Tintin jeté à fond de cale au pays des Krispolls

Clément Solym - 26.09.2012

Manga/BD/comics - Univers BD - tintin - suède - colonialisme


Une nouvelle fois Tintin fait des siennes, non plus au Royaume-Uni ni même en France, mais en Suède. Jugeant l'ouvrage comme « une vision caricaturale du colonialisme », Behrang Miri, responsable de la section jeunesse à la Maison de la Culture de Stockholm, a décidé de retirer tous les albums de Tintin des rayons.

 

 

 

 

Des parents britanniques s'étaient plaints en début d'année du contenu de certains livres mis en rayon dans les bibliothèques (voir notre actualitté). Évidemment, Tintin avait eu affaire à son lot de critiques, comme pour faire écho à l'affaire française de février, opposant, lors d'un procès, Mbutu Mondondo à Casterman au sujet de Tintin au Congo (voir notre actualitté). Les affaires calmées, c'est la Suède qui prend le relais.

 

Ainsi, à la Maison de la Culture de Stockholm, les albums de Tintin ne sont plus disponibles, retirés sauvagement des rayons. Ce qui est mis en cause par le responsable jeunesse, Behrang Miri, c'est la caricature proposée par les ouvrages : des Africains stupides, des Arabes assis sur des tapis volants, des Turcs envahis par la fumée de narguilé, etc. Pour lui, ce n'est pas seulement Tintin, mais toute la littérature stockée dans cette bibliothèque qui doit simplement être réexaminée.

 

Tintin mis au placard pour soulever le débat, ça fait grincer, et pas que des dents

 

Eric Sjostrom a d'ailleurs appuyé sa décision, affirmant que « les questions de discrimination et d'égalité continuent d'être débattues et discutées ». « Behrang Miri est employé comme directeur artistique pour les enfants et les jeunes de la Maison de la Culture avec un mandat explicite pour élaborer le contenu artistique. Sa mission est de travailler sur des questions de discrimination. Je le soutiens », ajoute-t-il.

 

Cette décision, rapidement ébruitée par Behrang Miri lui-même et médiatisée, a enflammé les médias. Des sondages ont alors été réalisés, afin de savoir si cette opinion reflétait une impression nationale. Tintin, encore pour cette fois, a de la chance : 85% des 20 000 votants se sont prononcés contre cette interdiction, rapporte le Dagens Nyheter.

 

Pour Fredrik Strömberg, président de l'Association BD suédoise, cette censure provocante pour  « débattre des discriminations » n'est tout simplement pas la « bonne méthode ». « Les enfants sont plus intelligents que cela », déclare-t-il.

 

Et Behrang Miri de s'expliquer publiquement : « Je voulais soulever un débat sur les questions de discrimination, mais je me rends compte maintenant que c'est une erreur de s'en prendre à la littérature.»

 

Aucun doute, le monde a encore du stéréotype en stock pour Tintin, et on n'a pas fini de s'en prendre à Hergé.

 

Et Tintin numérique, ça fait peur aussi ?

 

Pas de panique, Moulinsart fait le pied de nez aux bibliothèques traditionnelles de toute manière, en décidant de lancer « un vaste programme digital ». Bon, ce n'est encore que le début, mais l'intention est là : «  Nous sommes heureux d'annoncer son clone numérique dans l'iBook store de Apple agrémenté de quelques photos supplémentaires et vidéos », annonce la société belge en faisant référence à Hergé par lui-même, par Dominique Maricq, sorti en 2007.

 

La version numérique de ce livre est même disponible en 3 langues, nous annonce-t-on, et devrait être disponible prochainement sur d'autres plates-formes qu'Apple.