Superman, homme de fer et fasciste en puissance

Antoine Oury - 01.10.2014

Manga/BD/comics - Comics - Batman v Superman - fasciste super héros - Zack Snyder


Au fil des mois, le film Batman v Superman se révèle peu à peu : il est particulièrement suivi par les fans, parce qu'il va rassembler deux des super-héros les plus populaires. Mais aussi parce qu'il poursuivra une franchise célébrée, celle des Batman de Nolan, et une autre, en perdition, celle de Superman, que Zack Snyder avait fini d'enterrer. Ce dernier réalisera pourtant le prochain long-métrage...

 


 Superman dans Kingdom Come

 

 

Le synopsis du film reste lacunaire, et est frappé du sceau du secret. Le long-métrage ne sortira que le 27 avril 2016, et on imagine aisément Superman et Batman, d'abord opposés, avant de s'allier pour vaincre un ennemi retors. Warner Bros n'a pour le moment révélé qu'une seule phrase sur le scénario :

La suite des nouvelles aventures de Superman, confronté pour la première fois au chevalier noir de Gotham City, Batman.

Toutefois, des photos du tournage prises par des passants révèlent quelques éléments du film à venir, et notamment... cette croix gammée, inscrite sur un panneau au sein d'une manifestation anti-Superman.

 

 

 

Par ailleurs, l'acteur Harry Lennix, qui incarnait le lieutenant général Swanwick dans Man of Steel, le film de Zack Snyder consacré à la genèse de Superman, fera son retour dans Batman v Superman, a révélé quelques éléments dans une interview : « Quiconque a aimé le comics de 1986, The Dark Knight Returns, appréciera le film, je pense. »

 

The Dark Knight Returns, c'est évidemment la série en 4 tomes, écrite et dessinée par Frank Miller, avec l'aide de Klaus Janson à l'encrage et de Lynn Varley, à la couleur. Un monument dans l'histoire du comics, et surtout le grand retour du Chevalier noir, complètement transformé par Miller, jusqu'alors associé à Daredevil. 

 

Batman, aka Bruce Wayne, y est présenté comme un héros à la retraite, qui décidera de reprendre du service face à la déliquescence qui frappe Gotham. Toujours aussi efficace, le héros vient sans peine à bout des ennemis qui se dressent devant lui, mais est également confronté aux tensions politiques entre les États-Unis et l'URSS. 

 

Le bloc soviétique frappera le premier, et plongera le continent dans un hiver nucléaire : Batman, aidé par une troupe d'anciens criminels à son service, parviendra à conserver l'ordre dans Gotham... Jusqu'à l'arrivée de Superman, dépêché par le gouvernement américain, qui voit d'un mauvais œil cette sorte d'indépendance acquise par la ville de l'homme chauve-souris.

 

En raison de son allégeance à la paix et à la liberté, deux symboles revendiqués par l'État américain, Superman a, au fils des années, paradoxalement été soupçonné de développer des penchants fascistes par nombre de scénaristes et de dessinateurs de comics. Son intervention dans The Dark Knight Returns est tardive, mais relève d'une telle remise en cause de ses intentions.

 

Kingdom Come, la dictature chez les super-héros

 

En 1996, DC Comics réalise un gros coup avec la publication de Kingdom Come : il réunit Mark Waid (The Flash, Impulse, Justice League) et Alex Ross, qui assure dans les pages le dessin à la gouache, pour un résultat le plus réaliste possible. Superman et quelques anciens héros de l'Âge d'Or font ici aussi leur retour après une retraite temporaire, cette fois pour maîtriser les nouveaux surhommes, littéralement incontrôlables.

 

À nouveau, Kal-El, aka Superman, prend les traits d'un fasciste éhonté lorsqu'il tente de maîtriser ses semblables en les bouclant dans une prison très haute sécurité, le... Goulag. Superman croisera de nouveau Batman, qui lui opposera des vues plus libérales : si le monde doit être détruit par les surhommes, ou atomisé par les humains, qu'il en soit ainsi...

 

Red Son : cadre différent, mêmes conclusions

 

Dans la pure tradition du comics, Mark Millar et Dave Johnson s'emparent en 2003 de la mythologie Superman en faisant s'écraser l'aéronef qui contient le futur Clark Kent en Union soviétique. Superman se met alors au service de l'Union soviétique, et non des États-Unis, et converse régulièrement avec Staline. L'homme de fer devient l'arme secrète du bloc de l'Est, que les États-Unis tenteront de copier.

 

 

Super-vision, super-ouïe... Pratiques pour un état totalitaire

 

 

Malgré tout, Superman se bat toujours pour la liberté et la justice, auxquelles s'ajoute la libération des masses. Et, pour le coup, il réalise un sans-faute, en rendant 90 % de la planète sûre et sans danger... à l'exception des États-Unis. Batman lui-même fera le déplacement, pour faire cesser cette mainmise du surhomme sur la planète : il apparaît alors comme un anarchiste à chapka, face à un Superman frappé du marteau et de la faucille.

 

Les confrontations entre Batman et Superman n'auront donc pas manqué, aboutissant généralement à des petits chefs d'œuvre du genre. Reste à voir si Snyder saura s'en emparer : il avait géré, plus ou moins brillamment selon les avis, l'adaptation peu évidente du Watchmen de Alan Moore, Dave Gibbons et John Higgins.

 

Un autre comics des années 80, une autre exploration de la face sombre des super-héros. S'il a échoué pour faire un panégyrique de Superman, le réalisateur parviendra peut-être à composer sa critique...

 

 

Superman, homme de fer et fasciste en puissance, par Arthur Poidevin

Par Arthur Poidevin, du Cesan (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)