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Tintin au pays des Soviets : quand Moulinsart favorise Google et Apple

Nicolas Gary - 11.01.2017

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Très attendu, le retour d’Hergé dans les librairies a été célébré au Grand Palais. Alors que l’exposition sur le créateur de Tintin touche à sa fin, la publication des Soviets en version colorisée est un événement qui marque les esprits. Antoine Gallimard se réjouit d’avoir pu célébrer l’anniversaire du célèbre reporter – né un 10 janvier 1929.

 

 

 

« Tintin, c’est un souvenir amusant : quand j’étais à l’école, et que je passais dans la classe supérieure, mon père m’offrait un Tintin. Vous voyez ce que ça représentait : c’était pour moi très important », explique Antoine Gallimard, patron des éditions du même nom, mais également du groupe Flammarion, incluant Casterman depuis septembre 2012.

 

« À cette époque, il n’y avait pas tellement de propositions pour les jeunes, en bande dessinée. Tintin incarnait alors l’aventure, le monde de la mer, celui de l’espace, les voyages : c’était totalement le héros de l’imaginaire, où tout était possible. Il n’était pas tellement plus âgé que moi, et c’était le cousin que l’on aurait aimé avoir. »

 

L’exposition au Grand Palais est ouverte depuis le 28 septembre, et encore pour quelques jours : elle fermera ses portes le 15 janvier. Mais il était difficile de ne pas célébrer la publication de l’album Tintin au pays des Soviets, dans sa version colorée.

 

« Cet album, je le trouve formidable, et il était très important de le faire. Hergé y était favorable, il l’a dit, et écrit. Casterman et Moulinsart cultivaient ce projet depuis 1999. Et je suis très content qu’il ait abouti. » Benoît Peeters, tintinophile émérite et spécialiste d'Hergé, l'avait dernièrement souligné dans les colonnes de ActuaLitté : « Il faut se souvenir que, dès la fin des années Trente, Hergé avait eu dans l’idée de rééditer Tintin au pays des Soviets ; il l’aurait ensuite mis en couleur, comme il l’a fait pour tous les autres albums noir et blanc. » Ce n'était donc qu'une question de temps.

 

« Au-delà de cette belle édition, Tintin a marqué mon enfance, et il fait partie de mon univers. D’ailleurs, l’une des raisons pour lesquelles je me suis intéressé à Casterman, lors du rachat de Flammarion, c’était Tintin. Et j’ai tout fait pour que les choses se passent bien avec la succession Moulinsart », poursuit Antoine Gallimard.

 

 

À peine sorti, Tintin et les Soviets vus par Hergé sont déjà en première place des ventes chez Amazon pour la version papier de l’album. En revanche, pas de trace de la version numérique en format Kindle. D’ailleurs, pas plus de nouvelles d’un ebook Tintin chez Fnac ni les autres revendeurs : avec Milou, ils sont aussi abonnés absents chez Kobo ou même chez d'autres libraires spécialisés dans la BD numérique. Et d'ailleurs rien dans l’entrepôt Eden livres – qui distribue les titres de Gallimard/Flammation entre autres.

 

Google et Apple, partenaires privilégiés

 

Renseignements pris auprès du groupe Madrigall, les droits numériques appartiennent à Moulinsart, qui a refusé de les céder. « Les droits numériques de l’œuvre d’Hergé sont exclusivement détenus par la société Moulinsart », confirme Benoît Mouchart, directeur éditorial des éditions Casterman, à ActuaLitté.

 

Alors, il faut le reconnaître, iBooks fait une belle place à l’album, dès la page d’accueil : un petit tapis rouge, gentiment déroulé : juste assez pour montrer que c’est chez Apple que Tintin fait son grand retour, et nulle part ailleurs. Google Play Livres, pour l'heure seul autre acteur à commercialiser le titre, reste fidèle à lui-même : il faut chercher pour trouver...

 

« La version colorisée de Tintin au pays des Soviets est disponible dans le iBook Store et Google Play livres ainsi que dans les App Stores via notre application Les Aventures de Tintin. Aucune exclusivité n’est accordée. Nous travaillons avec ces plates-formes car nous disposons de contenus digitaux divers : audio, audiovisuel, jeux, etc. L’ambition étant de développer un véritable écosystème numérique pour Tintin », nous assure Yves Février, responsable de l'exploitation numérique chez Moulinsart.

 

En effet, une application Les aventures de Tintin était publiée en avril 2013, réunissant dans un pack complet l’ensemble des albums pour 5,49 € pièce – ou 49,99 € l’ensemble. Le tout en plusieurs langues, avec quelques bonus également proposés.

 

Or, dans cette même application, un communiqué de presse annonce : « Dès le 11 janvier 2017, Tintin et sa première aventure, colorisée pour l’occasion, sera disponible pour la première fois dans l’iBooks Store pour iPhone, iPad et iPod touch ainsi que sur la boutique Google Play sur les appareils Android et sur le web. Jusqu’à présent, Les Aventures de Tintin n’étaient disponibles en numérique que dans l’App Store d’Apple ou de Google dans l’application Les Aventures de Tintin. »

 

« Pour l'instant, on nous a simplement répondu que Moulinsart ne souhaitait pas étendre sa commercialisation. Évidemment, c’est une stratégie limitative qui pourra changer à l’avenir, mais pour l’instant, on subit un peu leur comportement », déplore un libraire. « Nous ne travaillons en l’état qu’avec Google et Apple et Amazon mais pour d’autres livres numériques », poursuit Yves Février. Une stratégie limitative, voici qui ressemble tout de même fort à une exclusivité. 

 

Que des soviets fassent recette chez les Américains, voilà qui ne manque pas d'ironie.