Scantrad : plutôt qu'une Hadopi, Kazé prône la pédagogie

Clément Solym - 22.04.2011

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Exclusif ActuaLitté : La lutte contre le scantrad est devenue un enjeu important pour les éditeurs de manga. Pour la société Kazé, éditeur français spécialisé dans l'animation japonaise, les enjeux de ce marché sont particulièrement problématiques. L'ère de la gratuité apportée par internet est d'autant plus destructrice pour la santé de l'industrie...

Contacté par ActuaLitté, Raphaël Pennes, directeur éditorial de Kazé Manga et fondateur des éditions Asuka, a eu l'occasion de nous apporter de multiples précisions sur le marché du manga numérique.

Scan-quoi ?

Pour les néophytes, le scantrad, c'est cette pratique qui consiste à numériser un manga papier, qui sera traduit par la suite par des fans. Et par la suite mis gratuitement à disposition des amateurs sur Internet. On comprend aisément les problèmes qu'implique cette pratique. Cependant, il existe en parallèle des sites agrégateurs de scantrad. Si dans le premier cas, les teams qui se constituent pour traduire ne perçoivent pas forcement d'argent, les agrégateurs, eux, tentent de se rémunérer.

« Les préjudices de cette pratique, autant que les possibles bénéfices - sont particulièrement difficiles à évaluer, et bien malin qui pourrait le faire », explique Raphaël Pennes. Cependant, dans un cas comme dans l'autre, « ceux qui mettent les oeuvres gratuitement à disposition sont dans la plus totale illégalité ». Et parfois sans même le savoir.

Pédagogie, plutôt que repression

C'est sur cet aspect pédagogique que l'éditeur veut désormais porter son attention. « Il est impératif pour nous de recadrer la situation actuelle. Or, peu de personnes ont tenté de lutter contre le piratage de ces oeuvres actuellement. De même, les internautes qui mettent en ligne, de même que ceux qui consomment le font aujourd'hui sans ne même plus savoir si c'est bien ou mal. Dans cette optique, nous allons lancer une campagne de communication. »

Et pas n'importe comment. Alors qu'aujourd'hui, en achetant un DVD, le consommateur se retrouve avec un message accablant, lui rappelant que le piratage, c'est mal, et qu'il n'a surtout pas intérêt à diffuser l'oeuvre achetée sur les réseaux, Kazé adopte une position radicalement différente. « Nous présenterons, à partir de juin, sur nos manga, un message de remerciement, à destination de tous les acteurs de la chaîne. Que ce soit l'auteur, le libraire, ou les lecteurs, tous seront remerciés. Quant à ces derniers, il faut les remercier de nous soutenir, en ayant acheté ce livre, plutôt qu'en le téléchargeant ou en le regardant sur le net. »


Stand Kazé au Salon du livre 2011

Une position qui est bien éloignée de celle de la Digital Comics Association, cette coalition réunissant 36 éditeurs américains et japonais, contre le scantrad, et dont font partie Shueisha et Shogakukan, les sociétés mères de Kazé. Et sa politique est assez stricte : elle impose, sous menace de poursuites judiciaires, aux sites agrégateurs de scantrad de fermer.

Pas question de créer un Hadopi du manga

« Les utilisateurs ne disposent pas forcément des informations nécessaires quant à la légalité de leurs pratiques. Et plusieurs d'entre eux ne se rendent pas compte du degré d'exposition de leurs pratiques - on en voit qui ouvrent des sites avec ces scantrads, en utilisant leur adresse et leur nom, au moment de l'enregistrement du nom de domaine ! » À ce titre, des parents qui se félicitent de ce que leur enfant partage sa passion pour les manga avec ses copains sur internet ne savent probablement pas non plus que l'activité... est complètement illégale.

« Nous n'avons pas l'intention de créer un Hadopi du manga. Aujourd'hui, nous sommes très conscients des pratiques sur internet et l'on ne pourra pas enrayer ces consommations. Nous souhaitons juste redéfinir et fixer des limites.

Le manga ne doit pas évoluer sur internet dans des zones de non-droit. Notre politique est d'abord d'informer. Ensuite, on montera en puissance. Mais nous avons passé des semaines, pour ne pas dire des mois, à recenser les sites et les teams. Nous les connaissons, et allons les avertir que leurs pratiques sont destructrices.
»

Une relation de confiance

Kazé sortira ainsi un site internet et une page Facebook, notamment, pour entreprendre cette longue croisade. « Nous en appellerons avant tout à la passion des fans : si vous continuez à pirater, plutôt qu'à acheter, il n'y aura bientôt plus rien à pirater. C'est une relation de confiance qu'il faut établir. »

Une campagne, et bien d'autres : Kazé s'attend à devoir reprendre son porte-voix pédagogue, deux à trois fois par an, pour continuer de faire passer le message, et même avec des bannières publicitaires, pour toucher plus encore le public.

Nous reviendrons plus longuement sur ces questions dans plusieurs dossiers à venir.



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