Un festival BD à Bordeaux, totalement distinct de ce qu'incarne Angoulême

Nicolas Gary - 04.05.2016

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Si la cité girondine assure qu’elle n’entrera pas en concurrence avec Angoulême, le maire, Alain Juppé, n’en réfléchit pas moins à ouvrir une manifestation dédiée à la bande dessinée. Bordeaux est en train d'évaluer les possibilités et à ce titre, a réuni une vingtaine de professionnels du secteur le week-end dernier, pour en discuter. Mais loin de ce que l'on a pu lire dans la presse, le projet n'est pas tombé de la dernière pluie.  

 

Bordeaux, son mirior d'eau - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Alain Juppé n’est peut-être pas spontanément amateur de bandes dessinées. Pour autant, il a reçu des professionnels, pour une rencontre qui ne serait pas la dernière, avec son adjoint à la culture, Fabien Robert. On ne parle pour le moment que d’une idée, sous la forme d’une « manifestation de grande ampleur », nous confirme la mairie. 

 

 

 

C’est qu’avec la création de la Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, les perspectives sont nombreuses. Olivier Poivre d’Arvor, mandaté par le ministère des Affaires étrangères, l’expliquait à l’occasion d’une rencontre lors... du Festival de la BD d’Angoulême. Le rapprochement entre les deux villes est une piste de développement tant culturel qu’économique

 

Bordeaux et Angoulême, des passions à mettre en communs

 

Un exercice de prospective territoriale a été lancé voilà un an avec la métropole bordelaise, reliant les offices de tourisme d’Angoulême et Bordeaux. Un produit test tournant autour des châteaux et de la BD a été mis en place. « Si sur le site de l’office du tourisme de Bordeaux, on parle de BD, le coup est gagné : ce sont des gens qui sont susceptibles de s’intéresser à la filière et tout ce qui s’est créé ici. Et peut-être, viendront un jour pousser les portes du festival. »

 

Jean-François Dauré avait d’ailleurs averti tout le monde : pour le président du Grand Angoulême, si les métropoles comme Toulouse ou Bordeaux ont la possibilité d’absorber ce qui les intéresse, il faut qu’Angoulême parvienne à conserver son attractivité. 

 

C’est que les éditeurs de bande dessinée ont menacé le FIBD de boycott pour l’édition 2017, si la manifestation n’évoluait pas rapidement. Un médiateur a d’ailleurs été nommé par la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, pour concilier toutes les parties en présence

 

« Force est de constater, toutefois, que ce succès indéniable n’a pas constitué, pour cet événement, une garantie de stabilité, tant son existence a été marquée par des incidents ou des crises plus sérieuses, qui ont pu sembler menacer sa pérennité », relevait la ministre dans sa lettre de mission

 

À ce jour, deux manifestations ont cours dans le paysage girondin, Regard 9, qui se déroule à Bordeaux même (du 20 mai au 5 juin) et Bulles en Hauts-de-Garonne, qui s’est déployée sur Bassens, Lormont, Cenon et Floirac, villes de la rive droite bordelais, ces 9 et 10 avril.  

 

Contacté, Fabien Robert indique à ActuaLitté que « le projet de “salon de la BD” est porté par l’association Regard 9 ». Par ailleurs, il tient à démentir ceux qui « exploitent une position officielle de la Ville de Bordeaux contre Angoulême qui n’existe pas – Alain Juppé l’a encore rappelé récemment ». 

 

Montrer que le dessin peut s'inscrire dans un autre cadre

 

Sollicité, Éric Audebert, directeur artistique du festival Regard 9 relativise immédiatement les articles parus dans la presse. « Cette rencontre avec Alain Juppé réunissait avant tout des éditeurs bordelais, des auteurs et un libraire spécialisé de la ville ainsi que des opérateurs culturels. » Parmi lesquels, l’association 9-33, qui a lancé le festival Regard 9. « Nous travaillons avec la ville depuis la création de l’association, en octobre 2008. À plusieurs reprises nous avons eu l’occasion d’échanger, en portant notamment l’idée que Bordeaux dispose d’une force réelle en termes d’auteurs et d’éditeurs. »

 

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

L’arrivée des Requins Marteaux dans la cité girondine va dans ce sens, de même que la présence des éditions Cornelius. Mais c’était déjà le cas avec l’éditeur Akileaos, ou encore les éditions de la cerise. « Le projet de 9-33 est de promouvoir et valoriser la BD, à l’échelle de la région. Le festival Regard 9 s’est lancé en 2012, profitant notamment de la coopération entre Bordeaux et Québec – on célébrait alors le 50e anniversaire du jumelage entre les deux villes », poursuit Éric Audebert.

 

À ce titre, balaye-t-il, impossible de rentrer en collusion avec le FIBD. « Bien entendu, Alain Juppé nous a demandé comment un festival de BD à Bordeaux pouvait se positionner par rapport à Angoulême. La réponse est simple : avec ses problèmes, ses tensions internes et tout ce qu’il peut comporter de problématiques, Angoulême reste une manifestation emblématique. Nous ne jouons pas dans la même cour. »

 

Et pour cause : Regard 9 n’aborde pas la BD selon un prisme traditionnel. « Nous nous plaçons plutôt dans la lignée des Rencontres du 9eme Art d’Aix, ou de BD Bastia, et même du festival Pulp, à la ferme du Buisson. Les auteurs ne viennent pas sur des stands pour dédicacer des livres : Regard 9 en invite quelques-uns, chaque année, en offrant de sortir du cadre éditorial où les lecteurs ont l’habitude de les retrouver. »

 

Bien au contraire : Regard 9 propose même de déployer des formes narratives et graphiques qui peuvent perturber la vision connue, pour sortir loin, voire très loin des albums. « Cette année, Bulles en Hauts-de-Garonne a fait appel à moi pour la programmation artistique de leurs manifestations. L’idée de s’unir pour proposer quelque chose de plus fort sur le territoire, de réunir les forces était dans l’air historiquement. Avec l’arrivée de la nouvelle directrice des affaires culturelles de Bordeaux, Claire Andries, le rendez-vous avec la mairie a été rendu possible. »

 

Loin encore d’être établie, cette manifestation BD bordelaise a pourtant déjà en tête de camper entre les mois de mai et de juin. « En termes d’offre culturelle, cette période offre beaucoup, surtout en musique, mais peu en livre. Ce serait un créneau intéressant. Mais rien n’est encore fixé, parce que nous souhaitons voir quels sont les liens que l’on peut instaurer entre les manifestations, les salons et les festivals. Avant tout, on ne veut rien s’interdire. »