Un ouvrage de référence sur la bande dessinée belge

Camille Cornu - 05.11.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - bande dessinée belge - België gestript/La Belgique dessinée


Geert de Weyer, journaliste belge spécialisé en bande dessinée, publie België gestript/La Belgique dessinée (Ballon Comics), un ouvrage qui retrace, en textes et en illustrations, l'histoire de la bande dessinée belge au reflet de sa société. Un ouvrage d'érudition loin de la leçon académique.

 

Photo : Geert Van Gheluwe

 

 

L’auteur n’est pas un simple passionné de BD, mais déjà une vraie autorité sur le sujet. Il a travaillé pour différents journaux belges comme spécialiste BD, coorganisé le Strip Turnhout 2005 (plus grand festival de bande dessinée belge) et depuis 2011 est conservateur du nouveau stripmuseum MooF de Bruxelles. Il a également publié plusieurs livres sur la bande dessinée.

 

Il s’intéresse à l’histoire de la bande dessinée belge, en accordant une vraie place aux auteurs flamands : il compare et rapproche ces deux cultures BD qui coexistent dans un même pays, et déclare que certains personnages d’auteurs comme Hergé ou Peyo « ont transcendé les frontières linguistiques ».

 

Il plonge dans les univers de tous ces héros qui constituent la culture belge, Tintin, Thorgal, Largo Winch et tous les autres, afin d’en extraire une histoire de la BD belge qui se veut un miroir de la société. Organisé thématiquement, l’ouvrage aborde des sujets comme la place des femmes dans la bande dessinée ou la représentation des noirs et des homosexuels. 

 

On y trouve aussi un chapitre sur le rôle de la censure qui interrogera le rôle politique de la bande dessinée belge, et de façon plus large, la place de la BD dans la rue ou dans les salles de ventes aux enchères. Le lecteur est pris dans un ouvrage d'érudition illustré, liant problématiques sociologiques, politiques et artistiques.

 

Dans son histoire de la bande dessinée, il ne pourra que remarquer la façon dont la France a récupéré son rôle de leader, alors que c’est bien en Belgique que les bases du Neuvième Art s’étaient posées. En émettant des hypothèses quant à la raison de ce renversement, il rappelle la position des autorités dans les années 50, méprisant ce type de lecture et le déconseillant aux enseignants. 

 

En rappelant toutes les interactions entre l’histoire de la bande dessinée et celle de la société dans laquelle elle s’inscrit, l’auteur participe déjà à réhabiliter le genre en en faisant un objet d’étude des plus complexes, chargés de sens.

 

Cette publication devrait être amenée à faire référence. L’ouvrage a été lancé samedi, au centre belge de la bande dessinée, lors d’une soirée haute en couleur mettant en scène le mariage de Tante Sidonie, de Bob et Bobette, avec Mortimer, sans Blake.