Trondheim reprend son Atelier Mastodonte à la Cité d'Angoulême

Nicolas Gary - 30.09.2014

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Dans un courrier adressé à la conservatrice du Musée, qu'héberge la Cité de la BD et de l'Image, le dessinateur Lewis Trondheim a tout simplement demandé le retour d'une planche, qui y était hébergée. Marie-José Lorenzini, qui ne pouvait ignorer la situation, s'est donc rendue à l'évidence : la solidarité prend parfois des tournures inattendues.

 

 P1080766 - Lewis TRONDHEIM

Lewis Trondheim (yves Tennevin, CC BY SA 2.0)

 

 

Depuis plusieurs semaines, le cas de Gilles Ciment, fait grincer des dents. L'ancien directeur de la Cité de la BD d'Angoulême, démis de ses fonctions par Michel Boutant, président du Conseil général de Charente, est tout simplement dans une posture intenable. Sans ressources depuis des mois, victime d'un licenciement à la procédure incompréhensible, il a reçu de vifs soutiens de la part des acteurs du monde de la BD. Une pétition adressée à la ministre de la Culture tente d'attirer l'attention des pouvoirs publics, pour que se résolve rapidement cet insupportable malaise. 

 

Le 25 septembre dernier, Gilles Ciment publiait un message éprouvant :  

Aujourd'hui j'arrive au bout. La dernière réserve a fondu : après avoir éclusé notre épargne et celle de nos enfants (pour leurs futures études), c'est mon assurance-vie que j'ai dû essorer pour faire face aux échéances de cette fin de mois. Et ce qui se présente demain n'est guère réjouissant : le Trésor Public nous a laissé un peu souffler, mais le mois prochain il faudra passer à la caisse, et l'addition n'en sera que plus salée. 

Concrètement, donc, ce n'est pas qu'une question de bon droit ou de combat contre un Ubu charentais : c'est une question de simple SURVIE.

 

 

 

Lewis Trondheim, dessinateur et grand Prix de la BD d'Angoulême en 2006, a décoché son plus joli clavier, pour s'adresser à la conservatrice du musée. 

J'aimerais que vous me rendiez dans les plus brefs délais la planche issu de l'ouvrage L'Atelier Mastodonte que j'ai voulu offrir au musée en janvier dernier. Celle où mon avatar croise celui d'Art Spiegelman sur la passerelle.

Il se trouve que je n'ai jamais signé de document de don concernant cette page. Elle m'appartient donc."

[...]

"Sachez que cela n'est pas du tout contre vous ou contre le musée que je prends cette décision, mais en représailles aux agissements du sénateur Michel Boutant à l'encontre de Gilles Ciment. (voir sur ActuaBD)

 

Sollicité par ActuaLitté, Lewis Trondheim explique sa demande. « Je ne sais pas qui a tort ou qui a raison dans le différent qui l'a opposé à Michel Boutant. Je sais juste que lorsqu'on est salarié, soit on est licencié, soit on est reconduit, mais là, du fait du sénateur Boutant, Gilles Ciment se retrouve dans une zone de non-droit, sans salaire et sans possibilité de pointer à Pôle Emploi depuis 6 mois. Et ce n'est pas admissible. »

 

Autrement dit, la planche déposée en mai n'aura fait qu'un rapide aller-retour. Mais qu'importe : « Je sais que les hommes passent, et que les institutions restent. Et qu'il peut être mal vu de se mettre en porte à faux avec le Musée de la Bande Dessinée car ce musée donne une assise et une respectabilité à la Bande Dessinée, qui, malgré les années, en a toujours besoin. » Le musée sera peut-être impacté par ce retrait, plus que le député en question, mais le dessinateur estime avoir des devoirs : « Je ne suis pas une institution, je suis un homme. Et Gilles Ciment est mon ami, et un homme. J'agis donc avec mon cœur, qui n'est ni de pierre ni de béton. »

 

Dans son courrier, il avertissait d'ailleurs la conservatrice qu'il appellerait ses confrères à agir de la même manière. Non pas dans le but de « de priver le musée de nouveaux dépôts », mais plutôt pour aider « tant que je peux à sortir Gilles Ciment de sa situation, avec mes maigres moyens d'agitateur énervant ».

 

Signataire de la pétition, il considère « plus facile de cliquer son indignation que de faire un acte symbolique, quitte à se mettre à mal avec une institution. Gilles Ciment a été le meilleur directeur que la Cité Internationale de la Bande dessinée et de l'image ait eu. Les salariés de la Cité le disent, les auteurs le disent. Si d'autres auteurs indignés voulaient avoir la même démarche que moi, à eux de voir ».

 

Dès le prochain voyage à Angoulême, Trondheim pourra donc récupérer son bien, comme lui a assuré la conservatrice. La planche n'avait pas été enregistrée, parce qu'aucun document de don n'avait été signé. « Tant que rien n'est signé, on peut changer d'avis. Je veux être clair, je n'ai pas véritablement repris un don. Aucun document officiel n'a été signé. Cela aurait été le cas, je n'aurais pu rien faire. J'ai repris une volonté de don. »