Problème d'alcool et de harcèlement sexuel chez Dark Horse

Nicolas Gary - 03.10.2015

Manga/BD/comics - Comics - Dark Horse - harcèlement sexuel - alcool ivresse comportement


Tout commence avec un presque banal problème de harcèlement sexuel – banalisé, en réalité, et bien trop. Dans le monde du comics, toujours très masculin, un certain Scott Allie ancien rédacteur en chef de la maison Dark Horse, s’est particulièrement mal comporté avec deux auteures de la maison. Une récurrence dans son attitude qui a provoqué un gros conflit. 

 

"Je ne suis pas 'TA' jolie", Paris, 2014

Denis Bocquet, CC BY 2.0

 

 

Dans un univers qui ne comptait encore qu’une poignée de femmes voilà quelques dizaines d’années, avec toujours dans l’idée qu’elles devaient être bien meilleures que les hommes pour exister, le harcèlement prend différentes formes. Mais à l’occasion de la Comic-Con de San Diego, le comportement de Scott Allie s'est révélé particulièrement grossier. Mieux : vulgaire et injurieux.

 

Janelle Asselin, la victime, voit Allie au bar de l’hôtel, et s’approchant de lui pour lui serrer la main se retrouve avec la main de l’auteur, à son entrejambe. Et une seconde plus tard, il se penche et lui mord l’oreille droite, manifestement ivre. Il la félicitera pour son travail, et s'en ira en titubant... Une histoire que plusieurs témoins ont corroborée. Et cette attitude ne serait pas nouvelle : on aurait surnommé l’ancien éditeur Bitey the Clown, parce que, ivre, il se mettait à mordre les gens.

 

« La plupart des conventions récentes disposent d’une histoire, où Scott Allie était ivre », atteste un ancien employé de Dark Horse... Une réputation qui ne sereait plus à faire ?

 

Or, dans le milieu comics, se constate manifestement une exclusion des femmes, qui viendraient à se plaindre de harcèlement ou d’agressions caractérisées. L’imbécile esprit d’entreprise ferait même feindre que rien ne s’est passé, et traiterait alors de menteuses les victimes. Un triste classique, mais Dark Horse n’est pas le premier, ni l’unique, employeur à fermer les yeux sur cette situation. 

 

Des "attitudes inappropriées" que reconnaît l'éditeur

 

Janelle Asselin a rompu la loi du silence, dans Graphic Policy, contraignant le patron et fondateur de Drak Horse à intervenir. Mike Richardson a présenté des excuses pour le comportement de l’un de ses employés – comprendre, Scott Allie. Le big boss réfute l’idée d’une omerta dans son entreprise, assurant qu’il se bat lui-même contre le harcèlement et la discrimination sexuelle, en tant que père de trois filles. Et de promettre que la maison va redoubler d’efforts pour lutter contre les « attitudes inappropriées » et faire qu’aucune forme de harcèlement ne sera tolérée.

 

La réaction de l'intéressée ne fait pas un plis :

 


 

Si ses employés doivent se sentir libres de lui parler, pourquoi sont-ils venus me voir à la place ?

 

Scott Allie, acculé, a également présenté des excuses pour l’incident dont il fut responsable. « Bien que mes excuses ne peuvent pas défaire ce qui est arrivé, j’ai essayé de les présenter à toutes les personnes concernées par mon comportement. » (via Graphic Policy)

 

Manifestement, il a décidé de se faire accompagner pour apprendre à contrôler son problème – que ce soit avec l’alcool ou le comportement qui résulte de son ivresse. Cependant, plusieurs employés de la structure déplorent qu’en l’absence de condamnation formelle, stricte, avec des applications dans le quotidien de Scott Allie, tout porte à croire qu’il est susceptible de recommencer. Dark Horse assure de son côté quelle fera le nécessaire pour protéger ses employés. « Les mesures disciplinaires sont traitées en interne, par la société, et ne sont pas divulguées à l’extérieur. » 

 

Inutile de dire que les États-Unis ne sont pas un cas isolé : l'édition française ne manquerait certainement d'exemples aussi attristants de comportements scandaleux.