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Supreme, l'incarnation poissarde de Superman

Clément Solym - 31.08.2012

Manga/BD/comics - Comics - supreme - superman - marvel


Tout avoir pour briller au firmament comme l'homme d'acier venu de Krypton, et pourtant. Supreme est un héros lancé dans le contexte qui entoure la création de l'éditeur Image. Si en 1992, date de sa sortie, l'éditeur n'a pas l'envergure de Detective Comics, il n'en reste pas moins qu'il bénéficie de l'aura de ses créateurs, tous des artistes fortement renommés dans le milieu. Au nombre de sept on compte Todd McFarlane, Marc Silvestri, Jim Lee, Jim Valentino, Erik Larsen mais aussi le très controversé Rob Liefeld.

 

Argument éthique, Image est fondé sur l'idée de laisser à chaque auteur son droit à la propriété, pratique peu courante dans l'industrie de la BD américaine. Tout porte à croire qu'avec de telles dispositions les séries portées par l'éditeur profiteront du travail des auteurs sur l'univers X-men et l'indépendance laissée à chacun. Ainsi, certaines séries s'épanouissent et marquent le développement d'Image comme troisième plus important éditeur du secteur grâce à des titres comme Witchblade, Spawn ou Walking Dead. Supreme peinera à mériter son nom.

 

Un style contesté

 

Comme une tare originelle. Supreme est conçu par Rob Liefeld qui témoigne sur des séries comme Deadpool, le tueur à gages vitriolé, d'un goût pour la surenchère de scènes violences tant physiques que psychologiques. Contraste flagrant avec l'ambiance du comics de l'époque (exception faite de Spawn dans un autre registre). D'autant plus qu'il reprend le mythe de Superman pour l'écorcher. Héros volant, doté de pouvoirs, il démarre une carrière comme ange de la destruction ou demi-dieu selon les envies de l'auteur à la façon d'un pendant maléfique à Clark Kent. Si Image garde un succès d'estime, la série ne recueillera pas l'enthousiasme escompté.Et nombreux sont ceux qui critiquent l'invraisemblance anatomique et le style excessif.

 

 

L'univers de Supreme reste dans ce traitement cher à l'auteur. Et ses excès. Pas moins sanguin que ses personnages, Liefeld est poussé vers la sortie quelques années plus tard. Avant cela, il aura demandé à Alan Moore de reprendre son personnage. Ce sera chose faite, mais avec une vision radicalement différente et sans que l'auteur de From Hell ne cache son peu de considération pour ce qu'en a a fait Liefeld. Habitué à étriller les standards du héros bienveillant, Moore va prendre un pli bien différent et réhabiliter le personnage en créant une analogie puissante avec Superman.

 

Deux retours fugaces

 

Un véritable hommage à l'oeuvre de Shuster et Siegel qui s'accompagne de nombreuses similitudes. Il dote le héros d'une compagnie, une Suprema en guise de Supergirl et un chien Radar, comme Krypto celui de son collègue rouge et bleu. Et ne s'arrête pas là en évoquant une météorite de Supremium à l'origine des pouvoirs de son héros. Et créé des relations avec Diana Dane (Lois Lane) ou Judy Jordan (Lana Lang). Sa némésis rappelle également fortement celle de l'homme d'acier, Dax Darius pour Lex Luthor. 

 

Embarrassée par la production de son prédécesseur, Moore se sert du passé contradictoire de Supreme pour réaliser un univers complexe fait de réalités alternatives et de maisons de retraite pour clones dans l'après-vie. Contre toute attente, la série s'arrête en 1999. L'éditeur a déjà souffert d'autre départ de cadres de l'entreprise. Il faudra attendre jusqu'à cette année pour que Supreme retrouve le chemin des librairies sous l'encre d'Erik Larsen qui continue dans la veine impulsée par Moore. Le temps de quatre numéros seulement. En octobre, Larsen abandonne le super infortuné pour se consacrer à d'autres projets. Quelques jours auparavavant, Liefeld avait refait parler de lui en quittant Marvel en réglant ses comptes. Le moment pour l'auteur et sa création de rejoindre cette pension pour héros fatigués.