Sodastream : 'Utilisation intempestive du conflit israélo-palestinien'

Nicolas Gary - 02.02.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - Franck Bondoux - Bertrand Morisset - FIBD


Quelques jours avant que ne s'ouvre le Festival International de la BD d'Angoulême, une vive polémique est partie de l'un des sponsors de la manifestation, Sodastream. La Charente libre avait publié hier un dessin satirique, montrant des manifestants arrosés par un canon à eau. Mais au Festival, si la protestation est bien là, elle reste plutôt pacifique.

 

 

 

 

Le problème vient de ce que la firme Sodastream, productrice d'appareils de gazéification de boissons pour les particuliers, compte parmi les sponsors du FIBD. Or, elle dispose d'une importante usine à Mishé Adoumim, en Cisjordanie, en plein dans les territoires occupés. Plusieurs dessinateurs avaient alors exprimé, dans une lettre adressée au délégué général du FIBD, Franck Bondoux, leur désaccord. 

 

« Nous, dessinatrices et dessinateurs de tous les pays, sommes surpris, déçus et en colère de découvrir que Sodastream est un sponsor officiel du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême [...] Nous vous demandons de couper tous les liens entre le festival et cette entreprise honteuse », expliquait le courrier, signé notamment par Joe Sacco, ou encore Siné. 

Comme vous le savez sûrement, SodaStream est la cible d'un appel international au boycott, pour sa contribution à la colonisation de terres palestiniennes, avec son usine dans la colonie illégale de Ma'ale Adumim, son exploitation de travailleurs palestiniens, et son vol de ressources palestiniennes, en violation du droit international et des droits humains.

Angoulême a joué un rôle important dans la prise en compte de la bande dessinée comme une forme d'art depuis 40 ans. Il serait triste que SodaStream profite de ce festival pour essayer d'effacer ses crimes.

 

Franck Bondoux assurait à l'AFP que, de son point de vue, la société SodamStream « crée plutôt un trait d'union entre Israéliens et Palestiniens. 500 travailleurs palestiniens travaillent dans cette usine dans de bonnes conditions. Et cette entreprise n'a jamais été condamnée en France ». C'est également l'avis du commissaire général du Salon du livre de Paris, Bertrand Morisset, interrogé par ActuaLitté, et qui évoque  « une polémique un peu vaine », tout en assurant le FIBD et son organisateur, 9e Art+, de son « plein et entier soutien ».

 

"Une utilisation intempestive du conflit israélo-palestinien"

 

« Trouver des sponsors aujourd'hui n'est pas simple pour une manifestation culturelle », estime Bertrand Morisset. « Un sponsor qui fait de l'embouteillage gazéifié a été trouvé : il permet de construire des expositions et de faire venir des auteurs. Il fait des bulles, et à ce titre, il ne peut pas être tout à fait mauvais », ajoute-t-il avec humour.

 

« Ici, c'est une utilisation intempestive du conflit israélo-palestinien, déplacée à Angoulême. Clairement, c'est absurde.» Et de préciser que, selon lui, ces revendications semblent avant tout « manipulées par des intérêts politiques qui nous dépassent. Elles sont nulles et non avenues dans la tenue d'un Festival comme celui d'Angoulême ».

 

Appel au boycott

 

 

 

« Des usines d'embouteillages de cette marque, il en existe dans le monde entier. Il se trouve qu'il y en a une qui est, effectivement, très mal placée. » Si cela pose problème, il faut interroger le déploiement international de cette marque « qui apporte un soutien financier au Festival de la BD d'Angoulême. Je ne pense pas que l'argent investi par ce sponsor soit exclusivement issu de cette usine. C'est une polémique un peu vaine. J'ose espérer que la direction du FIBD pense comme moi : qu'est-ce que cela vient faire dans le Festival, qui propose de rencontrer des auteurs, de nouvelles bandes dessinées, de découvrir de belles expositions, c'est tout ». 

 

Ce 1er février, un bref happening de protestation a été organisé par quelques manifestants qui brandissaient des pancartes «Bulles de Sodastream, Larmes de Palestine». Les autorités ont rapidement délogé, dans le calme, les manifestants. Philippe Chancelier, importateur des machines de la marque, maintient son engagement : « Nous aussi, nous faisons des bulles et après deux ans de négociations et cette première présence à Angoulême, il n'est pas question de s'arrêter là. »

 

Cependant, il faut noter que la star Scarlett Johansson, qui portait l'image de la marque, a décidé de renoncer à son rôle d'ambassadrice pour la marque Oxfam, organisation humanitaire, suite à une autre polémique, cette fois déclenchée juste avant le SuperBowl et la diffusion d'un clip promotionnel de Sodastream, aux États-Unis. 

 

Siné, Joe Sacco (lauréat d'Angoulême), Edmond Baudoin (lauréat d'Angoulême), Carali, Chimulus, Ben Katchor, Sue Coe, Eric Drooker, Peter Kuper, Matt Madden, Seth Tobocman, le Palestinien Mohammad Saba'aneh, le libanais Mazen Kerbaj, le soudanais Khalid Albaih, la Tunisienne Willis From Tunis, l'Israélien Amitai Sandy, le brésilien Carlos Latuff, l'espagnol Elchicotriste, l'italien Gianluca Costantini et plus de 40 artistes de plus de 10 pays, protestent contre le partenariat entre le festival et l'entreprise israélienne installée dans les territoires occupés. Jacques Tardi a également apporté sa signature.