Spider Woman et Manara : un des modèles le moins sexualisé

Florent D. - 24.08.2014

Manga/BD/comics - Comics - Spider Women - Milo Manara - Marvel comics


Ça ne pouvait pas rater : mettez Spider Woman dans une position suggestive, et signez le dessin par Milo Manara : voilà qu'on vous taxe de sexisme. On a pourtant tout excusé, ou presque, au dessinateur italien, et il est fantasque de voir qu'une petite excentricité supplémentaire — modeste, qui plus est — mette le feu à la toile internautique. Mais quand on s'appelle Marvel, mieux vaut prévoir la chute...

 

 

 

La question qui remonte depuis hier est de savoir si Marvel s'est réellement préoccupé de l'ensemble de son lectorat, ou si la posture d'un Spider Woman en levrette n'était vraiment dirigée qu'à l'attention des geeks, tels qu'on peut se les figurer ? Tom Brevoort, executive director chez l'éditeur s'est risqué à une réponse, qui vaut ce qu'elle vaut — et n'est pas tissée de fil blanc.

 

Selon lui, les gens qui sont irrités par cette couverture — alternative, rappelons-le, ce n'est pas même celle qui servira officiellement — ont raison. Au moins parce qu'il n'est pas question de remettre en question ce qu'ils éprouvent. Sauf que, depuis 1969, Milo Manara travaille comme dessinateur, « et ce qu'il a fait au fil du temps n'a pas fondamentalement changé ».

 

Comprendre : le dessinateur a toujours eu des scénarii où les femmes étaient nues, ou très fortement dénudées. Et pour le coup, cette couverture incarne, dans l'ensemble de l'œuvre de Manara, « l'une des moins sexualisées », estime Brevoort. Surtout que le personnage est recouvert de la tête aux pieds de son costume, et que la posture dans laquelle il l'a représentée est l'une de celles, classiques, que l'on retrouve chez l'Homme-Araignée. 

 

Le bien-pensant appelé à régner... 

 

Aurait-il fallu, pour convenir à cette époque technocratique et de plus en plus pudibonde, alerter par un message spécifique ‘Attention, ceci est une variante érotique de la couverture officielle' ? On croit rêver. De même, notre rédaction a reçu son lot d'emails toujours plus ou moins agréables, pour taxer de sexiste, de phallocrate non pas notre article, mais le dessin de Manara. Il faudra un jour préciser que nous ne sommes pas en relation avec l'ensemble des créateurs de la planète, et ne disposons pas du 06 de toute personne qui écrit, dessine, peint, etc. Soit.

 

Le pendant de Thor, ce personnage féminin présenté voilà quelques semaines par le même éditeur, avait-il provoqué la levée de boucliers à laquelle on assiste aujourd'hui ? Pas même. Et quand on lit dans la presse que Spider Women est hypersexualisée, on se demande bien si les journalistes ont déjà ouvert autre chose que Picsou magazine, ou Pif Gadget. (No offense au parti communiste, cela dit)

 

Spider Man s'est retrouvé dans des positions que l'on pourrait trouver bien plus suggestives, allusive, ou lascive, et qui décidera de les chercher tombera certainement sur autant de bonnes raisons de s'émouvoir. Alors, évidemment, Brevoort met le doigt là où l'araignée n'a jamais posé la patte : « C'est le droit de chaque lecteur que de ne pas apprécier quelque chose. » 

 

Sauf que le tir nourri est le même que celui qui s'abattrait sur Pierre Desproges, si ce dernier avait l'audace de l'un de ses sketches aujourd'hui. Que l'on insiste auprès de Marvel en soulignant que les femmes fans de comics peuvent se sentir outrée nécessiterait, à tout le moins, que ces dernières fassent un front commun pour exprimer ouvertement leur désapprobation. 

 

 

 

Et quand bien même, lecteur, je camperais alors joyeusement sur ma position : c'est une couverture alternative, réalisée par un artiste dont les planches choquent, séduisent, mais qui est incontestablement reconnu. Cela renverrait plutôt à la manière dont l'industrie du comics est capable de créer des goodies, des objets rares, destinés aux collectionneurs. Personne ne le sait encore, mais qui s'étonnerait que Marvel décide de vendre aux enchères la planche originale en reversant les fonds à une association caritative ?

 

Si l'éditeur n'a pas encore officiellement livré sa version de l'histoire, il suffit de se plonger dans n'importe quel album pour découvrir des corps féminins bien plus dénudés. Grâce soit rendue à Brevoort : « Je pense qu'une conversation sur la manière dont les femmes sont représentées dans les comics devient pertinente désormais. » 

 

À quand la ligue de défense d'Iron Man, devenu sex-toy ? (Eh oui, ça existe...)