Uchronie biblique, ou Noé et son arche dans un post-apocalypse

Clément Solym - 26.10.2011

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L'arche, les animaux, le déluge, la punition divine - sacrément colérique, le Vieux, tout de même - tout cela est bien connu. A son corps défendant, avouons que l'affaire de la Pomme, c'était de la pure provocation, et que le petit différend entre Abel et Cain qui s'est réglé dans le sang, n'avait rien pour arranger les choses.


Mais voilà : Dieu est bon, et trop bon, trop con, ne cesse de donner de nouvelles chances à ses créatures. Preuve qu'il doit, du haut de son éternité omnipotente et omnisciente, s'ennuyer un peu...

Arnonfsky, Handel et Henrichon reprennent donc pour eux le bon vieux mythe biblique de Noé, mais décalent complètement l'histoire dans un univers postapocalyptique, qui n'aura jamais aussi bien porté son nom. Pour pousser le vice, on dirait même que c'est du post-apo, antédiluvien.

 

 

Sur cette terre de désolation, la pluie ne tombe plus. Et l'eau est une denrée rarissime. La nourriture est donc rare pour les bêtes comme pour les hommes. Et la loi du plus fort, pour assurer sa propre survie, règne plus que jamais.

 

Sur cette terre, Akkad est maître, depuis sa cité de Bab-Ilim, et sa cruauté n'a d'autre mesure que le désert qui s'étale à perte de vue. L'orgueil de la tour où il réside, provocation à la face du Créateur, ne l'abrite pas de la sécheresse ni des famines. Il vit en despote. Grand bien lui fasse. Mais le Créateur l'a jugé.

 

Fuyard, Noé est submergé de visions : il voit, sent l'eau qui a disparu. Il sait bien qu'il faudra partir, plus loin, trouver de l'aide peut-être. En se tournant vers son grand-père, peut-être. Ou du côté de ces anges déchus, dont le seul tort fut de vouloir aider les hommes, créatures ingrates... Et il y aura l'arche, bien sûr...

 

La réécriture du mythe passe par quelques adaptations, c'est certain, mais l'aspect futuriste et désolé de Noé lui confère une force démente. C'est un titre émouvant, et spectaculaire, tant dans le rythme du récit que les dessins. Des pleines pages qui vous explosent aux yeux, et des séquences oniriques plus vraies que nature.

 

Noé est un immanquable, premier tome d'une fresque connue, mais, dans ce rendu, démente.

 

 

Publié chez Le Lombard, Pour la cruauté des hommes, 15,95 €

 

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