Tintin en Suède : une aventure inédite, entre pédagogie et censure

Clément Solym - 05.10.2012

Manga/BD/comics - Univers BD - Tintin au Congo - Suède - retrait des bibliothèques


Après la polémique soulevée par l'expulsion de Tintin des rayonnages jeunesse de la Maison de la Culture, revendiquée par le responsable de la section Behrang Miri, le directeur de l'institution Eric Sjostrom l'a temporairement relevé de ses fonctions, après lui avoir manifesté son soutien. Curieusement, quelques bibliothécaires ont néanmoins retiré les albums, tandis que l'opinion publique condamne largement toute mesure de censure.

 

Tintin au Congo, à la Suédoise

 

 

Un sondage du journal Aftonbladet, effectué auprès d'une centaine de bibliothèques de la région d'Arboga, dans le comté Västmanland, montre que la plupart des établissements de prêt avaient largement anticipé la polémique. « Nous avons retiré Tintin au Congo de notre catalogue, principalement à cause de ses images racistes. Toutefois, l'album peut être emprunté dans certains contextes, par un éducateur spécialisé, par exemple » explique ainsi un bibliothécaire d'Askersunds, tandis que certains de ses collègues remisent les albums en réserve.

 

Tintin au pays des Soviets est également une cible de l'autocensure, minoritaire, mais effective, qu'exercent les responsables des établissements de prêt. À l'inverse, les personnalités politiques et l'opinion publique se sont montrées largement défavorables à l'expurgation de ces 2 albums d'Hergé : « Il n'y a aucune raison de le retirer. Nous devons faire face à l'Histoire, pas la dissimuler » a ainsi déclaré le libéral Adam Cwejman, tandis que l'actuelle ministre de la Culture et des Sports a souligné qu'« une connaissance plus vaste et la pensée critique du lecteur sont de meilleurs moyens d'action que retirer les livres des étagères des bibliothèques ».

 

En France, le procès intenté par Bienvenu Mbutu Mondondo à Casterman pour le même album s'était poursuivi par une rencontre entre l'éditeur et le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN), jugé « décevant » par Louis-Georges Tin, le président du Cran, qui réclame l'apposition d'une préface à Tintin au Congo. (voir notre actualitté)

 

 Kitimbwa Sabuni, porte-parole de l'Association des Afro-Suédois, pense que le véritable scandale réside ailleurs : « Les bibliothèques escamotent des livres régulièrement. Ce qui est vraiment choquant, dans ce débat, c'est qu'elles l'ont fait indépendamment. Il y a un débat sur la censure uniquement lorsqu'un type qui n'est pas blanc pense que la série est raciste. »