Trafik, collection Fluide glacial, "à contrepied de l'édition de BD"

Florent D. - 18.09.2014

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Fluide Glacial a su conserver un humour inhabituel, et pas toujours d'un goût très sûr. Mais pour s'assurer de poursuivre sa mission d'intérêt public et humoristique, c'est une nouvelle collection qui voit le jour, Trafik. « De la BD comme tu n'en trouveras pas ailleurs. Sans censure, sans limites, 100 % pure. De la bonne », promet l'éditeur. De la bonne blague, certainement.

 

 

 

  

Une certaine Mstitel Pikseley présente en effet Trafik, dans une plaquette très soignée, et accompagnée de plusieurs cartes postales avec la bobine des auteurs. Au menu, du lourd : Pixel Vengeur et Monsieur le chien signent Les caniveaux de la gloire, Terreur graphique et Jorge Bernstein présente le F.I.S.T. et Nicolas Pinet, avec qui personne n'a voulu travailler, présente Vaudevilles

 

Les trois tomes sont à 8 € pièces et sont disponibles depuis hier dans toutes les librairies qui en auront voulu. Sauf que bon... 

 

Les dessins de Fluide sont incontestables : un parti pris graphique type « on aime ou on déteste », et cette collection n'y déroge pas. Les albums ont des approches graphiques radicalement différentes les uns des autres, mais la fabrication s'est inscrite dans un vrai changement – tarifaire, certes, mais aussi dans ces couvertures souples. Le seul dénominateur commun que l'on peut y trouver, c'est que l'absurde pousse les limites encore plus loin que ce qu'on pouvait imaginer.

 

L'humble lecteur de comics regardera sans préjugés ces différents titres, qui présentent un autre trait commun : il s'agit de gags sur une, deux ou trois planches, et pas d'aventures suivies. Mais passée cette limite, on plonge dans des univers totalement barrés – et bien entendu, avec la dose de vulgarité, d'obscénités et sujets traités par-dessus la jambe, voire à l'intérieur de la culotte. Et même par voie rectale. 

 

Critique social au vitriol avec F.I.S.T., le Fonds interministériel pour la sauvegarde des traditions, et de légères références à un certain Super-Dupont qui clôt d'ailleurs l'album. Avec les Caniveaux de la gloire, on se projette dans des saynètes improbables, aux personnages les plus débiles qui soient – comprenez malades, de véritables grands malades. 

 

Vaudevilles m'a moins convaincu, personnellement, probablement un problème de minimalisme, ou que sais-je. Les goûts restant dans la nature, la mienne peut être contrariante. Bref, deux sur trois, j'estime que la collection est tout de même honorable, mais attention, cela reste du Fluide. Et même un Fluide très spécifique, nous précise Vincent Solé, directeur éditorial.

 

Et dans les coulisses...

 

La collection est en effet apparue avec Pixel Vengeur. « Il arrivait à un nombre de pages suffisant pour faire un album, mais certainement pas un titre classique de 48 pages. Le modèle classique ne marcherait pas. Et nous avons décidé de lancer cette vraie-fausse collection, en lui donnant une dimension un peu underground dans la communication, et très forte dans les couvertures ».

 

 

 

 

Jouer sur la différence entre Fluide et le reste de l'édition de BD, évidemment, mais surtout « affirmer toute l'identité de nos publications, en prenant un contrepied complet des règles de l'édition ». La présentation joue évidemment, sur des éléments forts : la présentation sous forme de cartes postales met en scène les dessinateurs et scénaristes, changés en mafieux Ukrainiens. « C'est une collection qui introduit nos jeunes auteurs – jeunes, surtout en nombre d'albums, parce que certains... En les intégrant dans une nouvelle collection, on donne un cadre pour les lecteurs et les libraires, plutôt que de les jeter en pâture. Cet effet collection est important. »

 

L'avenir de la collection passera par une récidive en 2015, avec d'autres nouveaux auteurs, sans en faire une règle générale. « Trafik, c'est l'antithèse de l'autocensure qui règne, c'est un élan de liberté, mais c'est surtout pour rigoler. Elle contient une grande part de provocation, dans son identité graphique, dans la réalisation, mais aussi dans le prix de vente tout comme dans sa présentation aux professionnels. »

 

Et qu'on se rassure, si Nicolas Pinet travaille seul, c'est uniquement « parce qu'il est incapable de travailler avec un scénariste... » (propos recueillis par Nicolas Gary)