Siegfried tome 1 l'ouverture d'une saga nordique

Clément Solym - 01.12.2007

Manga/BD/comics - Univers BD - Siegfried - Alex - Alice


Trouvant son inspiration principalement dans la tétralogie de Wagner, l'anneau des Nibelung, sorte « d’Everest » qui le hanta secrètement depuis son enfance, l’auteur nous livre sa propre vision de la mythologie nordique. Quelque part entre le mythe et le conte dans un lieu intemporel.

À la base Alex Alice prévoit de faire une histoire en un tome, mais la démesure du sujet le force à revoir la dimension de son projet. Ainsi Siegfried ne sera pas un tome unique mais un triptyque en album, suivi d'un long métrage d'animation. Un double projet donc, où il exploitera le sujet de front sur les « deux médias de la narration dessinée ». Siegfried est le premier opus de cette œuvre titanesque que l'auteur espère terminer en 2012 avec la sortie de l'anime.

L'album s'ouvre sur la mort mystérieuse des parents de Siegfried, non loin d'une forêt. La mère, avant de mourir, confie son enfant à un Nibelung en exil. Pour ceux qui ne connaissent pas les Nibelungs, ils sont l'équivalent des nains chez Tolkien, petits, travailleurs forcenés, et bourrus, ils vivent dans la montagne qui leur sert de forge. Mime, le Nibelung, va donc élever Siegfried dans la forêt. Ce premier Album est une sorte de prélude. On y verra l'enfance de Siegfried au milieu des loups, son adolescence et sa révolte finale. On y verra aussi que Mime n'a pas une attitude désintéressée par rapport à Siegfried. On pourra, en outre, se familiariser en douceur avec cette mythologie peu connue en France.

 L'histoire nous place au niveau de Siegfried qui est celui “qui ne craint pas les dieux”, élevé dans l'ignorance de ceux-ci, tel que le souhaita sa mère au seuil de la mort. Un “enfant loup”, élevé par un Nibelung, et dont la plus grande ambition et de savoir qui il est, de connaître ces semblables. Ce premier album, “l' ouverture” de l'histoire, et une sorte de parcours initiatique qui va transformer “l'enfant loup” en adolescent presque en homme et faire émerger une partie de ce que sera le héros. Les bases de l'histoire sont posées subtilement, et on entre aperçoit les moteurs secrets qui vont pousser les personnages à agir. Cela dit ce premier opus n'est pas qu'un prélude. Effectivement comme le souhaite l'auteur, il s’articule autour de sa propre histoire avec son dénouement. Les dialogues sont réduits au maximum pour laisser parler l'image.

 Le découpage de la BD est assez audacieux. On trouve des vignettes qui se chevauchent, d’autres qui se trouvent carrément à l’intérieur d’une autre image. Parfois le dessin sort même de ses marges, bousculant les conventions pour nous sauter aux yeux avec toute sa force, soulignant par là même la rapidité de l’action ou l’importance de la vignette. Pour Alex Alice l’image parle et sert le récit. Ainsi le découpage est très important pour suivre l’action. De grandes vignettes s’étalent sur toute la largeur de la page pour laisser place à la contemplation de ces paysages grandioses que l’auteur apprécie particulièrement de dessiner. De toutes petites vignettes s’enchainent pour accentuer la vitesse de l’action ou la stupeur d’un personnage en gros plan. La Bd est pensée en plans cinématographiques : d’ensemble pour les grandes vignettes, gros voire très gros plan pour les personnages, des plongées, des contre-plongées pour souligner un sentiment ou le grandiose d’une scène. Cela dit la bande dessinée permet des fantaisies que l’auteur maîtrise à merveille, comme la possibilité de faire plusieurs plans dans le plan ou plutôt plusieurs images dans l’image. Ainsi cette superbe double page où Mime forge l'anneau de Fafnir. “Un instrument de pouvoir et d'asservissement”. Le découpage est des plus original puisque c'est l'anneau qui délimite chaque image et qui sert de guide de lecture. Les cases ont volé en éclats et on se sent perdu dans le labyrinthe des grottes des Nibelungs. On ressentirait presque la puissance de cet anneau.

Les images quant à elles sont claires, belles, très propres. Les paysages sont enchanteurs et nous font comme le souhaite l’auteur déconnecter de la réalité pour entrevoir un autre espace/temps celui du conte.

Enfin le moins que l’on puisse dire c’est que l’album est très colorisé. De belles couleurs bien tranchées qui outre le simple côté esthétique ont une signification importante dans l’histoire. Si chez Wagner on peut entendre un certain thème associé à l’arrivée d’un personnage sur scène, chez Alex Alice on verra des couleurs. Le rouge sera la couleur de la Forge de Mime, le vert sera celle de Völva une sorte d’esprit de la forêt qui plus est devin, le blanc immaculé, la couleur des Walkyries. Les forces antagonistes étant le feu et la glace, les couleurs rouges/orangées et bleu glacée s’affrontent dans quelques vignettes. Tout l’univers de ce premier tome étant en symbiose avec Siegfried, il n’est pas étonnant non plus de constater que les couleurs reflètent aussi des émotions, ou des tranches de vie. Ainsi le blanc/gris de ce qui semble un interminable hiver accompagnant l’enfance du héros, période durant laquelle la force et les motivations de celui-ci sont encore en gestation comme gelées. Puis les couleurs chatoyante du printemps, de l’adolescence de Siegfried et enfin le gris très sombre de la tempête et de la prise de conscience.

Bref, nous avons pris un grand plaisir à dévorer de tous regards ce très beau premier opus qui nous a entraînés dans un autre univers. Le découpage et l’emploi des couleurs sont bien pensés. Ainsi on peut avoir une lecture active de chaque image, et chaque information que votre regard captera servira à construire les bases de l'intrigue. Bien sûr il n’est pas obligatoire de faire attention à tout mais il est quand même très agréable de s’arrêter sur un détail et de voir qu’il a aussi son importance.
Si certains trouveront que l’intrigue principale de ce tome n’est pas palpitante, elle a au moins le mérite de se suffire à elle-même et de nous préparer à une suite que l’on espère grandiose. Suite qui est prévue pour l’année prochaine, patience !

Enfin, nous recommandons chaudement l'édition spéciale, que l'auteur considère comme la vraie version, à tous ceux qui sont intrigués par cet étonnant projet, ou tout simplement à ceux qui aiment les beaux objets. Elle est plus chère certes mais le prix et largement compensé par les dizaines de croquis et d'images tirées de l'anime à venir. L'interview d'Alex Alice par Laurent Kloetzer est très intéressante et plus que complète. Enfin vous aurez droit à un petit cadeau : le premier teaser de l'anime, et nous pouvons vous dire qu'il donne vraiment envie de voir le film. Hélas, celui-ci n'est
prévu dans les salles obscures que pour 2012.

Siegfried d’Alex Alice est édité chez Dargaud en deux versions. Une version simple de 70 pages à 15 euros et une édition spéciale de 152 pages à 29 euros.

Pour approfondir

Editeur : Robert Laffont
Genre : autres themes de...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782221110706

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