Trondheim et Bonhomme jouent aux cowboys et aux Indiens

Clément Solym - 21.08.2012

Manga/BD/comics - Univers BD - Cowboys - Texas - revolvers


Il y a des cowboys qui ont la tête dure, les pieds sur terre, et la main sur le six coups. D'autres qui ont de la bouteille, mais n'y ont pas définitivement plongé. Certains vivent en marge de la loi, d'autres la font respecter, et puis, il y a des Marshalls, qui la font tout court, selon l'humeur de l'instant, ou la bobine du client. Les cowboys, c'est déclinable, en somme.

 

Harvey Drinkwater n'avait pas un nom prédestiné à chevaucher l'Ouest sauvage, et mois encore le Texas profond. Mais ce journaliste du Boston 'chsaispasquoi' n'a pas eu vraiment le choix. Or, si l'occasion fait le larron, Harvey va profiter des largesses et des notes de frais prises en charge pour partir à la recherche du deuxième mari de sa mère, « un salaud qui lui a tout piqué ». Sûrement un mec de la trempe de Sam Bass.

 

 

 

 

Lui, c'est un truand. Un vrai. Il ne l'a pas toujours été, et désormais, il compose avec. Y'a aussi Betsy Marone, une ancienne de Boston, venue s'installer dans le coin. Elle joue au poker, diaboliquement bien, et boit du thé. Paraît qu'elle cherche un homme, et qu'elle sait aussi tricoter du couteau. Problème : elle a tout de même la mémoire qui vacille sacrément. Faut dire que la vengeance, ça vous pourrit une existence. 

 

Y'a aussi Ivy, dont on ne sait pas trop ce qu'il fiche : une petite cinquantaine d'années, probablement, et qui va accompagner Harvey, pour 1 $ par jour, dans sa quête. Lui et ses vieilles soeurs, vieilles filles et un frangin qui a perdu la mémoire. Pas commode pour retrouver un butin… D'autres encore, vont traverser la vie de Harvey, de figures, des visages, et des aventures. L'Ouest et les cowboys, ça n'a pas de sens s'il n'y a ni aventures, ni banque braquée, ni trésor caché quelque part. 

 

Trondheim et Bonhomme se sont offert un sacré luxe avec cette BD : d'abord, plonger dans le monde de l'enfance, les histoires de cowboys et d'Indiens, avec des déserts, des chevauchées et l'odeur de la poudre. Mais surtout, ils ont produit ce qui a tous les traits d'un scénario façon Tarantino, avec des vies qui se recoupent, des personnages qui se croisent, des situations déclinées selon les points de vue. 

 

Chapitré pour couvrir l'ensemble de l'intrigue, Texas Cowboys (tome 1, chez Dupuis) a déjà tout du cinéma moderne, pour moderniser pas plus que nécessaire, un bon vieux western. Poussières et bottes crasseuses, chamans et même un lynchage dans les règles, faut reconnaître que cet Ouest est plus vrai que nature, quelque part dans les étendues de Cecile B. DeMille, de Raoul Wash et de John Ford.

 

Y'a des hommes, de la testostérone, des luttes et des barillets qui tournent. Et à la fin, c'est surtout une belle histoire que l'on a vécue. 

 

Bref, un sacré rythme, servi par un découpage d'enfer, et une couleur qui met idéalement dans l'ambiance, avec son côté un peu passé et les petits picots pour marquer les ombres. Attention, pied tendre : un six coups ne protège que celui qui n'a pas à s'en servir.

A retrouver en précommande