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Tintin au Congo : paternalisme gentil contre lecture raciste tordue

Clément Solym - 15.10.2011

Manga/BD/comics - Univers BD - Tintin au Congo - Belgique - racisme


La plaidoirie de la défense avait lieu hier, dans l'affaire qui oppose Bienvenu Mbutu Mondondo à Moulinsart et l'éditeur de l'oeuvre d'Hergé, Casterman. Tintin raciste, et plus spécifiquement, l'épisode du reporter partant au Congo, pays d'origine du plaignant, qui lit dans cette BD une insulte violente.

 

Depuis des mois, en Belgique, comme en France, l'intéressé tente de faire interdire la vente de cette BD, ou à défaut, qu'un bandeau soit apposé, pour avertir le lecteur. L'oeuvre contiendrait selon lui des propos racistes, s'appuyant sur des stéréotypes, et qui véhiculent une image de l'homme noir des plus déplorables.

 

 

La défense n'a pas vraiment le choix : il faut contre-attaquer, en faisant passer la demande du plaignant pour non recevable. À ce titre, comprendre que la loi sur le racisme, invoquée dans cette affaire, ne saurait s‘appliquer dans le cas présent : la législation pose qu'il doit y avoir une intention de poser un acte raciste, or jamais Hergé n'a eu cette intention.

 

Et puis, les plaignants n'ont manifestement pas expliqué les raisons avancées, justifiant cette censure. « Oui, la liberté d'expression peut être limitée, oui, le racisme peut en être un fondement, mais alors il faut pouvoir expliquer en quoi il est nécessaire d'interdire cette publication pour le bien de notre société. Sur ce point, rien n'a été démontré », ont affirmé les avocats de la défense.

 

Revenant à des choses plus concrètes, la défense fait valoir que le politiquement correct n'a pas sa place : les tribunaux seraient constamment assaillis de demandes, s'il fallait l'invoquer en permanence. Ainsi, les « écrits de Dickens concernant les juifs, de Jules Vernes à propos des noirs ou le regard de la Bible sur les femmes », deviendraient des affaires à leur tour.

 

Pour Me Berenboom, « C'est l'époque de la Revue nègre de Joséphine Baker, de l'exposition coloniale de Paris... Hergé est dans l'air du temps, ce n'est pas du racisme, mais du paternalisme gentil ».

 

Et ce serait donc faire une lecture « particulièrement tordue » que de tenter de reprocher un quelconque racisme à Tintin. Hergé, qui n'avait jamais quitté, à l'âge de l'écriture de ce livre, la Belgique, ne connaissait rien du monde que les idées véhiculées dans l'air du temps. Difficile de lui imputer du racisme, à lui en particulier.

 

Le tribunal devra rendre son arrêt le 12 février prochain. Et répondre de la prescription avancée par la défense, attendu que la dernière édition du livre s'est faite en 1946.

 

Avec agence Belga et AFP