Uderzo envahi... ou la violation du droit d'auteur par l'UMP belge

Clément Solym - 24.05.2012

Manga/BD/comics - Univers BD


C'est l'histoire de l'UMP Belgique, qui vient de remporter la palme d'or de la violation du droit d'auteur cette année. Dézinguée par Slate, la campagne de soutien apporté à Marie-Anne Montchamp s'était offert un visuel particulièrement connu des amateurs de BD, celui du petit village qui résiste encore et toujours à l'envahisseur. 

 

Les aficionados d'Astérix auront bien rapidement reconnu le dessin d'Uderzo, transformé pour l'occasion et pour servir la cause. Les différents retranchements romains étaient ainsi rebaptisés, et voilà que très politiquement, les Babaorum, Aquarium, Laudanum et Petibonum se changeaient en factions politiques opposantes à l'UMP. En somme, l'extrême droite, la gauche… 

 

Et dans son descriptif, l'affiche proposait un inventaire de la situation désastreux, montrant que l'UMP était finalement en grand danger, mais résistait, pour la bonne cause. 

 

Mais effectivement, dans la plus pure violation du droit d'auteur

 

 

 

Et voilà donc que Slate remettait le couvert, évoquant une possible parodie, qui aurait autorisé un tel détournement. Après tout, Uderzo allait-il donc pouvoir poursuivre en justice l'UMP belge ?

 

C'est qu'Uderzo et Goscinny avaient déjà eu affaire… au RPR, en 1998, en déployant un message plein d'amour : "Gauloises, gaulois, vous en avez marre d'avoir la droite la plus bête du monde ? NOUS AUSSI". Là encore, Slate sort les archives : 

 

 

A l'époque, Uderzo n'avait pas vraiment apprécié la situation : 

« Jamais personne ne m'a posé la question pour savoir s'il pouvait prétendre pouvoir utiliser les personnages d'Astérix.» Uderzo souligne qu'avec son compère, René Goscinny, aujourd'hui décédé, ils ont «toujours refusé de prêter leurs personnages à un quelconque parti politique, qu'il soit de gauche ou de droite», parce qu'ils « s'adressaient à des enfants ». Et Uderzo de demander alors à son avocat de « prendre en main » l'affaire pour mettre fin à cette « fraude déplorable ». (voir Libération)

 

Pas question de tribunaux

 

Or donc, la jolie campagne de promotion de l'UMP réalisée au détriment des droits d'auteur d'Uderzo, avait été publiée originellement sur la page Facebook du parti. Et bien évidemment, sans avoir demandé le moindre droit d'utilisation, fut-ce par politesse. 

 

Contactées par ActuaLitté, les éditions Albert René revivent très étrangement cette situation, particulièrement semblable à celle de 98. « Albert Uderzo n'avait vraiment pas apprécié cette appropriation de son oeuvre. Astérix, son personnage, ne fait pas de politique, n'en a jamais fait, et n'en fera jamais. »

 

Toutefois, l'UMP belge se fera malgré tout tirer l'oreille, pour cette utilisation et ce détournement abusifs. Et pas question de tenter de plaider le droit à la parodie. On ne devrait d'ailleurs pas dégainer les avocats pour ça. Finalement, rien de bien méchant, juste une éternelle répétition pédagogique de ce qu'implique l'existence d'un Code de la propriété intellectuelle.

 

Rappelons aussi que si Astérix ne fait pas de politique, il peut très bien servir à la promotion de restaurants gastronomiques à service lent. Ainsi, en octobre 2010, une campagne de publicité pour... McDonald's était illustrée par « les irréductibles Gaulois, Astérix, Obélix et leurs amis, réunis pour un banquet », explique l'agence de com', EuroRSCG. Des personnnages alors généreusement prêtés par les «Éditions Albert René pour la réalisation du dernier dessin ». 

 

Et les Éditions Albert René, qui avait apprécié, voilà quelques jours encore, le côté « humoristique et décalé » de la campagne, qu'avaient-elles à ajouter ? Pas de polémique, surtout : « Cette campagne existe en partenariat avec McDonald's parce que le message convenait et parce qu'elle n'enlève rien aux valeurs des personnages. » Et de conclure que, attendu que la campagne a « créé une émotion », elle est forcément bien faite. (voir notre actualitté)