Sodastream ne mêlera plus ses bulles à celles du Festival d'Angoulême

Antoine Oury - 14.01.2016

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En 2014, la polémique qui agitait le Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême tournait tout simplement autour du conflit israélo-palestinien, et l'occupation des territoires sur la bande de Gaza. En effet, la société qui rejoignait alors la liste des sponsors du FIBD n'était autre que Sodastream, spécialisée dans la gazéification de l'eau à domicile – et les produits dérivés. Et, accessoirement, installée dans un territoire occupé par Israël.

 

Boycott SodaStream Protest

Des manifestants appellent au boycott de Sodastream, en 2012 à Washington

(Mr.TinDC, CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

Une dénonciation de ce partenariat s'était mise en place avant même le début du Festival, en 2014 : « Nous appelons toujours à boycotter ce produit, comme tous les autres biens fabriqués dans les territoires occupés. Nous ne dénigrons pas le produit en tant que tel, mais appelons à boycotter les produits de la colonisation israélienne », expliquait alors Jean-Claude Caraire, membre de l'association Charente Solidarité Palestine.

 

Des manifestations et opérations avaient été organisées au cours du FIBD, « pour que SodaStream apparaisse pour ce qu'il est vraiment » expliquait Jean-Claude Caraire. L'association et les autres opposants à SodaStream rappellent que la multinationale d'origine israélienne occupe sciemment un territoire sujet à la controverse, car abritant une colonie israélienne, en Palestine.

 

L'actrice Scarlett Johansson s'était retrouvée empêtrée dans la même tempête, et s'était défendue avec une déclaration : « Je reste partisane de la coopération économique et des interactions sociales entre les États démocratiques d'Israël et de la Palestine. SodaStream est une entreprise qui s'engage non seulement pour l'environnement, mais aussi pour la construction d'une paix entre Israël et la Palestine, avec des voisins travaillant les uns aux côtés des autres, recevant le même salaire, les mêmes avantages et les mêmes droits. »

 

Pour revenir au FIBD, c'était OPM France, qui distribue de manière exclusive SodaStream en France, qui était intervenu pour défendre le partenariat : il soulignait lui aussi les conditions de travail exceptionnelles appliquées par SodaStream, avec « 500 Palestiniens dont le salaire est cinq fois supérieur au salaire moyen en Cisjordanie ».

 

Ce n'est qu'en 2015 que le Festival avait réagi officiellement, en la personne de son délégué général Franck Bondoux : 

 

Concernant SodaStream, je ne vois pas en quoi cette entreprise est honteuse. Elle est implantée dans une colonie ancienne, en zone C, qui est née des accords d'Oslo entre Israël et l'OLP. Rien n'interdit à une entreprise de s'installer là dans l'attente d'un accord entre les deux parties, quand bien même celui-ci tarde particulièrement. SodaStream crée plutôt des passerelles. Elle emploie 500 travailleurs palestiniens qui travaillent dans de bonnes conditions. Cette entreprise n'a jamais été condamnée en France. Parler de « crime » à son encontre, comme le font ces auteurs, est une prise de position partisane. La rejeter reviendrait à la condamner : ce serait une injustice à l'envers.

 

 

Il faut dire que dès 2014, des auteurs, avec leur tête Tardi, particulièrement courroucé par ce partenariat, avaient solennellement demandé au FIBD de mettre fin à cette association. Rien n'y a fait.

 

En 2016, néanmoins, pas de SodaStream au FIBD : « L’accord avec SodaStream était arrivé à son terme, cette société a choisi d’autres axes de communication », a expliqué Franck Bondoux à Sud-Ouest. Les associations propalestiniennes se sont déclarées satisfaites de la fin de ce partenariat. Il y aura donc une polémique de moins à Angoulême, ce qui ne sera sans doute pas sans soulager les organisateurs, pris depuis plusieurs semaines dans une autre, qui concerne le Grand Prix et la présence de femmes au sein des nominés...