Tintin, nouveau cas de racisme : des Indiens "sauvages" en Amérique

Nicolas Gary - 17.03.2015

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Au Canada, on les appelle les Premières nations, ces peuples américains d'origine indienne. Aujourd'hui, les Amérindiens vivent avec un statut social spécifique : ils seraient près de 640.000, divisés en 50 nations et/ou groupes linguistiques, et vivent en milieu urbain et en réserves. Mais aujourd'hui, les Premières nations déterrent la hache de guerre.

 

 

Réellement besoin d'explications ?

 

 

Tintin en Amérique, c'est l'histoire du jeune reporter qui traverse l'Atlantique, et se retrouve à lutter contre Al Capone, tout en parcourant le territoire... Il se retrouve alors face à des Indiens, dans une réserve. En 1932, personne ne se doutait qu'un beau jour, ce qui devait être une dénonciation de l'attitude dominatrice des Blancs sur les Peaux-Rouges, se retrouve accusé de racisme. 

 

Les habitants de Winnipeg se sont mobilisés pour demander le retrait du livre, vendu dans une librairie Chapter's. Le territoire, situé à la frontière du Dakota du Nord et du Minnesota, est historiquement connu pour avoir vu débarquer Pierre Gaultier, seigneur de Varennes, qui fit construire le Fort rouge – à l'endroit où se trouve la ville de Winnipeg, en 1740. Autrement, dit, le passif est tout de même lointain. 

 

 

 

 

La librairie incriminée avait, dans un premier temps, retiré la BD de ses tables, avant de finalement la replacer : selon sa politique commerciale, seuls les ouvrages incitant à la violence sont retirés. Ou s'ils contiennent des éléments pédophiles ou des instructions pour fabriquer des armes. « Je crois que ça alimente les stéréotypes. Les Indiens sont présentés comme des êtres sauvages et dangereux, des êtres que l'on doit craindre », assure une avocate des droits amérindiens, Leslie Spillet.  

 

Selon elle, cette BD encourage et alimente les stéréotypes autour des Premières nations : « Les Indiens sont présentés comme des êtres sauvages et dangereux, des êtres que l'on doit craindre », insiste-t-elle. Face à eux, Tintin est sans défense, comme un écho au racisme que les gens vivent. (via Radio Canada)

 

Ce qui est évident, c'est que l'on parvient à relire étrangement Hergé avec le temps. Ainsi, les aventures du reporter au Congo sont devenues un symbole du colonialisme belge, et se sont retrouvées également accusées de racisme. 

 

 En 2007, les librairies Borders, au Royaume-Uni, avaient opté pour un reclassement de l'album dans la rubrique des BD pour adultes. La Commission pour l'Égalité Raciale avait par ailleurs dénoncé à l'époque « de hideux préjugés raciaux ».

 

Depuis, la polémique autour de Tintin au Congo a enflé : certaines bibliothèques de Suède ont décidé de retirer la bande dessinée de leurs étals. Le prêt de l'album serait désormais limité d'une manière ou d'une autre dans un dixième des bibliothèques du territoire. En France, en décembre dernier, une nouvelle opération de dénonciation avait été lancée dans un établissement Fnac« Depuis de nombreuses années, maintes associations ont demandé que soit apposé un bandeau d'avertissement, comme en Grande-Bretagne, pour alerter le lecteur, souvent un jeune lecteur, que Tintin au Congo fut créé dans un contexte raciste qu'Hergé lui-même a reconnu », expliquait ainsi le CRAN, à l'origine de l'opération Tintin toxique, fin 2014.