournalisme, avec une immersion complète, c'est une nouvelle approche du réel. Une nouvelle manière de faire du journalisme. Il n'a pas inventé le genre, mais il l'a hissé à un niveau qui n'aurait jamais existé sans lui. »

La conclusion est un peu là : avec des créateurs comme Art Spiegelman qui ont impulsé une autre création, « on a arrêté de faire du Mickey », plaisante-t-il. D'autres ont suivi cette veine, comme Satrapi, avec des histoires fortes, témoignant d'une vision du monde, avec quelque chose du reportage. « La BD, avec eux, a acquis une dimension journalistique, mêlée à la part de création, qui n'est pas de mise dans ce travail. »

À l'opposé d'un Sacco, on pourrait trouver Baru, « un humaniste, réaliste sensible », qui a su capter toute l'atmosphère du fait divers. Là où Sacco rend l'Histoire, Baru raconte l'histoire. Un travail semblable à celui de Stendhal s'appuyant sur des faits divers pour bâtir ses romans, comme c'est le cas pour le Rouge et le Noir. Cela dit, Baru est avant tout « dans la captation d'une ambiance, d'un fait social, dans le bassin houiller moribond de son enfance, le fait divers n'en étant que le révélateur ».

À Libération, assure Alain Blaise, on a une relation forte à la BD. « C'est un peu dans les gênes du journal. On a été les premiers à faire des prépublications, et en 97, quand on a créé le premier numéro spécial Angoulême, l'impact sur les ventes des oeuvres a été immédiat et très fort. C'est une chose qui est infaisable au Figaro ou au Monde, parce qu'elle nécessite une mobilisation de la rédaction. Chez Libé, ce rapport à la BD, c'est une part de notre identité. »